François Dubois : Point de situation sur le conflit Israélo-Palestinien

Il est difficile d’évoquer le conflit opposant Israël aux Palestiniens sans susciter de vives tensions. Cela est d’autant plus dur que lorsque nous nous positionnons avec neutralité, d’aucuns disent que nous refusons de défendre la cause qui leur semble être la plus juste. Ainsi, certaines personnes s’attachent de manière inconditionnelle à défendre un camp en se conformant à une logique binaire qui confine parfois à la caricature martiale

mise à jour le 29/10/23

Pour François Dubois, justifier ou excuser des exactions sur des cibles non militaires est inexcusable et immonde dans toute guerre.

Nous assistons aujourd’hui à de tristes débats d’opinions au cours desquels certains participants s’égosillent grossièrement à démontrer qu’un massacre est moins sale qu’un autre ! Monde ubuesque où l’impudicité règne en maître : des imbéciles chercheront ainsi à vous persuader que l’image d’une femme enceinte, partiellement brûlée, agonisant lentement sous les décombres d’un bombardement, le ventre percé par une barre métallique, doit être moins horrible qu’une femme enceinte éventrée par un terroriste !

Dans une guerre, l’horreur n’a pas de frontières, et toute prise de position qui tend à justifier ou excuser des exactions sur des cibles non militaires n’est tout simplement pas seulement injustifiable, mais immonde !

Vit-on à ce point dans un monde si chaotique, qu’il ne permet aucun recours envisageable aux fondements du droit international ? Le Droit international humanitaire (DIH), également appelé « droit de la guerre », ne protège-t-il pas les civils, les blessés, les malades, les prisonniers de guerre, les internés, les naufragés, ainsi que le personnel soignant et les aumôniers ? [1] Le droit à la vie tout court n’est-il pas suffisant pour arrêter un massacre en direct d’une population livrée à elle-même et dénuée de tout moyen de secours externe ?

En vingt ans de carrière de gendarme, j’ai vu la mort à plusieurs reprises, j’ai vu des mères endeuillées et des parents affligés auxquels j’ai dû annoncer le décès de leur enfant, et j’ai vu, parfois, des gens succomber à leurs blessures devant moi, sous mes yeux.

Comment peut-on oser parler de personnes trépassées de la pire des manières, sous les décombres, a fortiori des innocentes, comme si elles ne représentent que des abstractions, des silhouettes, sous-entendant cyniquement de surcroît que ce qu’il leur arrive est bien mérité ? Il m’est aussi insoutenable de voir la vidéo d’une famille juive terrorisée et d’une famille musulmane vivant la même horreur !

Nos dirigeants ont, d’emblée, fait le choix de prendre délibérément parti dans ce conflit en soutenant aveuglément Israël, l’autorisant même à user et abuser de son « droit de se défendre » dans un rapport de force disproportionné, où les victimes civiles « collatérales » de l’autre camp comptent pour de la chair à « bombes ».

Le conflit israélo-palestinien cristallise dangereusement les positions de chacun. Pire, il participe de façon inquiétante à la division nationale et au réveil des antagonismes somnolents.

Ceci est la conséquence inéluctable et historique de l’importation politique des tensions inter-communautaires opposant les juifs et les musulmans sur notre territoire, se traduisant, au fil des années, par un enjeu politico-électoral sordide qui a mis aux prises les musulmans et les catholiques.

Les répercussions de ce conflit, dont les origines remontent à fort longtemps, auraient assurément été pour la France totalement différentes sous le général de Gaule. À preuve, sa conférence de presse du 27 novembre 1967, au lendemain de la guerre des Six Jours où, outre le fait d’avoir cité et critiqué le sionisme, il nous a laissé sa célèbre phrase qui n’a subi, depuis, aucune ride : « Peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ! »

Et si, dès la fin des années 70 en France, la problématique de l’immigration avait été présentée par la droite et l’extrême droite comme centrale aux dysfonctionnements sociétaux, aujourd’hui il y aurait eu un glissement sémantique manifeste.

L’immigration est donc passée au second plan. Elle se normalise davantage, parce qu’elle devient implacablement submersive. La nouvelle problématique, érigée en spectacle politico-médiatique, devient depuis lors l’islam radical. À une nouvelle ère, une nouvelle sémantique.

Médiatiquement effrayés par une certaine faction de la droite et le discours islamo-centré laissant perpétuellement planer le spectre de l’islamisation radicale forcée de notre société, nous sommes en droit de penser que nos dirigeants sont devenus schizophrènes lorsque nous les regardons se conformer, avec zèle, aux directives européennes qui, sous de fallacieux arguments comme le repeuplement de nos campagnes désertées, les obligent à accueillir avec une absolue bienveillance des flux migratoires erratiques et incontrôlés…

Ces mêmes responsables politiques s’apitoient ensuite sur les méfaits d’un terrorisme islamiste qui n’est que l’exhalaison de la géopolitique de déstabilisation du Moyen-Orient, impulsée, au début des années 90, par les Américains sous les Bush, Brzeziński et consorts. Terrorisme qu’ils ont parfois eux-mêmes soutenu par le financement de pays à domination wahhabite, tels que le Qatar ou l’Arabie saoudite, ou provoqué, comme le cas de la Libye, devenue aujourd’hui une passoire névralgique du trafic de migrants ! Ce double langage de nos « élites » relève incontestablement d’un cynisme effronté !

Selon l’INSEE, la population musulmane représente 10 % de la population française (dont la majorité est sunnite), contre 38 % pour les chrétiens (composés à 29 % de catholiques et à hauteur de 9 % de protestants et d’orthodoxes) et moins de 1 % pour les juifs. Si, avec près de 600 000 personnes, la communauté juive de France est la plus importante d’Europe, elle n’en reste pas moins significativement sous-représentée en valeur absolue si nous la comparons avec les deux autres religions monothéistes (600 000 contre plus de 32 millions, chrétiens et musulmans confondus, ou 600 000 sur 68 millions de Français). Même si le nombre de personnes sans aucune religion ou des athées reste plus difficile à évaluer, il avoisinerait environ les 50 % des Français, d’après les études.

Ces chiffres, rappelons-le, ne sont qu’une photographie de notre population à un instant « t ». En revanche, ils ont vocation à expliquer dans quelle mesure une grande majorité des Français n’est pas encline à revendiquer une position unilatérale abondant dans le sens d’Israël. Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles sur les accointances politiques des athées de France, nous pouvons également estimer qu’une partie non négligeable d’entre eux dispose d’une culture politique plutôt de gauche ou d’extrême gauche. Une culture politique qui, pour d’autres motifs que ceux invoqués par les musulmans ou les catholiques, n’est pas d’accord avec le choix israélien de mener une politique de territorialité arbitraire envers les Palestiniens. L’universalisme de gauche milite traditionnellement pour des politiques d’intégrations humaines et d’ouverture des frontières. Quant aux catholiques, peu d’entre eux adhèrent à la chimère du judéo-christianisme, considérant non seulement – au même titre que les juifs d’ailleurs – la chrétienté comme un schisme à part entière, mais aussi les racines de l’histoire de la construction culturelle de la France comme remontant concrètement aux helléno-chrétiens.

Ceci étant dit, nous avons ici une explication à fournir à Mme Sarah Saldmann lorsqu’elle s’étonnait du peu de « go… » (elle s’est censurée avant de prononcer l’intégralité du mot « goy ») présents à la manifestation du 9 octobre organisée en soutien à Israël. Le terme « goy » lâché ici « face caméras » étant, bien entendu, un mot en tout point compatible avec le vocable « égalité et fraternité » qui pavoise les bâtiments de nos mairies, de même qu’il est parfaitement en phase avec la politique actuelle de laïcité imposée par le gouvernement (je précise que c’est ironique, au cas où…).

Les statistiques précitées peuvent aussi partiellement expliquer pourquoi, malgré les interdictions légales formulées par le pouvoir, les manifestations de soutien à la Palestine ont connu un tel succès en nombre et en région. Enfin, ces statistiques nous montrent qu’il existe un écart inversement proportionnel entre la réalité du terrain et la représentativité de la sphère politico-médiatique qui prend parti, de manière quasi unilatérale, pour les intérêts d’Israël. Même quand le ministre de la Défense israélien, Yoav Gallant, a traité les « Palestiniens d’animaux humains », les médias ont fait mine de ne rien entendre ! Si Poutine, par exemple, avait qualifié de la sorte les Ukrainiens, il aurait été jeté en pâture et voué aux gémonies par les chantres de l’humanisme de nos médias !

Il semble évident dans ces circonstances que la prise de position en faveur d’Israël revendiquée à cor et à cri par le gouvernement français soit, pour le moins, délicate à tenir. Le peuple français, fort de son ancrage historique, a fait montre de lucidité, comparé à la clique de ses dirigeants, et n’a pas hésité, avant tout, à condamner toutes formes de violences issues d’un conflit, dont la complexité dépasse l’entendement.

Nous nous attarderons un peu plus loin dans cette analyse sur cette faction politico-médiatique qui s’acharne à vouloir importer ce conflit sur notre territoire.

Conscients de cette ambivalence régnante, nos dirigeants ont défini une stratégie d’intimidation consistant à inquiéter les gens dont le point de vue est aux antipodes du leur et, forcément, non pro-Israéliens. À ce titre, le joueur de foot, Karim Benzema, ou la députée Danièle Obono ont payé le prix de leur liberté d’opinion et ont vite été jetés au cœur d’une polémique médiatico-judiciaire. [2]

Le Hamas est une entité classée comme terroriste par une trentaine de pays à l’échelle du monde, quasi exclusivement occidentaux, dont la France. En revanche, la Chine, la Russie, la Norvège, le Brésil et aucun des pays arabo-musulmans ne le considèrent comme un groupe terroriste. Du point de vue exclusivement international, il est donc complexe d’établir un consensus autour de la nature terroriste du Hamas. En dehors de cette nature, qui ne fait pas l’unanimité internationale, force est de constater que le Hamas exerce aussi une activité politique en parallèle de ses recours à la force armée. En 2006, son programme électoral dénommé « Bloc pour le changement » traduisait une inflexion manifeste en rupture avec sa Charte de 1988, puisqu’il réorientait son projet vers la construction d’une société civile en lieu et place de son objectif initial, qui était la construction d’un État islamique. Il s’engage aux élections sous la dénomination « de la réforme et du changement » sans évoquer la notion de résistance, dont le mot « Hamas » est en partie l’acronyme. [3]

Si l’on s’en tient à la définition légaliste du terrorisme, il s’agit d’une manière d’opérer reposant sur l’emploi de la terreur à des fins idéologiques, politiques ou religieuses. Aussi, l’attaque commise le 07 octobre est-elle par définition terroriste au yeux du droit international[4] : au delà de la nature de l’acte, cela s’explique par le fait que le Hamas ne soit pas internationalement reconnu comme une armée régulière, qu’il y ait une absence d’objectifs concrets en dehors de celui de rechercher à créer un impact majeur en matière de communication et de revendication, et que, en dehors des militaires tués ou pris en otages, des civils aient été délibérément pris pour cibles et tués.

Mais l’acter, c’est en même temps s’interroger sur le « pourquoi ? » En effet, une telle attaque, de par sa nature terroriste, de par la physionomie de ses victimes (quelques militaires, des « soft targets », des civils, femmes et enfants), était un suicide couru à l’avance qui ne pouvait se solder en retour que par le massacre du peuple palestinien, suivant la politique du « chien fou », telle qu’elle fut autrefois décrite par Moshe Dayan.[5] Aussi faudra-t-il que les instances internationales enquêtent un jour sur les défaillances suspectes du Shabak, de l’AMAN (Agaf Ha-Modi’in) et du Mossad pour éclaircir des points encore restés obscurs, car l’hypothèse d’un « false flag » doit toujours être intégrée dans le champ des possibles quand on analyse une exaction.

Une chose est sûre, il existe au sein de la population palestinienne un ras-le-bol terrible qui fait réaction à la terreur et à l’oppression constante de l’État hébreu. Les palestiniens se sentent dupés et trahis par le Fatah qui « attend Godot », depuis les accords d’Oslo et avant, amer ressentiment auquel s’ajoute la frustration d’une « cause palestinienne » délaissée par le monde car noyée dans le printemps arabe (œuvre des Occidentaux), des conflits épars et de la guerre en Ukraine.

Le choix tactique entrepris par Israël de bombarder aveuglément et incessamment les 365 km2 de la bande de Gaza en représailles est cohérent avec la politique de sionisme révisionniste mise en œuvre par le Benjamin Netanyahou et son gouvernement. Le sionisme révisionniste est un mouvement fondé en 1925 par Vladimir Jabotinsky en réaction à la politique conciliante de Chaim Weizmann. Il prône la création d’un État juif sur les deux rives du Jourdain, et revendique une politique d’extrême droite nationaliste dure à l’égard des Arabes palestiniens. C’est du parti révisionniste que naît l’Organisation clandestine (également terroriste) dénommée Irgoun Zvaï Leoumi (Organisation militaire nationale) qui pratique un terrorisme anti-arabe et anti-britannique sur le territoire palestinien dès 1939.

L’Irgoun constitue par ailleurs la branche armée sur les fondements de laquelle s’est créé le Tsahal. Le père de Benjamin Netanyahou, Bension Netanyahou, était le secrétaire du fondateur du parti sioniste révisionniste, Vladimir Jabotinsky. On comprend alors mieux pourquoi Benjamin Netanyahou avait déclaré, en 2015, qu’Hitler ne voulait pas exterminer les juifs, mais que c’était les Arabes qui l’y avaient incité. [6]

Benjamin Netanyahou est un personnage très controversé en Israël, mais également sur la scène internationale. Si les tirs réguliers de roquettes du Hamas qui mettent en péril la population civile israélienne sont condamnables, les exactions commises ces dernières années par le gouvernement israélien le sont tout autant, sinon plus, vu la disproportionnalité dans les rapports de force.

En 2021, les tensions pilotées par le Hamas, et consécutives aux décisions rendues par la justice israélienne, favorable à l’annexion et à l’expulsion de familles palestiniennes à Jérusalem-Est (la partie orientale de la ville est occupée de façon illégale par les Israéliens au regard du droit international), se voient réprimées par le Tsahal dans un bain de sang au cours duquel 83 Palestiniens et 7 Israéliens trouveront la mort. La gestion de cet événement embarrasse la communauté internationale.

En 2022, la journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh est abattue par le Tsahal en Cisjordanie, l’événement est également compromettant pour Israël qui plaide l’accident

Dernière provocation en date de ce début d’année 2023, Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, leader du parti d’extrême droite Otzma Yehudit (Pouvoir juif) s’est rendu sur l’Esplanade des Mosquées, une visite perçue comme provocatrice, le lieu étant considéré comme l’épicentre du conflit israélo-palestinien.[7]

En Israël, les avis sur la politique de Benjamin Netanyahou sont de plus en plus mitigés. Actuellement, sa cote de popularité se voit chuter de 55 % à 35 %. Outre le fait que de nombreux Israéliens lui reprochent de ne pas avoir su les protéger, son impopularité était déjà croissante pour d’autres raisons. En juillet 2023, la Knesset, coalition composée du parti de Netanyahou, le Likoud, de partis ultrareligieux et de partis fascistes basés sur les colons de Cisjordanie, a fait passer la première d’une série de lois visant à réduire les pouvoirs de la Cour suprême, et ce, dans un contexte où il se retrouve tourmenté par plusieurs affaires de soupçons de corruption. Cette réforme très impopulaire, conférant une forme d’immunité au Premier ministre, a été à l’origine de mouvements de contestations sociales en Israël. Plus de 10 000 réservistes, dont certains occupaient des postes de pilotes d’avions ou d’expert en cyberguerre, avaient alors annoncé qu’ils refuseraient de servir si le « coup d’État judiciaire » était mis en œuvre. [8]

Enfin, la politique de bombardement menée par le gouvernement Netanyahou semble de plus en plus difficile à soutenir ou à légitimer sur le plan international. Le 12 octobre, l’armée israélienne annonçait avoir largué 6 000 bombes sur Gaza, soit 4 000 tonnes d’explosifs, soit environ 16 bombes au km2 sur 365 km2 de territoire. Au 24 octobre, nous approchons dramatiquement des 5 100 morts palestiniens (2 055 enfants) et plus de 1 400 morts Israéliens. Une telle boucherie n’a pour équivalent dans l’histoire que des bombardements du type de ceux de Tokyo ou de Dresde. Cette situation est à mon sens intenable politiquement sur le moyen et le long terme, et Netanyahou, pris au piège de sa propre politique, voit se profiler deux options : négocier avec les Palestiniens ou s’enfoncer à poursuivre son entreprise mortifère en engageant une offensive terrestre, peut-être appuyée par une coalition internationale. Situation paroxystique, une guerre contre l’Iran le sauverait.

S’il risque d’être difficile pour lui de sortir glorieux d’une négociation, elle ne devrait pas pouvoir se réaliser avec le Hamas, sauf sous une éventuelle et peu probable (faute de consensus) pression internationale ; la seconde option, celle de l’opération terrestre, n’en demeure pas moins constitutive d’un risque d’enlisement, voire de propagation du conflit. En dehors des annonces de façades, les États-Unis, principaux soutiens d’Israël, ont signifié au gouvernement israélien qu’il devait travailler à une solution de sortie de crise. Les États-Unis et Israël, comme l’a déclaré le conseiller américain à la sûreté nationale, Jack Sullivan, envisagent la création d’un gouvernement intérimaire dans la bande de Gaza avec le soutien de l’ONU et des gouvernements arabes. [9] Cela représenterait un immense défi, puisque cela nécessiterait probablement beaucoup de temps, le soutien des gouvernements arabes n’étant pas acquis et la suppression du Hamas non plus, les États-Unis souhaitant sa disparition à terme.

Emmanuel Macron a pris le monde par surprise en lançant un appel à un possible projet de coalition internationale (inspirée de la coalition contre l’État islamique) pour détruire le Hamas. Il semblerait que cette déclaration n’ait pas fait l’objet de consultations préalables auprès de ses alliés. L’idée pourrait sembler séduisante pour les Américains, mais la pente est glissante. Le risque d’embrasement est élevé. Il peut provoquer une déstabilisation des BRICS utile à l’hégémon américain et à Israël, mais peut aussi engendrer une extension du conflit ou, a contrario, un enlisement du type Ukraine, qui leur serait potentiellement défavorable. Malgré ces possibles conséquences, Benjamin Netanyahou a autorisé Macron à faire publiquement cette déclaration ; il pourrait s’agir, pour lui, d’une opportunité politique de redorer son blason, via cette nouvelle dimension internationale du conflit le délestant de son imputabilité dans ces événements, ce que lui reprochent de plus en plus certains Israéliens et son opposition.

La situation est compliquée, car si l’actualité israélienne est favorable aux Américains pour dissimuler le fiasco ukrainien et faire oublier l’entreprise de propagande grotesque conduite par l’industrie médiatique des pays membres de l’OTAN, le conflit ukrainien a démontré l’incapacité logistique de ces mêmes États membres à soutenir un effort de guerre de haute intensité qui impliquerait plusieurs grandes nations. Avec, comme le soulignait au printemps le Council on Foreign Relations (CFR), peu de temps avant le sommet de l’OTAN à Vilnius, un manque à gagner à moyen long terme pour l’image et la cotation en Bourse du complexe militaro-industriel américain. [10]

Par conséquent, il me paraît évident que les États-Unis n’ont pas immédiatement intérêt à ce que le conflit s’embrase à l’international, tout comme ils n’ont actuellement aucun intérêt qu’un dirigeant comme Netanyahou, qui joue constamment avec des allumettes au-dessus d’un baril de poudre, ne reste au pouvoir. Il n’est donc pas improbable que, dans un futur proche, une fois les tensions redescendues, l’éviction d’un Netanyahou impopulaire, talonné par un litige avec la justice, provienne de l’intérieur (mouvement social, ou financement d’une opposition).

Gaza mis à part, les États-Unis n’ont aucune raison de ne pas continuer à opposer leur veto régulier au Conseil de sécurité de l’ONU sur les résolutions condamnant la colonisation israélienne en territoire palestinien, la colonisation étant pourtant admise comme contraire au droit international (on comptabilise au total trente utilisations du veto pour bloquer des résolutions concernant Israël). L’utilisation récurrente de ce veto par les Américains est à l’une des principales causes de la pérennisation du conflit, de même qu’elle participe au soutien de la politique d’expansion et de renforcement d’Israël indispensable à la déstabilisation du Moyen-Orient ; l’Iran restant une menace conséquente pour les Américains, surtout pour leur allié israélien, en cas d’embrasement régional, voire international.

Pour clore le volet israélien, je n’ai pas de doute sur le caractère sacrificiel de la politique sioniste révisionniste qui n’a historiquement jamais hésité à mettre en péril sa propre population pour parvenir à ses fins sur le plan géopolitique.

Avec un peu de recul, je m’avancerais à dire que le peuple israélien est victime d’une entreprise mondialiste, dont les intérêts politiques et financiers le dépassent pleinement et ne desservent qu’une caste de puissants apatrides. Il en a été de même pendant la période Covid-19, période durant laquelle la population israélienne a été vaccinée à outrance.

En France, Jacques Attali a récemment exprimé sur Europe 1 son désaccord profond avec la politique menée par Netanyahou en ces termes : « Netanyahou est l’un des pires ennemis de la survie d’Israël. » Beaucoup de ses opposants ont crié au retournement de veste, pensant naïvement que le vent a tourné. Les apparatchiks du système n’ont, quant à eux, pas crié au scandale. Pourquoi ? Parce qu’en réalité, sa prise de position est on ne peut plus cohérente.

Comme je l’ai mentionné précédemment, Attali se calque ici sur la position américaine qui, si elle fait mine de soutenir Netanyahou en façade, souhaiterait un autre leader à la tête d’Israël, moins radical et moins clivant.

Du point de vue de la politique intérieure, Attali est encore une fois parfaitement cohérent, puisqu’il a lui-même participé avec des gens comme Julien Dray, Alain Minc ou, par la suite, Bernard Arnault (LVMH) à soutenir politiquement un processus créateur de communautarisme en soutenant le développement de mouvances comme « SOS racisme » ou « Touche pas mon pote ». Des mouvements pourvoyeurs de racisme à géométrie variable, participant à une fragmentation sociale utile à la politique intérieure du pays. Par conséquent, en ne cautionnant pas la politique israélienne actuelle, il reste en phase avec sa doctrine universaliste wokiste du type « Black Lives Matter » et avec l’idéologie progressiste promue par les démocrates américains. Rappelons au passage que LVMH a sponsorisé Assa Traoré, tout en apportant son soutien financier à la cause LGBT… Ça ratisse large chez eux !

Si Attali se repose sur la ligne mondialiste et apatride de Georges Soros, il est foncièrement opposé au sionisme dur, nationaliste et suprémaciste du Likoud. Attali rêve, de façon messianique, d’une Jérusalem « capitale du gouvernement mondial » revendiqué, mais dans une logique mondialiste de suppression des frontières, de lissage universalisant et de nomadisme béat (supra-nomades et infra-nomades).

S’il existe donc plusieurs interprétations politiques du mouvement sioniste, il est un point vers lequel elles convergent : Israël est une émanation des mondialismes, universalistes ou multipolaires. Le peuple juif a cette spécificité d’avoir été apatride des siècles durant, tout en se revendiquant théologiquement comme un peuple. Il s’est ainsi défini au-delà de l’appartenance communautaire à une religion. De fait, aujourd’hui, une majorité des Israéliens sont binationaux, formant un archétype révélateur des citoyens du monde. Historiquement constitué en diaspora, Israël dispose de cette capacité structurelle à intercéder en sa faveur dans les relations internationales.

Cette influence est prégnante en France. Si la ligne politique d’Attali est déjà représentée depuis plusieurs décennies, elle est aujourd’hui concurrencée par une branche de l’extrême droite nationaliste partageant son axiologie politique avec le Likoud. Actuellement défenseurs inconditionnels de Netanyahou, ces partis de droite faussement nationalistes (uniquement quand c’est dans l’intérêt d’Israël ou des États-Unis), mais (parfois) véritablement racistes, parviennent à tenir légalement et avec acharnement un discours islamo-centré risible et caricatural, tout en soutenant la politique européenne, la vaccination contre le Covid et la guerre en Ukraine. On s’étonnera finalement de les voir (malgré eux) parfaitement converger avec la politique de Jacques Attali, aussi clivante que dangereuse de gouvernance par la fragmentation et les bulles sociétales.

La bipolarisation de la scène politique française ne serait-elle finalement qu’une façade ?

Je conclurais par un propos de Pierre-Antoine Plaquevent sur X, qui résume à mon sens parfaitement l’enjeu politique français des années à venir : « […] il est stratégiquement stupide pour des conservateurs ou des identitaires de se mettre à la remorque du discours israélien en France. C’est monter dans un bateau qui coule et passer pour des racistes suprémacistes, là où nous défendons notre identité et notre souveraineté et le droit des peuples à rester eux-mêmes. Ni globalisme, ni suprémacisme, mais : identité, souveraineté, puissance. Nous n’avons pas à rester prisonniers de la dialectique interne au judaïsme politique polarisé entre racisme et mondialisme, mais à suivre notre propre orientation française, chrétienne, romaine. »

François Dubois

François Dubois est ex-gradé de la Gendarmerie nationale, officier de police judiciaire, instructeur et formateur de formateur dans les écoles de Gendarmerie. Dans son livre « Alice au Pays de Lucifer » publié chez KA’éditions, il analyse les dimensions philosophiques et théologiques du périple épique d’Alice et livre une véritable autopsie des paraboles auxquelles elle va se heurter, dévoilant par la même occasion, les mécanismes de l’inversion des valeurs qui mettent en péril notre société.

François Dubois, invité dans notre studio : « On peut savoir qu’une loi n’est pas morale et refuser de l’appliquer »

 

Notes du texte :

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