Scandale des ehpad d’Orpea : les dessous de l’affaire des fossoyeurs

Santé

mise à jour le 14/02/22

Dans le livre-enquête Les Fossoyeurs paru le 26 janvier, Christophe Castanet accuse Orpea d’actes de maltraitance envers les résidents (1 156 ehpad pour 116 514 lits). Les ehpad sont destinés à être rentables, un point c’est tout — le directeur général d’Orpea, Yves Le Masne, était diplômé en informatique spécialisation comptabilité finances. Le rendement de l’action Orpea est passé de 10 % en 2018 à zéro depuis Les Fossoyeurs. Les actionnaires se mordent les doigts : en six mois l’action a baissé de 63,42 %. En juillet 2021, l’action était à 107,77 €. Le 2 février 2022, elle est tombée à 38 €.

Après les affaires, les affaires continuent

Yves Le Masne, directeur général du groupe Orpea pendant vingt-huit ans et licencié le 30 janvier 2022, s’en tire fort bien. Outre son salaire annuel, passé de 995 000 € en 2011 à 1 258 000 € en 2016, il avait 5 456 actions du groupe qu’il a revendues en juillet dernier pour 588 000 euros. Selon Le Canard enchaîné, cette opération boursière a été réalisée « trois semaines seulement après que la direction d’Orpea a été informée de la parution prochaine du livre » de Victor Castanet les Fossoyeurs. Cette vente s’apparenterait donc à un “délit d’initié”. […] le nouveau PDG d’Orpea, Philippe Charrier, a confirmé que le groupe était au courant de cette opération. »

Jusqu’à présent arnaques et maltraitance avaient été étouffées

En mai 2014, l’Agence régionale de santé Ile-de-France avait demandé des explications à propos de rétro-commissions. Les éclaircissements ont dus être suffisants pour que le dossier soit clos en 2015, sans que aucune sanction n’ait été prononcée.
En mars 2016, une enquête judiciaire a été ouverte pour homicide involontaire à l’ehpad de Biot (06), suite au décès de trois résidents, noyés dans leur lit lors des intempéries d’octobre 2015. Dans la plupart des articles relatant ces évènements, il est souligné que la détérioration des conditions de travail des salariés et de vie pour les résidents est intervenue avec le rachat de l’établissement par Orpea.
En 2018, Envoyé spécial présentait son reportage sur les ehpad Orpea et Korian ainsi : « Nourriture rationnée, soins bâclés, personnels insuffisants ou intérimaires : nos parents et nos grands-parents sont-ils maltraités dans les Ehpad, ces maisons de retraite médicalisées dans lesquelles beaucoup de personnes âgées vont finir leurs jours ? »
En 2019, Yves Le Masne, le directeur général d’Orpea, ne craignait pas de déclarer en toute bonne foi : « Le reportage d’Envoyé spécial est malhonnête à de nombreux égards. Il utilise par exemple des images filmées il y a plusieurs années. Nos résidents et leurs familles sont sondés par un prestataire externe sur la qualité de nos services à travers une enquête de satisfaction annuelle. Seulement 0,2 % d’entre elles se disent “très insatisfaites”, et le taux de participation avoisine 60 %, ce qui est élevé pour ce type d’enquête. De nombreux reportages et articles saluent chaque année nos prestations et la qualité de vie dans nos établissements, mais ceux-là font bien moins parler d’eux. »
En mai 2021, le Défenseur des droits avait publié un rapport sur la maltraitance dans les Ehpad. Olivier Véran ne l’a-t-il donc pas lu, puisqu’il semble avoir attendu la publication des Fossoyeurs pour se rendre compte de l’urgence de la situation dans les Ehpad ?

Une commission d’enquête est en cours à l’Assemblée nationale. Il faut avoir le cœur bien accroché pour entendre Jean-Christophe Romersi, directeur général d’Orpea, déclarer sans broncher (1h57′) : « De manière très honnête, non tous les salariés ne veulent pas de CDI. » A voir là.
Intéressant également de voir ou revoir le reportage d’Envoyé Spécial après que le scandale qu’il dénonçait a fini par éclater — on se demande pourquoi seulement en 2022…

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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