L’ordre des Médecins a collaboré : La destruction de la médecine est en marche

Santé

mise à jour le 16/10/22

Le Conseil national de la Refondation de Macron n'est pas le Conseil national de la Résistance. François Braun n'est pas Jean Moulin et ceux qui veulent une médecine pour qui peut payer des dépassements ne sont pas ceux qui voulaient une médecine pour tous les citoyens. L'ordre des médecins a collaboré. Il continue et la prétendue Refondation n'est qu'une destruction.

On croit rêver lorsque François Braun, ministre de la Santé de Macron, ose présenter le Conseil national de la Refondation comme l’héritier du Conseil national de la Résistance : « Le 27 mai 1943, a lieu à Paris, rue du Four, la première réunion du Conseil national de la Résistance. Jean Moulin, qui un mois plus tard sera arrêté et torturé par la Gestapo, rappelle alors les buts de la France libre : “Faire la guerre ; rendre la parole au peuple français ; rétablir les libertés républicaines, dans un État d’où la justice sociale ne sera pas exclue, et qui aura le sens de la grandeur.” Alors que les résistants continuent leur combat contre la barbarie, les fondements de la solidarité de l’après-guerre sont en train d’être posés. Il y a à ce moment de notre histoire, la volonté d’affirmer, pour tous, un droit à vivre dans la dignité. Oui, en 1945, notre pays a fait une promesse à ses habitants : la santé sera accessible à tous, sans distinction, pour tous les citoyens de la République. »

L’ordre des Médecins propose la destruction du corps médical !

Le 13 octobre, les sept Ordres des professions de santé (médecins, infirmiers, sages-femmes, kinés, pharmaciens, dentistes et podologues) étaient présents au Conseil de la Refondation. Ils ont trouvé la solution aux déserts médicaux : le partage des taches ou plus exactement la délégation d’actes médicaux aux autres professions de santé — infirmiers, pharmaciens, sage-femmes, etc. S’ils n’avaient rien trouvé par eux-mêmes, François Braun le leur aurait imposé. « À défaut, nous prendrons nos responsabilités, car c’est ce que nos concitoyens attendent », avait-il averti. Fidèles au programme présidentiel d’Emmanuel Macron, les ordres estiment « qu’à défaut de médecin traitant disponible », il va falloir « confier aux autres professionnels de santé une mission en termes d’orientation du patient dans le système de santé, en assurant une première prise en charge, et en organisant avec les autres acteurs du territoire, l’orientation vers un médecin traitant ».
Les médecins ne sont d’ailleurs plus les seuls responsables des prescriptions. Les pharmaciens peuvent même s’opposer à la délivrance de certains antibiotiques classiques prescrits par les médecins, pour soigner la maladie de lyme, les otites, les bronchites, les cystites, les parodontites, les infections à Helicobacter pylori et, bien entendu, le covid-19.

Une médecine à deux vitesses pour aller plus vite

À peine arrivé à la tête de l’ordre des Médecins, le Dr François Arnault est prêt à tout en échange de la liberté des honoraires : « […] en contrepartie d’actes transférés par le médecin aux autres professionnels, nous demandons que son rôle central d’animateur soit reconnu et que des consultations longues soient mieux définies et revalorisées financièrement ». Aux patients qui peuvent payer la consultation longue, leur médecin sera tout dévoué. Quant aux pauvres, ils iront voir ailleurs et seront baladés d’un service à l’autre. On est loin du « La santé sera accessible à tous, sans distinction, pour tous les citoyens de la République » de Jean Moulin.

Faute de médecins, pourquoi pas des « assistants médicaux » ?

Le pas vers la destruction du corps médical est franchi par François Braun : « Certaines solutions doivent être résolument accélérées : je pense notamment aux assistants médicaux, dont je souhaite porter le nombre à dix mille à horizon 2025. On le sait maintenant, un assistant médical, c’est du temps médical gagné et donc environ dix pour cent de patients en plus : autant de besoins auxquels on répond. » Et comme le temps c’est de l’argent

Autres gadgets : docteurs juniors, télétransmission et… ré-enchanter l’hôpital

Des remplacements par un docteur junior, des systèmes de recours par téléconsultations… voici autant de leviers que je souhaite soutenir et inciter, a déclaré François Braun. « Enfin, le quatrième chantier que je souhaite porter au niveau national est celui du “mieux vivre à l’hôpital”. Il faut ré-enchanter l’hôpital, c’est certes le lieu de la maladie, mais aussi celui de la guérison. » Et, après avoir commencé par citer Jean Moulin, le Dr Braun a terminé son discours par une belle phrase de Jean Jaurès ! On vous en dispense. Vous la voulez quand même ? La voilà, mais on vous avait prévenus, dans ce contexte on dirait du Agnès Pannier-Nullachier lorsqu’elle affirmait trouver de la magie dans l’industrie. Le courage, disait Jaurès, cité par notre désintéressé ministre de la Santé, c’est « d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes, sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense ». Plus creux, c’est pas facile.

Contre les déserts médicaux : une 10e année d’études médicales obligatoire

Un ajout (Art. 23) est venu se glisser dans le budget de la Sécurité sociale de 2023 en cours d’examen au Parlement depuis le 12 octobre. Il prévoit une « année de consolidation » au cursus des futurs généralistes. Elle serait effectuée hors de l’hôpital et « en priorité dans des zones sous-dotées ». La commission a émis un avis favorable à son adoption. Donc il va passer, à moins que… les étudiants ne soient entendus. Le 14 octobre, ils ont manifesté leur opposition à cet ajout coercitif. Les études pour être médecin généraliste durent au moins neuf ans. À la fin de leur 9e année d’études (et 3e d’internat), les étudiants craignent d’être envoyés du jour au lendemain loin de la vie qu’ils ont commencé à construire.

Le numérus apertus : « la » solution ?

Le numerus clausus, concours réduisant le nombre d’étudiants en médecine sans tenir compte de la démographie, a été remplacé par un numerus apertus. Le ministre de la Santé croit tenir la solution à long terme : « Je le redis et je l’assume : je ne serai pas le ministre des promesses inconsidérées, car il n’existe pas de solution miracle. Nous devrons attendre encore une dizaine d’années avant que les bénéfices de la fin du numerus clausus, mesure historique prise à l’initiative du président de la République après des années et des années de régulation aveugle de notre démographie médicale, ne nous permettent d’inverser la tendance. » En réalité, le nombre de places est toujours limité par les universités elles-mêmes. Aujourd’hui, il y a des grands admis, des listes complémentaires, un nombre de places limité et un reclassement-déclassement… Donc encore un concours.

Qu’attendre des mesures du gouvernement contre les déserts médicaux ?
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Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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