Covid : à Marseille l’hôpital recrute !

Politique, Santé

mise à jour le 23/09/21

Hopitaux de Marseille

Premier employeur de la région —plus de 12 000 salariés, près de 2000 médecins et 4000 internes et externes —, l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) recrute !

???? ???? ?????????(?)?  ?????????? ????????????? ? Nous recrutons des renforts INFIRMIERS pour nos unités #COVID en #service et en #réanimation. Contrats signés rapidement & embauche immédiate.

Ce n’est pas la première fois que l’AP-HM manque d’infirmiers. En 2020 déjà, elle recrutait pour faire face à un rebond de l’épidémie de coronavirus. En 2021, elle a embauché 300 soignants depuis le mois de juin, mais entre la suspension d’une trentaine de professionnels non vaccinés, la suppression de lits, les départs, l’absentéisme le plus important de tous les hôpitaux français — plus de 10 % quand la moyenne nationale est à 8,2 % —, le besoin de personnel reste criant. 

Offre d'emploi AP-HM
Annonce AP-HM

Il n’y a quasiment plus de malades, mais il y a toujours des vaccins. Il n’y a pas assez de personnel, alors on en enlève et puis on en cherche. Vous êtes aux hôpitaux de Marseille ! bienvenue au pays des Shadoks !

Combien de lits de réanimation à Marseille ? 

Tout ce qu’on sait c’est qu’il en faut cent de plus à Marseille selon le plan Blanc. Le plan Blanc consiste à faire faire par d’autres le travail du personnel absent et à reculer les opérations non-urgentes. Cela ne veut pas dire qu’il manque cent lits de réanimation, mais qu’il n’y a pas assez de personnel pour les ouvrir. Combien de lits y en a-t-il en tout ? Mystère.

Pourquoi l’absentéisme ?

Une remarque en passant : il n’est pas mention de salaire dans les offres d’emploi de l’AP-HM. En plus du léger problème du salaire, les causes de l’absentéisme et des départs sont :
– les heures supplémentaires et les astreintes parfois pas payés lorsque les quotas légaux autorisés sont dépassés,
– les plannings qui obligent les agents à renoncer à leurs jours de repos, sans possibilité de les récupérer,
– les équipes cassées, les infirmières déplacées d’un jour sur l’autre dans des services qu’elles ne connaissent pas. 

Un beau projet, un peu flou

Quel décalage entre la réalité et le magnifique projet d’établissement 2017-2021 ! Ses orientations (on vous les cite) :  « Renforcer le positionnement de l’AP-HM, optimiser la performance, développer l’esprit de service et mobiliser les femmes et les hommes ». Comme on est bassement matérialistes, on a cherché « nombre de lits ». On n’a rien trouvé, sauf « une capacité en lits évolutive », « une densification des surfaces avec la prise en compte renforcée des flux de personnes et logistiques », «  Il ne s’agit pas de faire plus, mais mieux dans une optique de soin “optimisé” pour tous. » Traduction : autant de lits, mais sur une plus petite surface.
Les auteurs du texte, ayant opté pour un « développement durable », nous balancent au milieu du projet, en gros caractères, une phrase de Saint-Exupéry : « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ». Ça, c’est pour tous ceux qui gaspillent (personnel soignant, syndicats, etc). Le ministère a une certaine hauteur de vue, lui.
Il est cependant en prise avec le terrain, avec cet objectif : « développer l’esprit de service, viser le « double zéro » : zéro attente (contact téléphonique, enregistrement administratif…) et zéro défaut. » On est d’accord sur le double zéro. Après tout on dit bien « triple buse ».
Dans le projet d’établissement, le principal chantier (quoi de plus concret qu’un « chantier » ?) est la lutte contre l’absentéisme (par le contrôle), l’optimisation de la valorisation du temps de travail (faire plus en moins de temps) et le respect de la règlementation (ça, c’est pour le petit personnel à la fois paresseux et malhonnête). Economies : 10,9 m€. Pas 11 m€, ça n’aurait pas l’air vrai.

Beaucoup de directeurs

Les directeurs de l’AP-HM ne sont jamais trop nombreux pour faire faire des économies au reste du personnel. De 52 directeurs en 2016, ils sont passés à 74 en 2021.

L’hôpital n’a nul besoin de médecins… à sa direction

François Crémieux, nouveau directeur général, est diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé publique (EHESP), a travaillé  à l’Agence régionale de Santé (ARS) d’Ile-de-France, puis au cabinet de la ministre de la Santé Marisol Touraine. Il a participé au comité stratégique de Debiopharm, un laboratoire qui développe notamment un antiviral contre le Covid. Vous avez dit conflit d’intérêts ? Comme c’est bizarre !
Pierre Pinzelli, secrétaire général, est diplômé des Arts et Métiers de Paris puis de l’EHESP.
Christophe Bacou, ressources humaines et de la planification immobilière, vient de l’Ecole nationale de la fonction publique.
Sylvia Breton, directeur général adjoint, est passée par l’EHESP.
Un secteur, dans l’organigramme de l’AP-HM, semble nécessiter la présence d’un médecin : la recherche en santé et des maladies rares. On va bien trouver une personne formée à la médecine, quand même. Elle s’appelle Emilie Garrido-Pradalié, mais… elle est diplômée en économie, finances et communication.

Faillite programmée

La tarification à l’activité (merci Dr Douste-Blazy) a porté le premier coup aux hôpitaux. Ce système permet au gouvernement de se désengager financièrement et force les établissements à multiplier les actes aux frais de la Sécurité sociale.
La stratégie du gouvernement a été la même que pour le monde agricole : pousser à la modernisation et à l’endettement.
Par quel miracle, l’AP-HM, quoique surendettée de près d’un milliard d’euros — les remboursements d’emprunts toxiques ont été très lourds —, clôt 2018 avec un compte de résultat principal excédentaire de 7,7 millions d’euros ? « Nous avons su faire des provisions », se félicite Jean-Olivier Arnaud, directeur général. De quoi « regarder l’avenir avec optimisme. » Licenciements et non-paiement de 800 000 heures supplémentaires : des motifs d’optimisme.
Les bons conseils de l’agence de notation Fitch ont donc été suivis : réduire le nombre de lits, adopter un « virage ambulatoire » autrement dit se défausser sur la médecine de ville.

Tout se complique !

Le virus circule beaucoup dans les Bouches-du-Rhône, mais plus il y a de « cas », moins il y a de décès. Il existe des lits à Marseille, mais pas d’infirmiers pour les ouvrir, donc on en a moins. Le personnel médical était utile : on l’applaudissait. A présent les mêmes personnes sont dangereuses : on les suspend. Les annonces de l’AP-HM sont rédigées ainsi : « Vous souhaitez proposer votre candidature pour apporter votre aide aux équipes médicales de l’AP-HM. Veuillez indiquer vos disponibilités dans le formulaire. » Il ne s’agit pas d’être intégré ou à temps plein dans l’entreprise, mais d’apporter une aide aux équipes existantes en fonction des disponibilités. Le but de l’AP-HM est-il de supprimer des emplois (suspendu sans salaire, le personnel finira par démissionner), en les remplaçant par des missions d’intérim, intitulées « offres d’emplois » ? En fait, tout cela n’est pas si compliqué.

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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