Le chèque psy gratuit pour les étudiants est-il vraiment gratuit ?

Santé

mise à jour le 07/02/21

Des étudiants ont manifesté aux côtés des enseignants mardi 26 janvier. Ce sont eux qui ont transgressé confinement et couvre-feu pour ne pas sombrer dans la dépression. Les autres étudiants sont également et peut-être encore plus victimes de la politique « sanitaire » — suivant des cours à distance, confinés dans de petites chambres, subissant le couvre-feu, les masques, et la perte d’argent due à la disparition des petits boulots. Les enseignants témoignent : « On fait cours devant des amphithéâtres virtuels de trois cents étudiants sans visage. Il y a une déshumanisation totale de l’université aujourd’hui qui est liée à cette crise sanitaire. » (source)

L’isolement et la dépression de certains étudiants atteignent un niveau alarmant. Ils sont de plus en plus nombreux à se suicider.

Eric Carpano, le président de de l’Université Jean Moulin Lyon 3, a appelé lundi 11 janvier sur franceinfo à « une prise de conscience nationale quant à l’urgence » de la détresse psychologique des étudiants, alors qu’un étudiant en droit de l’université Lyon 3 s’est défenestré de sa résidence.

Les psys à l’université : peu nombreux
La France compte un psychologue en équivalent temps plein pour 30 000 étudiants. Un taux quatre fois moins élevé qu’en Autriche et vingt fois inférieur aux recommandations de l’association Nightline France qui conseille un psychologue équivalent temps plein pour 1 000 à 1 500 étudiants. Outre une augmentation des salaires et du recrutement de psychologues, il faudrait agrandir les locaux d’accueil des services de santé universitaires. Les services de santé universitaires, déjà surmenés avant l’épidémie, ne peuvent prendre en charge qu’une partie de la population étudiante qui en aurait besoin. 

Le chèque psy, une proposition floue
En plus de propositions dérisoires, Emmanuel Macron a annoncé un « chèque psy », prévu pour le 1er février, afin de permettre aux étudiants de consulter un psychologue ou un psychiatre et de suivre un parcours de soin.
Les étudiants devront d’abord consulter un médecin généraliste (coût 8,5 € sans mutuelle). Le médecin déterminera la prise en charge la mieux adaptée. Ensuite le dispositif permettra de couvrir « un certain nombre » de consultations remboursées à 100 % et estimées « entre 30 et 40 euros » l’unité. Or une consultation chez un psychiatre de secteur 1 (le moins cher) coûte 46,70 € (remboursement : 31,69 €), 15,10 € restant à la charge du patient. Les psychiatres aux honoraires libres ne sont remboursés que 27,30 €. Où donc trouver des consultations entre 30 et 40 € ?

Une consultation gratuite, oui, mais… à distance !
Ameli recommande : « En tant qu’étudiant, rappelez-vous de privilégier la consultation à distance ou téléconsultation en cette période de crise sanitaire. Non seulement, vous limitez les risques de transmissions en cette période, mais vous bénéficiez également d’une prise en charge à 100% ! »

Accessible au bout d’un « certain » nombre de jours, la téléconsultation aura lieu avec un médecin spécialiste en psychiatrie et sera gratuite (39 € pris en charge par la Sécurité sociale). Dans les deux jours ouvrables (à la demande du médecin traitant), la téléconsultation coûtera plus cher : 58,50 €, soit 18,50 € à la charge de l’étudiant. Donc si on est pressé, adieu la gratuité. A partir du 1er février, Ameli, le site de la Sécurité sociale, précisera les conditions de cette téléconsultation, si l’idée en est retenue. En revanche des numéros Verts sont à la disposition des étudiants déprimés par le manque de contacts et de perspectives d’avenir. Quand il y a un problème, un numéro Vert. C’est pas cher !

Une psychiatrie sans psychiatres
Une télé-consultation peut-elle soigner une dépression due au manque de lien social ? La dépression est le symptôme d’une situation invivable (confinement, chômage, etc.). Sans la dépression, une situation mortifère, telle celle qui se met en place actuellement, serait-elle acceptable ? C’est possible selon les experts du Forum économique mondial.

D’abord la dépression coûte cher à l’économie mondiale (16 000 milliards de dollars sur la période de 20 ans qui s’achève en 2030) et la soigner peut rapporter gros. Le marché mondial de la santé numérique a été évalué à 118 milliards de dollars, la santé mentale étant l’un des secteurs qui connaît la croissance la plus rapide. Plus de dix mille applications de santé mentale sont disponibles au téléchargement. La diffusion rapide des Smartphones, des capteurs portables et des outils d’intelligence artificielle (IA) basés sur le cloud offre de nouvelles possibilités pour élargir l’accès aux soins de santé mentale.

L’intelligence artificielle trace le dépressif : son, images et traitement du langage naturel (NLP) permettent de surveiller et mesurer les comportements et les sentiments en dehors du cabinet médical. Les services de localisation peuvent indiquer si une personne s’écarte de son itinéraire habituel pour éviter une zone où un traumatisme s’est produit, ou si quelqu’un ne sort pas du tout. Des changements importants dans le volume d’appels peuvent signaler qu’une personne cherche de l’aide ou qu’elle se retire au cours des premiers stades de la dépression.

Au téléphone : Cognito a travaillé avec le ministère américain des anciens combattants pour piloter une application qui a permis de surveiller, avec leur consentement est-il précisé, les conversations au téléphone portable, afin d’obtenir des informations sur leur état émotionnel et psychologique.

Par textos : Crisis Text Line a identifié les textos à risque imminent avec des algorithmes en moins de cinq minutes. Des conseillers ont pu échanger des messages avec les personnes en crise.

Sur internet : les personnes qui recherchent sur Internet des informations sur la manière de s’ôter la vie sont souvent confrontées à des résultats de recherche manipulés. On leur présente d’abord le numéro de téléphone d’un service de conseil sur la santé mentale. De nombreuses grandes plateformes de médias sociaux utilisent des algorithmes qui surveillent les comportements et les contenus et qui peuvent soit générer des pop-up utiles pour l’utilisateur, soit renvoyer les documents troublants aux autorités locales.

Perlimpinpin
Après avoir octroyé deux repas par jour à un euro aux étudiants, Macron leur offre, aux frais de la Sécurité sociale, l’aide psychologique du pauvre. Il s’agit un entretien virtuel, seul comme d’habitude, face à un écran et au bout d’un temps d’attente indéfini (largement le temps de se suicider). Pas question d’augmenter les capacités d’accueil des services de santé universitaires. Un premier aperçu de la grande remise à zéro de l’humain sur toute la planète, pour le plus grand profit des fabricants d’intelligence artificielle.

Jacqueline pour « Le Média en 4-4-2 »

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