Le bon usage de la langue française : B comme Baltringue

Humour, Justice

mise à jour le 24/07/22

Comme Marcel (directeur de publication du Média en 4-4-2) a déjà été qualifié de complotiste, d’antisémite, il ne lui manque plus que d’être accusé d’« homophobie » — une décoration que les détenteurs de vérité et de pureté morale sont prêts à lui décerner. Notre rédaction a hésité à publier un texte où le mot « baltringue » est vigoureusement adressé au président. L’a-t-il vraiment mérité ? Est-ce une insulte ou une diffamation ? Jugez-en par vous-même en regardant la vidéo ci-dessous.

Que veut dire baltringue ? Le Larousse et l’Académie ignorent ce terme. Dans Le petit Simonin illustré, après Baloches, on passe directement à Banc, d’infamie bien sûr. Le mot baltringue viendrait de l’argot baller (lancer, balancer) et de tringle (tringle à rideaux) et désignait la dernière roue du carrosse du cirque : les manutentionnaires qui montaient et démontaient les chapiteaux. Il est devenu à présent une « personne incapable, peureuse, lâche », selon le dictionnaire Robert, qui précise : « On l’emploie parfois au féminin pour désigner un homme : “Ce type, c’est une vraie baltringue !” » Toujours selon Robert, le sens a dévié jusqu’à empaffé, fiotte. La définition bien-pensante du baltringue serait «  un individu qui transgresse les usages en matière de stupéfiants, de vivre-ensemble et le code de l’honneur. » Très récemment, le fait que ce mot soit employé au féminin pour qualifier un homme lui apporte une connotation homophobe, mais qui n’est pas perçue par tout le monde. Alors, traiter quelqu’un de baltringue, cela peut-il mener devant un juge ? Eh bien, cela dépend de l’insulté, de l’insulteur et du juge.

Théo : « Casse-toi, baltringue, rentre dans ton poulailler ! »

La « volaille », qualifiée de baltringue par le lycéen Théo, a porté plainte au Tribunal de Créteil. En fin de journée, alors que la tension s’accroît tant les dossiers s’empilent encore sur la table d’audience, la présidente rend le jugement.

Théo est relaxé : si la décision n’implique pas que le fonctionnaire assermenté a tout inventé, elle exprime clairement que les policiers doivent prouver les faits de manière irréfutable.

Un salarié à sa direction : « Vous êtes toutes de belles baltringues »

Un salarié signe une promesse d’embauche au sein d’une radio privée, mais le contrat d’un de ses collègues n’est pas renouvelé. L’internaute discute en privé avec lui via Facebook, ce qui aboutit au message suivant : « A toute la direction, vous êtes toutes de belles baltringues anti-professionnelles, lourder un animateur le 2 août, c’est faire preuve d’irrespect ? Moi, j’ai une promesse d’embauche, je suis là pour un an, et croyez-moi, vous allez le sentir ! » Un gentil collègue de travail en informe ses supérieurs. Résultat : fin août, le salarié se voit privé de sa promesse d’embauche.

Le conseil des prud’hommes a estimé que la « rétractation par l’employeur de cette promesse d’embauche est justifiée », mais… le 16 décembre 2010, la Cour d’appel de Douai casse la jurisprudence et juge le licenciement « abusif ».

À Vichy les policiers municipaux ne sont pas des baltringues !

Emeric a traité de baltringues deux policiers municipaux vichyssois, parce qu’il était « victime d’un véritablement harcèlement ». « Baltringue, c’est un synonyme de bouffon. C’est un terme offensant », lui reproche la présidente du tribunal de Cusset. La liste d’insultes données par les deux agents est bien plus longue : « Vous me faites rire avec vos costumes de clown. Je me branle de la police. Tu n’as aucun pouvoir. Je risque rien, je suis toujours amnistié… »

Emeric a été condamné à un an de prison avec sursis et à 200 euros d’amende. Il doit aussi verser 300 euros à chacun des policiers municipaux et un euro à la Ville de Vichy.

Baltringue et liberté d’expression

En 2022, un citoyen impliqué politiquement a traité de baltringue une élue municipale. Il est passé par la case tribunal. La loi du 29 juillet 1881 a été invoquée par la défense.

L’accusé a obtenu la relaxe.

Le site SOShomophobie ne recense pas le mot « baltringue » comme agression verbale homophobe. En revanche « pédé » peut faire l’objet d’un dépôt de plainte et être puni par la loi.

Les procès autour du mot « baltringue » ont jugé l’insulte, adressée autant à un homme qu’à une femme, comme synonyme de bouffon, nul, incapable. Accuser quelqu’un d’homophobie pour avoir utilisé ce mot n’est pas encore entré dans les mœurs judiciaires. L’usage de la langue courante en décidera peut-être autrement à l’avenir et fera évoluer les jugements. Marcel peut-il publier un article contenant le mot baltringue adressé au président, peut-il avoir confiance en la justice de son pays ? Selon ces quelques jurisprudences, il semblerait que oui, quoique…

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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