HK : « Je ne veux pas faire de concert où on demande un passeport sanitaire aux gens. Et je l’assume ! »

8 juin 2021 | Culture, Musique, Société, Vidéos

Kaddour Hadadi, alias HK, se définit comme un « saltimbanque citoyen du monde ». Ceux qui ne le connaissaient pas encore il y a quelques mois savent sans doute maintenant qui il est, grâce à sa chanson « Danser encore » qui a été très vite reprise par des citoyens lors de rassemblements contre les mesures sanitaires. Participant lui-même à un maximum de manifestations pour défendre la culture et la liberté en général, il a tout de même trouvé du temps pour nous expliquer sa vision de cette « crise sanitaire ».

« Les gens n’en peuvent plus, c’est assez facile à comprendre »

Le Média en 4-4-2 : Bonjour HK. Nous sommes ravis de vous accueillir sur Le Média en 442 ! Lorsque nous avons relayé les flashmobs de votre chanson « Danser encore » organisés un peu partout dans le monde, nous avons eu envie de vous entendre sur la situation incroyable que nous vivons actuellement en France et dans le monde. Alors un grand merci à vous d’avoir accepté de vous prêter à ce jeu de « une chanson, une question » !

Danser encore

« Chaque mesure autoritaire
Chaque relent sécuritaire
Voit s’envoler notre confiance
Ils font preuve de tant d’insistance
Pour confiner notre conscience »

Le Média en 4-4-2 : Comment avez-vous vécu la première période de confinement ? Avec le recul, jugez-vous cette mesure nécessaire par rapport à la situation sanitaire ?

HK : Le premier confinement, honnêtement, je ne l’ai pas mal vécu à la base. On était face à quelque chose qu’on ne connaissait pas, qui est arrivé comme ça d’un coup, et puis, étant de nature hyperactive, ça faisait un moment que je me disais que ce serait bien que je m’arrête un peu… Mais bon, le deuxième confinement et le concept de non-essentiels, là c’est une autre histoire… Aujourd’hui, on en est à un an de mesures restrictives dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, on a le droit de faire le bilan. Et ce qu’on peut dire, c’est qu’on est en manque d’au moins trois choses vitales et essentielles comme : la culture, le lien social et le débat démocratique. Ça fait beaucoup ! Je passe les incohérences du gouvernement qui dit blanc, puis rouge, puis vert orangé, puis ultra-violet… Passant son temps à prendre des mesures par décret, donc de façon autoritaire sans aucune forme de débat, en se justifiant de façon plus ou moins maladroite, puis à en prendre d’autres quelques semaines plus tard en parfaite contradiction avec les précédentes, en justifiant ses revirements de façon plus ou moins malhonnête… Les gens n’en peuvent plus, c’est assez facile à comprendre.

 « Auto-métro-boulot-conso
Auto attestation qu’on signe
Absurdité sur ordonnance
Et malheur à celui qui pense
Et malheur à celui qui danse »

Le Média en 4-4-2 : Ils ont tout de même réussi à nous faire croire qu’on s’auto-autorise à sortir… ! Quel est votre point de vue sur ces mesures liberticides liées au Covid ?

HK : Un magazine allemand avait parlé au sujet de la gestion politique de la crise en France « Bienvenue en Absurdistan ». Je crois qu’à la base de ces décisions, encore une fois autoritaires et d’une certaine manière « paternalistes », il y a cette idée chez nos dirigeants que nous, citoyennes et citoyens de ce pays, nous sommes des gens irresponsables, immatures, des enfants à qui on donne des bons points ou à qui on tape sur les doigts. C’est assez insupportable, et ça nous renvoie à plusieurs exemples de phrases ou formules méprisantes prononcées par notre président depuis le début de son mandat… On peut lui concéder une certaine cohérence dans sa façon d’être, de parler et d’agir : il se prend pour le saint-père de la Nation, une sorte de président-roi .

« Ne soyons pas impressionnables
Par tous ces gens déraisonnables
Vendeurs de peur en abondance
Angoissants, jusqu’à l’indécence »

Le Média en 4-4-2 : Nous pensons que les médias mainstream diffusent le « virus de la peur ». Etes-vous de notre avis ?

HK : Je pense que dans cette crise, un bon nombre d’entre eux ont fini de se discréditer. De façon générale, ils n’ont plus grand-chose d’indépendant et d’objectif, ils répondent bien souvent soit aux intérêts privés de leur actionnaire majoritaire (souvent une grande multinationale), soit aux injonctions gouvernementales, soit aux deux. Nous, on doit apprendre désormais à faire le tri, constamment, que ce soit au sujet des médias mainstream ou des médias alternatifs. On ne peut plus croire sur paroles un article qu’on a lu ici ou là. Rares sont les médias auquel j’accorde encore une pleine confiance. J’essaie de toujours croiser les informations, d’aller les chercher moi-même. C’est fatigant, mais c’est ainsi qu’on peut éviter les fake news qui sont évidemment présentes aussi bien dans certains médias alternatifs que dans certains médias mainstream.

Sans Haine, Sans Armes, Sans Violence

« Prédicateurs de la sainte finance
Toxicomane accroc à la croissance
Nous sommes de ceux qui vous désobéissent
La plèbe blasphématrice »

Le Média en 4-4-2 : Comment la désobéissance civile peut-elle être utilisée actuellement pour retrouver nos libertés ?

HK : Je crois sincèrement que de façon générale, ce n’est pas nous qui décidons du moment où il nous faudrait entrer en désobéissance civile, ça s’impose à nous à un moment donné. Par exemple, nous, dans cette histoire, on a juste écrit une chanson qui disait qu’on voulait « danser encore » et qui exprimait comment notre confiance en notre gouvernement s’étiolait au fil des jours et des mesures autoritaires incohérentes; puis on l’a chantée dans la rue. On nous a dit que c’était interdit, alors avec d’autres on a fait des manifestations, parce qu’on n’était pas d’accord avec ça. Ces manifestations ont attiré beaucoup de monde, parce qu’on est beaucoup à penser que la culture et le lien social sont essentiels, qu’ils font partie de la solution et non du problème. Du coup ces manifestations ont commencé à déranger… Là, elles commencent à être interdites elles aussi, des policiers interviennent pour stopper des rassemblements où il y a de la musique, des gens commencent à être verbalisés parce qu’ils chantent dans la rue. Alors, ça montre l’absurdité de la situation et comment le gouvernement s’obstine à ne pas nous entendre, à ne pas vouloir nous comprendre, et s’enferme dans encore plus d’autoritarisme… Donc oui, de fil en aiguille, au bout d’un moment la question de la désobéissance va se poser, clairement : quand on aura tout fait en suivant les voies normales et légales, mais que le gouvernement continuera à s’obstiner, on se posera la question : « Bon on fait quoi maintenant qu’on a tout essayé de façon parfaitement légale ? » Je n’ai pas envie d’en arriver là, je suis pas un va-t-en-guerre, moi. À la base je veux juste exercer mon métier, ma passion, jouer mon rôle d’artiste, de soignant de l’âme, c’est pas des conneries, aider les gens à ma façon, avec ce que je sais faire, contribuer… Et là, on nous en empêche, on essaie de nous discréditer, on nous insulte, on nous combat… Alors, comme on est aussi du genre « on lâche rien », on va continuer à avancer et voir où tout ça nous mène.

Rallumeurs d’étoiles

« On a du boulot pour toi, si tu le veux bien
Rallumer les étoiles du soir au matin
Encore,
Les rallumer encore
Et encore, et encore… »

Le Média en 4-4-2 : Nous avons l’impression que la grande majorité de nos concitoyens sont comme éteints et ne se rendent donc pas compte de la gravité de la situation. Comment peut-on les « rallumer » ?

HK : Je ne prétends pas avoir la science infuse, savoir ce que les autres ne savent pas. On est tous pareils je crois, on se pose des questions et là y a vraiment matière à s’en poser. Celle-là par exemple : préfère-t-on vivre dans une société du contrôle façon « Big-Brother » où nos dirigeants s’occupent de notre salut en nous imposant des règles strictes « pour le bien du plus grand nombre » ? Cela implique une telle confiance en eux qu’on leur abandonne de façon volontaire certaines de nos libertés les plus fondamentales. Ou alors tient-on plus que tout à vivre dans une société où la démocratie au sens premier du terme et les libertés autant individuelles que collectives sont sacrées ? Je pense que c’est la question qui se pose à nous aujourd’hui de façon de plus en plus claire, enfin il me semble. Pour moi, la réponse est claire, je choisis la seconde option, mais on se rend bien compte que ce n’est pas évident pour tout le monde, la question fait débat. Des gens préfèrent qu’on les guide, qu’on les rassure, qu’on les protège. Et ils sont prêts pour cela à sacrifier certaines libertés et à s’accommoder d’un état d’urgence prolongé avec les facilités qui vont avec pour le pouvoir d’agir sans discussion, sans débat, et avec des contre-pouvoirs quasi-inexistants. Alors, la meilleure chose à faire pour moi aujourd’hui est de débattre de tout ça, de la façon la plus calme et la plus posée possible, d’essayer d’y voir clair ensemble et de comprendre comment les choix que l’on fera aujourd’hui peuvent conditionner la société de demain, celle de nos enfants.

« j’aspire profondément à une idée de société non violente et de démocratie réelle »

Ce Soir Nous Irons Au Bal

« Ils voudront nous diviser, du premier jusqu’au dernier,
Chercheront à petit feu, à étouffer nos libertés »

Le Média en 4-4-2 : Tout comme les terroristes auxquels vous faites allusion, le gouvernement a parfaitement réussi à nous diviser et on voit que nous sommes actuellement incapables de nous unir pour nous opposer à lui… Comment faire pour arriver à une union du peuple français ?

HK : Pour moi, aujourd’hui il faut essayer de créer du lien. Mais pas un lien virtuel, c’est-à-dire s’unir à tout prix et sans discuter des valeurs minimales communes à avoir pour pouvoir se rejoindre, mais de se demander sur quelles valeurs de base on peut s’unir. Il faut qu’on arrive à concrétiser cette idée de se rassembler. Nous, c’est ce qu’on essaie de faire tous les jours. On dit « voilà, on est étranger à toute forme de racisme et de xénophobie », c’est déjà la base ! Autour de cette base-là, on peut se rassembler largement et se demander qu’est-ce qu’on a envie de construire ensemble ? Est-ce qu’on a envie de retrouver une certaine idée de société ? Moi, j’aspire profondément à une idée de société non violente et de démocratie réelle. Je suis conscient qu’il n’y a rien de simple ni d’évident et que la route est longue. Mais c’est pas pour ça qu’il faut se décourager, ne rien faire et de ne pas emprunter ce chemin ! Emprunton-le les yeux ouverts.

Les temps modernes

« C’est l’engrenage, t’es pris dedans, tu vois ta dette qui s’accumule,
Tu dois rembourser sur cent ans, ça chauffe pour ton matricule
Va à la banque alimentaire »

Le Média en 4-4-2 : On a vu que la « crise Covid » a profité aux milliardaires qui se sont enrichis pendant que les plus pauvres trinquaient. On a tous en tête ces files impressionnantes d’étudiants qui attendent une aide alimentaire. Pensez-vous qu’une grande partie de la population pourrait tomber aussi vite dans la précarité ?

HK : Justement, je pense qu’on n’a pas tous en tête cette image-là. Moi je la vois et je pense que c’est le drame de ce moment qu’on a vécu. Il faut justement qu’on arrive à la remettre sur le devant de la table et à dire que ça n’a pas été la crise pour tout le monde ! Les étudiants et les plus précaires sont devenus encore plus précaires, c’est caricatural, mais c’est exactement ce qu’il s’est passé. Et les plus riches, notamment les grands groupes industriels, les GAFAM, les groupes de la distribution comme Carrefour ne se sont jamais aussi bien portés. Ce n’est pas la crise pour tout le monde ! Et c’est ça qu’il faut répéter à chaque fois.

On lâche Rien

« Tant qu’y a d’la lutte, Y a d’l’espoir
Tant qu’y a d’la vie, Y a du combat
Tant qu’on se bat c’est qu’on est debout
Tant qu’on est debout on lâchera pas »

Le Média en 4-4-2 : On a l’impression que les luttes sociales ont presque toutes disparu depuis l’apparition de ce fameux virus. Avez-vous l’impression qu’on a lâché ?

HK : Oui… Ce virus et cette crise n’ont pas apporté quelque chose de nouveau ; ils ont amplifiés et exacerbé nos luttes et nos combats de toujours. On en parlait à l’instant : il y en a qui sont très très vite retombés sur leurs pattes ! Ceux qui prospéraient hier prospèrent encore plus aujourd’hui… Il y a eu pendant cette crise toutes les lois autoritaires et liberticides qui sont passées, et les lois de précarisation aussi, la loi sur l’assurance chômage, et là on va nous remettre la loi sur les retraites. Donc c’est l’ancien monde qui continue encore plus fort que jamais et en face on a une contestation qui s’est éteinte le temps de la crise, parce que les gens et les mouvements de contestation avaient peur. Ils se disaient « c’est le virus, on peut rien dire parce que si on le fait, on va nous dire qu’on est complice ». On s’est toujours battu contre les dérives autoritaires, pourquoi on le ferait pas aujourd’hui ? Se battre contre les lobbys et leur influence dans les décisions publiques, on l’a toujours fait, pourquoi on le ferait pas aujourd’hui ? Il n’y a aucune raison de mettre entre parenthèses ou sous cloche nos combats de tous les jours, au contraire ! Et c’est ce que j’ai essayé de faire modestement avec ma musique en continuant à dire ce que j’ai toujours dit. C’est vrai que j’ai eu pas mal d’amis qui m’ont dit « oui d’accord, mais pas maintenant ! » J’ai eu du mal à comprendre ça, parce que si tu t’endors et que tu arrêtes ce combat pendant un an parce qu’il y a le virus, le réveil va être douloureux ! Et l’addition va être salée… Évidemment, on avait le droit de continuer à se battre comme on l’a toujours fait.

Passer ma vie

« Passer ma vie à crier à l‘injustice et au mensonge.
Passer ma vie à passer pour un fou, un parano, un étrange. »

Le Média en 4-4-2 : Nous aussi on passe pour des cinglés quand on expose notre vision du monde. Quel est votre secret pour garder cette énergie ?

HK : Franchement, en faisant de la musique on lutte mais on le fait joyeusement. Notre part est joyeuse avec tous ces gens qui nous renvoient énormément d’ondes positives. On a une place privilégiée dans la lutte et j’en ai conscience. Le combat qu’on mène n’est pas le plus ingrat ! Toute cette énergie qu’on nous donne, on la renvoie et vice-versa. On est nourri par l’énergie que les gens nous donnent, et on se nourrit les uns les autres !

« Cette infantilisation des gens, on en a ras-le-bol ! »

Assigné-e-s À Résistance

« Et qui va là ? Le jeune loup, l’enfant prodigue des grands banquiers
Son costume est trop cher, très cher, pour un fils d’ouvrière illettrée
Faîtes place au premier sinistre adepte du passage en force
Coq fier qui entre sur la piste, qui aime tant bomber le torse
Démocratie, au revoir ! 
Démocratie, passe ton tour !
Pour toi nos ancêtres sont morts, pour toi nous nous battrons toujours, toujours… »

Le Média en 4-4-2 :  Vous avez écrit ces paroles à l’arrivée de Macron au pouvoir. Comment avez-vous su que la démocratie était à ce moment-là en danger ?

HK : Le problème n’est pas Macron, comme ce n’était pas Sarkozy ni Hollande. Le problème est notre système politique en soi. Dans un an, c’est l’élection présidentielle, donc tout va s’arrêter. On a même l’impression que même l’épidémie va s’arrêter ! Je dis ça en rigolant mais tout s’arrête parce qu’il y a l’élection présidentielle, parce qu’on attend le prochain messie. Et à chaque fois on se fait avoir ! Pour moi, on est arrivé au bout de ce système-là et on le dit dans la chanson « La fin du moi, le début du nous ». On aspire à autre chose et on le voit même dans cette épidémie-là. Dans la chanson « danser encore », je dis que le bon roi a parlé avec 35 millions de téléspectateurs au moment de la première vague. Et lui, il était bien, il était dans son rôle du père de la nation. « Ecoutez-moi les enfants, il faut faire comme je vous dis ». On a une inspiration qui est de plus en plus différente : on veut comprendre les choix et on veut participer à ces choix. C’est ce qu’on a vu lors des rassemblements durant cette épidémie, les gens réclament d’être partie prenante. Ils veulent participer et croient en l’intelligence collective. On n’est pas des enfants ! Cette infantilisation des gens, on en a ras-le-bol ! Cette posture de nos dirigeants qui nous disent un jour « nous on sait » et qui nous disent le lendemain de faire le contraire… Ces incohérences, ces contradictions… Tu sens bien que ça ne passe plus, ça ne marche plus. Aujourd’hui, on est dans une aspiration vraiment très forte de renouveler notre système démocratique : on veut être partie prenante des décisions importantes et ne pas juste voter tous les cinq ans pour une élection que moi, je considère comme étant biaisée. Et après on ferme notre bouche et on n’a plus le droit au chapitre ? On doit juste faire ce qu’on nous dit de faire sans broncher. Et quand on se met à critiquer, on nous répond « attention, c’est irresponsable ! » Non, ce n’est pas ma vision de la démocratie. On a été nourri à l’école par cette idée de liberté, de citoyenneté et de démocratie. Et le seul tort qu’on a serait d’y croire trop fort, et c’est pour ça qu’on se bat aujourd’hui.

Laissez-nous travailler

« Laissez-nous travailler
Laissez-les respirer
Le bonheur est contagieux »

Le Média en 4-4-2 : Que pensez-vous de l’obligation du port du masque, et particulièrement pour les enfants ?

HK : Je ne m’exprime pas publiquement sur cette question parce que je fais attention à ce que je dis, car je ne veux pas partir en croisade. Il y a des questions qui se posent, c’est clair, et la seule que j’ai pu étudier en temps qu’artiste, c’est la question du masque en plein air parce que à un moment, on a continué les rassemblements en plein air, on a continué à jouer. Les gens nous ont dit qu’on étaient complètement irresponsables, qu’on était malades : « Vous allez voir la semaine prochaine ! » On a fait une quarantaine de manifestations de ce style et il ne s’est rien passé. Donc j’ai étudié la question et on se rend compte que six mois après ce premier rassemblement en plein air, des médecins « très officiels », et même du conseil scientifique, disent clairement que ce n’est pas en plein air qu’on se contamine. Pour moi, c’était une évidence et aujourd’hui le conseil scientifique l’explique. On n’est plus dans une époque où on dit « c’est comme ça et pas autrement » et où on n’a pas le droit de discuter et de débattre de ça. Il y a plein de questions qui se posent et je comprends les parents qui se disent à un moment donné « les masques pour nos gamins à l’école, où est-ce qu’on va ? » C’est une question qui doit être posée sur la table et débattue publiquement, démocratiquement ! Il n’y a que comme ça qu’on règle les problèmes et non pas en voulant les cacher sous la table en nous disant « Circulez, y’a rien à voir. La question ne se pose pas .» Si tu ne veux pas qu’il y ait de controverse, fais en sorte que les choses soient débattues. C’est ça que j’ai envie de dire à nos dirigeants, mais j’ai l’impression que je prêche dans le désert, parce que je sens bien que ce n’est pas le chemin qu’ils ont envie de prendre. Ils n’ont pas envie que les gens s’expriment et qu’à la fin les choses soient tranchées de façon éclairée. On a l’impression qu’ils s’enferment dans une logique autoritaire en nous disant que c’est comme ça et pas autrement. Si tu veux une société apaisée, ce n’est pas comme cela qu’il faut procéder.

« Je ne veux pas faire de concert où on demande un passeport sanitaire aux gens. On a annulé cinq festivals et supprimé des options sur d’autres. Et je l’assume ! »

HK

Le Média en 4-4-2 : Nous allons passer aux questions des lecteurs du 442. Ils sont nombreux à simplement vouloir te remercier : « Un Grand Merci pour cette fameuse chanson « danser encore » qui est une bouffée d’oxygène » ; «  J’aimerai juste le remercier du fond du cœur » ; « Juste un énorme merci de gratitude à lui envoyer ». Donc MERCI HK !

Jennifer : Comment voyez-vous l’avenir proche ?

HK : Je le vois très compliqué ! J’essaie de rester dans mes rails artistiques et de rester à ma place d’artiste qui critique la société et qui pose les questions qui dérangent. Je ne veux pas rentrer dans le champ politique qui n’est pas le mien, mais cette place d’artiste est extraordinaire car elle me permet de dire des choses, d’être irrévérencieux avec nos gouvernants. En tant que citoyen, je pense qu’il y a deux chemins qui peuvent être pris dans un futur proche. Il y a cette logique d’une société de contrôle avec de plus en plus de contrôle sur la population avec, et c’est ce que nous diront nos gouvernants, du contrôle « pour notre bien ». Il faut savoir que pour beaucoup de citoyens, ce serait plus confortable d’aller vers ça. Quand on discute ces dernières semaines avec des gens, certains me disent « regarde, dans certaines sociétés autoritaires, il se sont vite débarrassés du virus ». C’est comme s’ils enviaient cette société du contrôle où tout le monde est fliqué, tracé. Il y a des gens qui ont envie d’aller vers ça. Et ils y en a d’autres qui ont une appétence pour la liberté et le libre arbitre. Si vous me demandez mon avis, je penche pour la liberté : j’ai une partie de moi un peu anarchiste. Je suis allergique au contrôle et c’est quelque chose que je ressens très fortement aujourd’hui. Par exemple, quand on a repris les concerts, j’ai dit que je ne voulais pas en faire où on demande un test PCR aux gens. C’est une réaction épidermique, allergique ! Certains m’ont dit que ce n’est pas grave, ce n’est qu’un test. Mais je vois bien le chemin où ça nous fait aller et ça me pose problème. On est ici en Europe dans des sociétés de liberté et de libre arbitre, donc renoncer à ça n’est pas anodin ; donc encore une fois, si c’était posé clairement sur la table et pas avancé petites touches par petites touches, il y aurait une majorité de gens qui diraient qu’ils n’en veulent pas. Sauf qu’on est dans un moment où il y a beaucoup de peur, beaucoup d’angoisse et on peut alors céder aux sirènes d’une société de contrôle. Donc dans le futur proche, je vois ce combat-là, mais il y a un risque de voir la société se fracturer. Et là, c’est à nous artistes de jouer notre rôle et de faire le lien entre les gens. Par exemple, dans mes concerts, il peut y avoir des spectateurs qui ont des analyses différentes, une vision différente, mais il se côtoient et il échangent, voir ils débattent ensemble. On ne ressoudera rien à entretenir les antagonismes voire à les multiplier. Il ne faut surtout pas se refermer sur soi en se disant qu’on a raison, les autres ont tort. Nous, artistes, devons continuer à faire ce qu’on sait faire le mieux, c’est-à-dire poser toutes ces questions-là de façon artistique et de faire en sorte que les distances soient les moins fortes possible. On doit continuer aussi à voir des choses positives dans cette période-là : de la joie, de l’envie d’être ensemble, de se retrouver, parce qu’au final c’est ça l’essentiel !

Dorothée : Allez-vous accepter de participer à un festival qui exige un Pass sanitaire, c’est à dire une preuve de vaccination ou un test PCR. Et, dans les deux cas, le port du masque…

HK : On l’a annoncé : il y a des festivals qu’on a pu faire. On a annulé cinq festivals et supprimé des options sur d’autres. Et je l’assume ! Ça n’a pas été une décision facile ! J’ai des amis artistes qui ont fait un autre choix et on reste amis, frères, sœurs de sang ; on a le droit d’avoir des visions différentes. Chacun doit vivre avec sa conscience. C’est un milieu qui n’a pas travaillé pendant un an et demi… Moi, en mon âme et conscience, j’ai dit que je refusais et je l’assume en ce moment. On a des dates qui s’annulent, c’est comme ça !

« Je pense que notre gouvernement est dans une logique de nous faire aller petit à petit vers une vaccination obligatoire sans nous le dire aujourd’hui »

Florian : Est-ce que la liberté individuelle est compatible avec la vaccination obligatoire ?

HK : C’est très compliqué… Je ne veux pas devenir porte-drapeau d’un mouvement. J’essaie de ne pas m’aventurer sur un terrain qui n’est pas le mien. « Je pense que notre gouvernement est dans une logique de nous faire aller petit à petit vers une vaccination obligatoire sans nous le dire aujourd’hui. » Je pense que c’est clairement ça et qu’il ne l’assume pas aujourd’hui : il attend de faire mûrir la population et de l’amener à un moment où une majorité sera clairement pour et ils pourront alors la rendre obligatoire. C’est ce que je vois et ce que je sens… Le problème est qu’il n’y a pas de débat sur la légitimité de cette obligation ! On arrive pas à avoir un débat public, démocratique et rationnel. On est encore dans cette folie de la peur, de l’angoisse et du coup, on fait accepter des choses aux gens non pas par la raison, et c’est ça qui m’emmerde. On peut discuter de tout ! Ce sont des choix de société, on peut les faire ensemble avec un vrai débat, sur des éléments factuels, raisonnables et rationnels. Mais aujourd’hui, on est pas du tout là-dedans ! On est dans le passionnel et l’émotionnel. On a foutu les chocottes à tout le monde et on ramène tout le monde vers ça. Ça me désole qu’on n’arrive pas à discuter sereinement de tout ça. Les arguments mis actuellement sur la table ne sont pas raisonnables.

Le Média en 4-4-2 : Et pour terminer : quelle va être votre actualité dans les tout prochains mois ?

HK : On sort tout d’abord le tome 2 de notre bande dessinée qui s’appelle Dounia et qui a été écrite avant l’épidémie et les dessins ont été finalisés récemment. Elle parle d’un monde imaginaire dans lequel il y a une épidémie qui engendre des scènes qui collent assez étrangement à ce qu’on a vécu depuis. On va sortir le disque de « danser encore » en juillet et on sera en juillet au festival-off d’Avignon avec un spectacle qui s’appelle « La fin du moi, le début du nous ». On va revenir sur les cinq années écoulées et on va aussi forcément parler de ce qu’on vient d’évoquer… Mais pas que : le mouvement des Gilets Jaunes, les manifestations contre la réforme des retraites, l’intronisation de notre président de la république… On le fait avec beaucoup d’humour ! C’est une pièce de théâtre musicale. Dedans, je joue le rôle du président « moi je ». Je reste dans mes rails artistiques et c’est très important pour moi de continuer à faire avancer les choses avec ce que j’aime faire, ce que sais faire et j’y vois une vraie utilité. Et j’essaie de ne pas aller là où ce n’est pas mon rôle et où je n’ai pas envie d’aller.

Le Média en 4-4-2 : Merci encore HK d’avoir trouvé le temps pour cet entretien ! On se dit à très vite dans des rassemblements et manifestations…

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Propos recueillis par Yoann pour Le Média en 4-4-2