Mali : Pourquoi l’armée française a-t-elle combattu les djihadistes organisés par les services secrets français ?

Géopolitique, Politique

mise à jour le 25/08/22

Au bout de neuf ans de présence au Mali, l’armée française s’est retirée après avoir combattu les djihadistes organisés… par les services secrets français. Comme les États-Unis au Moyen-Orient, les Français sont au Mali à la fois les pompiers et les pyromanes. Les difficultés actuelles du Mali proviennent en grande partie de l’intervention illégale de l’Otan en Libye. La prochaine guerre, plus vaste, est prévue par Washington au Sahel. Pas facile de suivre les méandres des conflits ! Thierry Meyssan nous explique la situation. Accrochez-vous !

Plusieurs questions se posent

  •  Pourquoi l’armée française a-t-elle d’aussi piètres résultats en Afrique ? Par contraste, le bilan du Groupe Wagner en Centrafrique, où il est présent depuis 2018, apparaît positif. Certes, ses soldats ont commis des exactions (plutôt moins que leurs homologues français), mais ils sont parvenus à rétablir la paix. Au combat, l’armée française n’a plus les moyens de ses ambitions. Elle ne parvient pas à vaincre des groupes djihadistes et, selon l’Assemblée nationale à Paris, serait balayée en moins de deux jours si elle devait livrer une guerre de haute intensité
  •  Pourquoi l’armée française accepte-t-elle de combattre des djihadistes soutenus par la France ? Dans la pratique, il n’y a plus de politique étrangère française depuis 2007, mais une série de coups au gré des opportunités. Ces actions irréfléchies ont des répercutions en métropole où les djihadistes n’hésitent plus à les poursuivre. Les Frères musulmans, qui paraissaient être une redoutable arme secrète durant la Guerre froide, sont aujourd’hui des ennemis intérieurs.
  •  Pourquoi les dirigeants français ont-ils repris, en 2011, la politique coloniale du XIXe siècle, alors même que le peuple français n’a jamais cessé de la condamner ?

L’Afrique face aux contradictions françaises

En 2010, lors de la crise ivoirienne, la France a changé sa politique en Afrique. Le soutien apporté par le président Nicolas Sarkozy au candidat Alassane Ouattara ne servait ni les intérêts ivoiriens, ni ceux des grandes sociétés françaises, qui tentèrent vainement de s’y opposer. Paris était prié par Washington de faire tomber le président Laurent Gbagbo, un ancien collaborateur de la CIA devenu nationaliste.

Ce phénomène s’est amplifié l’année suivante en Libye. Le président Sarkozy a peut-être cru pouvoir se tailler un empire pétrolier en renversant un régime, mais dans les faits il n’a servi ni les intérêts libyens, ni les français. Il s’est aligné sur les États-Unis et sur l’Otan.

Or, Mouamar Kadhafi était la seule personne en Afrique qui était parvenue à faire collaborer les arabes et les noirs, après des siècles de guerres et d’esclavage. En outre, il avait utilisé les revenus du pétrole pour tenter, avec le président Amadou Toumani Touré, de construire un État minimal au Mali (ex « Soudan français »), sur le modèle des socialistes français du XIXème siècle (Proudhon, Fourier) et de la Jamahiriya arabe libyenne. En renversant le Guide de la Révolution libyenne, l’Otan a provoqué de manière inéluctable le chaos au Mali. En s’appuyant sur les jihadistes d’Al-Qaïda contre la Libye, les États-Unis ont suscité la révolte du commandant de l’AfriCom, puis le renversement des objectifs de l’Otan.

Dans les mois qui suivirent, la rébellion touarègue reprit, mais désormais des groupes jihadistes, soutenus par les Frères musulmans libyens (c’est-à-dire par les services secrets anglo-saxons), y jouèrent un rôle beaucoup plus important. Les militaires de Bamako, qui n’avaient que des moyens dérisoires pour les affronter, se mutinèrent. Les services secrets français et états-uniens en profitèrent pour le renverser quelques semaines avant la fin de son mandat et pour le remplacer par le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré. Ce tour de passe-passe fut légalisé par la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), dont le président n’était autre qu’Alassane Ouattara, mis au pouvoir un an plus tôt par l’armée française en Côte d’Ivoire.

Les djihadistes attaquèrent alors Konna et étendirent la charia au nord du pays. Le pseudo-président Dioncounda Traoré appela au secours l’armée française qui attendait son signal. Le président français François Hollande offrit bien entendu son concours afin de contrer l’influence des djihadistes (soutenus par ses alliés anglo-saxons et qataris) et de sécuriser son approvisionnement en uranium. Ce fut l’opération Serval, approuvée par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il s’agissait clairement d’un retour de la vieille politique coloniale. En 2014, un accord secret intervint qui permit à Paris de déployer ses hommes, non plus au seul Mali et au Tchad, mais dans tout le Sahel, non plus contre les Anglo-Saxons, mais avec eux et l’ensemble des Européens contre les djihadistes (pourtant toujours soutenus par eux). Ce fut l’opération Barkhane.

À l’issue d’une période de confusion, des élections furent enfin organisées qui placèrent légalement au pouvoir le président Ibrahim Boubacar Keïta. Celui-ci, tout en se disant laïque, s’appuya sur l’Arabie saoudite (qui s’était retournée contre les Frères musulmans) contre le Qatar (qui soutenait désormais les Frères).

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