Festival d’Avignon : de Jean Vilar à la programmation Macron

Art

mise à jour le 19/07/22

Le festival de théâtre d’Avignon se déroule du 7 au 26 juillet 2022… « alors que la 7e vague de Covid déferle sur le territoire et notamment sur le sud de la France », nous alerte France Culture. Le festival d’Avignon n’est plus celui de Vilar. La liberté de création l’a déserté.

Un festival créé en 1947 pour rendre la culture au peuple

Jean Vilar a voulu, avec le festival d’Avignon, faire aimer au public populaire le théâtre de Molière, Corneille, Pirandello, Sartre, Brecht et tant d’autres. Et cela en toute liberté :

« Quand je joue en Avignon, je sais dorénavant que la partie ne se joue pas contre ou malgré ou par-dessus le public, comme si souvent à Paris, mais avec lui. Il est en état d’amour. Nous sommes loin des disciplines parisiennes du théâtre, de ses servitudes ; là, tout est classé, étiqueté payant : le vestiaire et les lavabos ; là il ne faut ni fumer, ni boire, ni manger, ni… ; là l’ouvreuse et ses caramels ont plus d’importance que le dernier mot du poète. »

1968 : les bobos contre Jean Vilar

À l’homme de dialogue, les bobos de 68 envoient un « Vilar, Béjart, Salazar ». Il ne s’en remettra jamais.

Il évoque « les mots que la révolte de Mai vous a appris et que vous ne faites que répéter comme esprits demeurés. Vous n’êtes que des hurleurs, des tapageurs de la nuit, des fils de famille qui allez chercher le mandat paternel et hebdomadaire au bureau de poste… »
Jean Vilar, notes inédites de juillet 1968

2020 : un festival sous surveillance

En 2020, le festival de Vilar est bien loin. Peu à peu l’opportuniste Olivier Py a pris les commandes. Le but n’est pas de faire aimer le théâtre à des Gilets Jaunes, mais de rassurer les craintives couches moyennes.

« Le public est venu avec ses masques, séparé par des sièges vides, avec toute la sécurité et toutes les normes sanitaires qu’on a pu lui proposer pour qu’il se sente tranquille, pour regarder le spectacle et retourner vers cette vie de l’esprit dont on a tant besoin, résume le directeur général du festival. »

En 2021, Olivier Py s’est une fois de plus adapté aux normes sanitaires, toujours pour la tranquillité d’esprit du public : « La Préfecture nous a autorisés à avoir des jauges à 100 %, donc il n’y a aucune restriction de jauge dans l’ensemble du festival. Mais la Cour d’honneur dépasse 1000 places et donc il faudra un passeport sanitaire, c’est-à-dire un justificatif de vaccination ou de PCR. Pour cela les PCR vont se faire dans toute la ville, il y  aura des tentes partout, cela va rassurer le public j’en suis certain. »
En 2022, « Après deux ans de crise sanitaire, le plus célèbre festival de théâtre au monde renoue dès ce jeudi avec la foule, même si la vigilance s’impose en raison du rebond épidémique », annonce Le Figaro.  Question d’un journaliste : Le Covid ? Réponse d’un artiste en costume XVIIIe durant la parade : « On ne va pas gâcher le festival, on a besoin d’être sur scène et on va faire tous très attention. »

Des spectateurs sur mesure

La direction précise le sanitairement correct : « Le bon déroulement du festival se fait dans le respect des normes sanitaires et de sécurité en accord avec les autorités préfectorales (port du masque, pass sanitaire/vaccinal, contrôle des sacs, interdiction des bagages de grande contenance, etc.). » « Il sera demandé aux spectateurs et à toute personne pénétrant dans l’enceinte des salles ou des locaux du Festival de se plier à ces mêmes règles. » Point positif : l’annulation d’un billet pour cause de covid ouvre droit au remboursement. Les mauvais esprits concluront que en cas de jambe cassée, le billet ne devrait pas être remboursé. Le covid, sinon rien !

Le festival de l’entre-soi

Le contenu du festival est politiquement correct : « Le festival, bien sûr, pendant toute sa durée, vibrera en pensant à l’Ukraine », déclare son directeur, Olivier Py, à FranceInfo.

Les LGBT sont bienvenus dans l’équipe du festival : « Toutes les candidatures sont ainsi les bienvenues, quels que soient l’âge, le genre, l’origine sociale, ethnique, les orientations sexuelles ou le handicap des candidats. »

Le public populaire ayant cédé la place aux bobos, Olivier Py, intransigeant, avait commencé en 1995 par un spectacle de 24 heures. Aujourd’hui, le Nid de cendres de Simon Falguières ne dure « que » treize heures.

L’affiche du festival a été dessinée par Kubra Khademi, une artiste féministe afghane de 33 ans, réfugiée en France. Elle a détourné l’affiche aux trois clés du typographe Jacno de 1957, en se dessinant nue, comme il se doit, et six fois pour faire bonne mesure. Dans la pièce du directeur Olivier Py, jouent, bien entendu, des Ukrainiennes et une Béninoise.

Quant aux auteurs comme Shakespeare, Tchekhov, ils sont quand même acceptés dans la programmation. Signe des temps, leur nom n’est pas indiqué. Si vous cherchez la pièce Richard II, seul le nom du metteur en scène, Christophe Rauck, est apparent. Il faudra cliquer pour voir apparaître timidement au second plan Shakespeare.

À quelques kilomètres des saltimbanques faussement libres et enjoués des rues d’Avignon, entre un hippodrome et une prison, a eu lieu, le 16 juillet, le spectacle de Dieudonné. Le théâtre populaire était là. Jean Vilar aurait aimé.

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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