Mars, Nestlé et Hershey face à l’esclavage des enfants : procès aux États-Unis

17 février 2021 | Économie, Société

Les entreprises de chocolat sont parmi les accusés d’un procès intenté par d’anciens enfants travailleurs en Côte d’Ivoire. Huit enfants qui affirment avoir été utilisés comme esclaves dans des plantations de cacao en Côte d’Ivoire ont intenté des poursuites contre les plus grandes entreprises de chocolat du monde. Ils accusent les entreprises d’aider et d’encourager l’asservissement illégal de « milliers » d’enfants dans les fermes de cacao de leurs chaînes d’approvisionnement.
Nestlé, Cargill, Barry Callebaut, Mars, Olam, Hershey et Mondelēz sont du mauvais côté du tribunal dans une poursuite intentée à Washington DC par le cabinet de défense des droits humains International Rights Advocates (IRA), au nom de huit anciens enfants esclaves qui disent avoir été forcés de travailler sans salaire dans les plantations de cacao du pays ouest-africain.

Les plaignants, qui sont tous originaires du Mali et qui sont maintenant de jeunes adultes, réclament des dommages-intérêts pour le travail forcé et une indemnisation supplémentaire pour enrichissement abusif, surveillance illégale et délit intentionnel causant une détresse émotionnelle.
C’est la première fois qu’un tel recours collectif est intenté contre l’industrie du cacao devant un tribunal américain. Citant des recherches menées par le département d’État américain, l’Organisation internationale du Travail et l’Unicef, entre autres, les documents judiciaires mettent en avant que l’expérience des enfants esclaves est le reflet du vécu de milliers d’autres mineurs.

Fèves de cacao (par dghchocolatier)

La Côte d’Ivoire produit environ 45 % de l’approvisionnement mondial en cacao, un ingrédient de base du chocolat. La production de cacao en Afrique de l’Ouest est depuis longtemps liée aux violations des droits de l’homme, à la pauvreté structurelle, aux bas salaires et au travail des enfants.
La question centrale de l’accusation est que les groupes accusés, même s’ils ne possèdent pas les fermes de cacao en question, « ont sciemment profité » du travail illégal des enfants. Selon les observations, les fournisseurs contractuels des groupes de confiserie ont été en mesure de fournir des prix plus bas que s’ils avaient employé des travailleurs adultes munis d’équipement de protection approprié.

Pas de droit pas de chocolat ! Par Zemaxe

Les avocats accusent également les entreprises d’avoir activement induit le public en erreur dans leur promesse de 2001 d’éliminer progressivement le travail des enfants. L’échéance initiale pour la réalisation de l’engagement, pris dans le cadre du protocole volontaire Harkin-Engel, était 2005. La World Cocoa Foundation, un organisme industriel auquel tous les accusés appartiennent, vise désormais à atteindre l’objectif d’ici 2025.
Dans la demande, les huit plaignants décrivent avoir été recrutés au Mali par ruse et tromperie, avant de faire l’(objet d’un trafic de l’autre côté de la frontière vers des fermes de cacao en Côte d’Ivoire. Là-bas, ils ont été forcés de travailler – souvent pendant plusieurs années – sans rémunération, sans document de voyage et sans savoir clairement où ils se trouvaient ni comment retourner auprès de leur famille.

Les documents judiciaires allèguent que les demandeurs, tous âgés de moins de 16 ans au moment de leur recrutement, travaillaient dans des exploitations agricoles situées dans les principales régions productrices de cacao du pays. L’influence apparente des accusés sur ces marchés est décrite comme « dominante » par l’avocat des plaignants.

Le procès prétend qu’un plaignant n’avait que 11 ans lorsqu’un natif de sa ville natale de Kouroussandougou, au Mali, lui a promis du travail en Côte d’Ivoire pour 25 000 francs CFA (34 £) par mois. Les documents juridiques allèguent que le garçon a travaillé pendant deux ans sans jamais être payé, souvent en pulvérisant des pesticides et des herbicides sans vêtement de protection.

Non coupable ! par Cobalt

Les documents affirment qu’un autre enfant, désigné comme  « plaignant » auprès du tribunal dans la poursuite, avait des coupures visibles sur ses mains et ses bras à cause daccidents liés aux usages quotidiens de travaux à la machette. Parlant de son expérience du travail forcé entre 2009 et 2011, il se souvient d’avoir été constamment piqué par des insectes. Comme la plupart des plaignants au cours du procès, il affirme qu’on lui a promis un paiement après la récolte, mais qui n’est jamais arrivé.
Bon nombre des plaignants cités dans les documents du tribunal rapportent avoir été peu alimentés et avoir travaillé de longues heures. Souvent, ils affirment qu’ils ont été gardés seuls ou isolés des autres enfants travailleurs, qui parlaient des dialectes différents.
Pendant le travail sur le terrain pour cette affaire, l’équipe juridique des plaignants a déclaré qu’ils trouvaient régulièrement des enfants utilisant des machettes, appliquant des produits chimiques et accomplissant d’autres tâches dangereuses dans des plantations de cacao qui produisaient pour un ou plusieurs des accusés.

Chocosuiss par Cobalt

En plus d’être moralement répugnants, ces abus contre les enfants représentent un « désastre humanitaire » car ils contribuent à la pauvreté persistante de la Côte d’Ivoire, affirment les documents judiciaires. Le recours généralisé à l’esclavage des enfants est également reconnu par les demandeurs pour avoir causé des « traumatismes mentaux et physiques à long terme ».

Le dossier de l’affaire soutient que les défendeurs sont responsables du développement de l’ensemble du système de production de cacao de la Côte d’Ivoire. En tant que participants clés à cette « entreprise », permet d’affirmer qu’ils connaissaient ou auraient dû connaître l’utilisation « systématique » du travail des enfants.

L’affaire est portée en vertu de la loi de 2017 sur la protection des victimes de la traite des personnes. L’IRA [NDT : société de défense des droits humains International Rights Advocates ] est actuellement impliquée dans une plainte distincte déposée en vertu de la Loi sur la responsabilité délictuelle des étrangers contre Nestlé et Cargill.

Un homme tenant une cabosse de cacaoyer en Colombie

Dans une déclaration, Cargill a déclaré : « Nous sommes au courant du dépôt et, bien que nous ne puissions pas commenter les détails de cette affaire pour le moment, [l’entreprise veut] dire haut et fort que nous ne tolérons pas le travail des enfants dans la production de cacao. Les enfants ont leur place à l’école. Ils méritent des conditions de vie sûres et un accès à une bonne nutrition. »

Nestlé a déclaré que la poursuite « ne fait pas avancer l’objectif commun de mettre fin au travail des enfants dans l’industrie du cacao » et a ajouté que « le travail des enfants est inacceptable et va à l’encontre de tout ce que nous défendons. Nestlé a des politiques explicites contre elle et est inébranlable dans notre engagement à y mettre fin. Nous demeurons déterminés à lutter contre le travail des enfants dans la chaîne d’approvisionnement du cacao et à nous attaquer à ses causes profondes dans le cadre du Plan Cacao de Nestlé et grâce à des efforts de collaboration ».

En réponse à la nouvelle du procès, un porte-parole de Mars a déclaré : « Nous ne commentons aucun litige en cours. »

Mondelēz a déclaré qu’il ne voulait pas commenter.

Barry Callebaut s’est engagé à éliminer le travail des enfants de sa chaîne d’approvisionnement d’ici 2025. « Chaque année, nous publions les progrès que nous avons réalisés par rapport à cet objectif dans notre rapport d’étape Forever Chocolate », a-t-il déclaré.

Un porte-parole d’Olam a déclaré que l’entreprise a une politique de tolérance zéro pour le travail forcé ou l’esclavage dans sa chaîne d’approvisionnement. « Si nous devions identifier des cas, nous prendrions immédiatement des mesures, notamment en informant les autorités compétentes », ont-ils déclaré.

Hershey a été sollicité pour des commentaires.

– Source : Mars, Nestlé and Hershey to face child slavery lawsuit in US
– Une traduction du « Média en 4-4-2 »