Les aides à la presse vont dans les poches des milliardaires

Économie

mise à jour le 08/07/21

Le 1er juin, le ministère de la Culture publiait la liste des titres et groupes de presse ayant bénéficié, de 2016 à 2019, des aides directes et indirectes à la presse. Des chiffres qui confirment une tendance déjà bien connue : en 2019, la moitié de ces aides a été attribuée à six groupes de presse détenus par une poignée de richissimes hommes d’affaires. Bernard Arnault et son groupe LVMH décrochent la timbale.

Ce n’est pas vraiment une découverte, mais les chiffres récemment publiés par le ministère de la Culture permettent de rendre compte de l’ampleur du phénomène. En 2019, plus de la moitié (51 %) des 76 millions d’euros attribués en aides à la presse ont bénéficié à six groupes, appartenant à huit richissimes familles ou hommes d’affaires :

– L’homme le plus riche de France et troisième plus grosse fortune mondiale, Bernard Arnault, remporte comme chaque année la palme avec 16 millions d’euros versés à la holding UFIPAR (Le Parisien, Aujourd’hui en France, Les Échos) filiale de LVMH.

– Suit la famille Dassault, avec 6,4 millions d’euros versés au Groupe Figaro (Le Figaro, Le Figaro Magazine notamment).

– La société éditrice du Monde (Le Monde, Télérama, Courrier International notamment), détenue aux trois quarts par Le Monde Libre dont les actionnaires principaux sont Xavier Niel, Matthieu Pigasse, Daniel Kretinsky et Madison Cox, reçoit 6,3 millions d’euros.

– Patrick Drahi n’est pas en reste, avec 5,9 millions d’euros versés à SFR Presse (Libération, L’Express) ;

– puis Arnaud Lagardère avec 2,1 millions d’euros attribués à Lagardère Media News (Paris Match, Le JDD) ;

– et Nicolas Beytout avec 2 millions d’euros versés à Bey Medias Presse et Internet (L’Opinion).

En tout, les 39 millions d’euros attribués à ces six groupes en 2019 représentent plus de la moitié du total des aides à la presse. Et c’est sans compter, pour la presse quotidienne régionale, les 5,2 millions d’euros versés à Sipa-Ouest France (géré par la famille Hutin) et le même montant offert au Groupe Ebra (regroupant neuf quotidiens régionaux — dont Le Dauphiné libéré, Le Progrès, les Dernières Nouvelles d’Alsace et L’Est républicain), propriété du Crédit Mutuel.

Bref, les aides publiques à la presse vont aux plus riches. Cette tendance est pérenne, puisque les mêmes six groupes considérés bénéficiaient de près de 40 millions d’euros en 2018 et 36 millions d’euros en 2017.

La ventilation des aides permet de rendre compte des différents types de ressources perçues par les titres. Trois catégories se dessinent :

Les aides directes perçues par les titres de presse (49 millions d’euros), qui recouvrent les aides directes au pluralisme (publications nationales à faibles ressources publicitaires, quotidiens régionaux à faibles ressources de petites annonces, et presse périodique, régionale et locale) pour un montant de 17 millions d’euros en 2019 ; l’aide au portage pour un montant proche de 24 millions d’euros ; ainsi que les aides sur projets de deux fonds : le fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) et le fonds de soutien à l’émergence et à l’innovation dans la presse (FSEIP) pour un montant de 8 millions d’euros.

L’aide à la distribution de la presse quotidienne nationale (27 millions d’euros) constitue la deuxième grande catégorie.

Les aides à la « modernisation sociale », nettement plus marginales, représentant une centaine de milliers d’euros.

Les montants considérables touchés par les plus grands groupes de presse sont en grande partie liés aux aides directes (dont les aides au pluralisme et au portage) et à l’aide à la distribution :

Source : ministère de la Culture (graphique Acrimed)

NDLR : En 2021, un projet de loi de finances vise à augmenter ces aides à la presse. Les milliardaires s’en frottent déjà les mains.

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