Virginia Giuffre raconte : « Le pire qu’il m’ait dit »
Parmi les voix qui portent, celle de Virginia Giuffre reste la plus tenace. Dans des dépositions judiciaires datant de 2015 — un procès en diffamation contre Ghislaine Maxwell, la fidèle entremetteuse —, celle qui fut l’une des principales accusatrices d’Epstein raconte un détail que le financier lui aurait lui-même confié. Pour son anniversaire, il avait reçu un colis un peu spécial : trois filles de 12 ans, issues de familles pauvres en France, emballées comme une surprise par Jean-Luc Brunel, agent de mannequins français et pourvoyeur attitré du réseau. Le scénario, d’une banalité glaçante : une nuit d’abus, et les gamines renvoyées chez elles le lendemain, comme des marchandises défectueuses.
Giuffre affirme les avoir vues, croisées dans cet antre de la rue : « Le pire que j’ai entendu de sa propre bouche, c’était ces jolies filles de 12 ans qu’il avait fait venir pour son anniversaire. C’était un cadeau surprise d’un de ses amis, et elles venaient de France. » Brunel, inculpé en 2020 pour viols sur mineures et trafic, a officiellement choisi la sortie de secours en 2022, imitant son mentor dans une prison française. Ces témoignages font partie des milliers de pages déclassifiées depuis 2019, où Epstein apparaît comme un prédateur méthodique ayant exploité des centaines de très jeunes filles.
Dans une autre déposition, Nadia Marcinkova — assistante d’Epstein et parfois actrice des abus — a dû répondre à la question : « Étiez-vous présente quand un ami lui a envoyé trois filles de 12 ans pour son anniversaire ? » Réponse : le cinquième amendement. Une façon comme une autre de dire qu’elle en sait trop.
Ce clip où des filles mineures françaises chantent…chez #Epstein choque le monde entier 🙄
“Selon des documents judiciaires, Epstein aurait reçu en cadeau, pour son anniversaire 3 jeunes françaises, âgées de 12 ans. Ces faits avaient été rapportés par… pic.twitter.com/pZaczJv5My
— Morad EL HATTAB (@MoradELHATTAB1) February 20, 2026
Paris, avenue Foch : les images qui dérangent
La vidéo qui tourne actuellement provient des millions de fichiers publiés en février 2026 par le Département de la Justice américain. On y voit, dans une pièce rouge de l’appartement parisien d’Epstein — avenue Foch, s’il vous plaît, dans le 16e —, des silhouettes de très jeunes filles. Elles dansent ou chantent, maladroites, gênées, dans une lumière granuleuse, sous le regard d’Epstein lui-même, en arrière-plan, en spectateur discret.
Rien d’explicitement sexuel dans ces images, certes. Mais elles correspondent trait pour trait aux descriptions des « performances privées » évoquées dans les documents judiciaires : des mineures contraintes de divertir le maître des lieux et ses invités triés sur le volet. Russia Today a rapporté qu’il s’agissait de séquences proches d’auditions de mannequins, probablement recrutées par Brunel et son agence. Depuis ces publications, la France a ouvert deux enquêtes supplémentaires : l’une pour abus sexuels, l’autre pour malversations financières. Il était temps.
Les connexions françaises d’un réseau mondial
Epstein avait ses habitudes à Paris. L’appartement de l’avenue Foch lui servait de base européenne, et Brunel — fondateur de l’agence Karin Models — lui fournissait des jeunes filles en échange de visas, de relations, de cette monnaie d’échange qu’est la faveur entre puissants. Giuffre raconte dans ses mémoires avoir été envoyée en France pour des rencontres avec des personnalités ; le réseau était transatlantique, bien huilé, et protégé.
D’autres vidéos des fichiers Epstein montrent le même homme poursuivant des gamines dans sa cuisine, ou des auditions de mineures. Autant de pièces qui corroborent ce que Giuffre détaille dans Nobody’s Girl (2025) : son exploitation dès 15 ans, et ce système où les enfants ne sont que des objets de plaisir et de pouvoir.
Justice à plusieurs vitesses
Ces révélations rappellent une évidence : l’affaire Epstein ne se limite pas à un milliardaire déviant et sa complice en tailleur Chanel. C’est un système, avec ses complicités, ses silences, ses protections. En France, les appels à enquêter sur les ramifications locales se multiplient — trafics de visas, passeports complaisants, relations bien placées.
Maxwell purge vingt ans de prison. Brunel a disparu, emportant ses secrets. Les victimes, elles, continuent de se battre pour que la vérité émerge de ces fichiers enfin publics. On voudrait croire que cette fois, la justice suivra. On voudrait. Mais l’histoire récente incite à la prudence : quand l’élite est compromise, elle a la fâcheuse tendance à regarder ailleurs.
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