Pour diriger France-Maroc, la FIFA a choisi Facundo Tello comme arbitre central. Jusque-là, on pouvait encore discuter calmement. Sauf que ses assistants Juan Pablo Belatti et Gabriel Chade sont eux aussi argentins. Le quatrième arbitre, Dario Herrera ? Argentin. L’arbitre réserve, Cristian Navarro ? Argentin également. On attend encore le kiné de la VAR avec le maillot de l’Albiceleste sous la veste, mais il paraît qu’il faut rester raisonnable.
Officiellement, tout ce petit monde figure dans le vivier des arbitres retenus pour la compétition. La FIFA explique d’ailleurs que sa sélection des officiels du Mondial 2026 repose sur un processus de plusieurs années, avec des critères de qualité et de régularité. Très bien. Personne ne dit que l’arbitre Facundo Tello est arrivé là après avoir gagné un concours de sifflet dans une kermesse à Buenos Aires. Le sujet est ailleurs.
Le sujet, c’est l’image. Et là, franchement, il fallait le faire.
Cinq Argentins pour arbitrer la France, personne n’a vu le problème ?
La France et l’Argentine ont une histoire récente assez chargée. Finale du Mondial 2022, tensions sportives, moqueries, rancœurs, rivalité installée. En 2026, les deux sélections sont encore dans le tournoi et peuvent toujours se retrouver plus loin, jusqu’à une éventuelle finale selon le tableau de la Coupe du monde. Dans ce contexte, nommer un arbitre argentin pour un match de la France pouvait déjà faire tiquer. En mettre cinq, c’est presque artistique.
Il ne s’agit pas d’accuser avant le coup d’envoi. Il ne s’agit pas non plus de dire que chaque Argentin se réveille le matin avec un plan secret contre les Bleus. Mais dans une compétition mondiale, la neutralité ne doit pas seulement exister sur le papier. Elle doit se voir. Elle doit être évidente. Là, elle arrive avec une loupe, un projecteur et une pancarte “circulez, il n’y a rien à voir”.
Le plus savoureux, c’est que cette nomination tombe quelques jours après la sortie très remarquée de Gianni Infantino sur l’Argentine. Après la victoire difficile de l’Albiceleste contre le Cap-Vert, le patron de la FIFA s’est retrouvé au centre d’une séquence gênante, largement commentée, où il a semblé trop impliqué émotionnellement avant de se reprendre. Foot Mercato parle d’une vidéo qui a fait scandale, tandis que So Foot rapporte cette formule devenue gênante : « Je vous embrasse tous en Argentine ».
Et donc, juste après ça, la FIFA colle une équipe arbitrale entièrement argentine sur un match de la France. Magnifique sens du timing. On dirait presque une blague écrite par quelqu’un qui ne connaît ni le football, ni Internet, ni les supporters français. Ou alors qui les connaît trop bien.
Les Bleus jouent l’apaisement, parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix
Côté français, le discours officiel reste très calme. Trop calme pour être totalement spontané, mais parfaitement logique. Personne dans le groupe France n’a intérêt à lancer une guerre verbale contre l’arbitrage avant même d’entrer sur la pelouse. Dayot Upamecano a donc choisi la ligne sérieuse :
« Je ne vais pas me concentrer sur qui va être l’arbitre. On n’a jamais fait ça, on va se concentrer sur le Maroc. »
Robin Risser a tenu le même cap : « Il ne faut pas tomber dans la paranoïa. » Là encore, difficile de lui donner tort sur le fond. Les joueurs doivent jouer. Les journalistes commentent. Les supporters s’énervent. La FIFA, elle, désigne cinq Argentins et regarde la pièce prendre feu depuis le balcon.
Il faut reconnaître une chose : les Bleus font bien de ne pas donner à l’adversaire ou à l’arbitre un prétexte avant le match. Mais demander aux joueurs de rester concentrés ne veut pas dire que le choix de la FIFA devient soudainement normal. Les deux idées peuvent cohabiter. Les Français doivent battre le Maroc sur le terrain. Et la FIFA aurait pu éviter une nomination aussi lourde symboliquement. Ce n’était pas très compliqué. Il existe quelques pays sur Terre qui ne s’appellent pas Argentine.
Superbe réflexion!