La souveraineté au calibre supérieur
Présenté en avril par le ministère des Armées, le texte prévoit d’accélérer les investissements dans des domaines que l’on imagine volontiers bucoliques : munitions, drones, cyberdéfense, guerre électronique et espace. L’objectif officiel consiste à « donner à la France les moyens de faire face aux menaces nouvelles et de protéger sa souveraineté ». En langage moins ministériel : tirer plus loin, riposter plus vite, surveiller davantage et facturer le tout plus cher.
Défendre la paix suppose d’être prêt à la guerre.
Le Parlement a définitivement adopté l’actualisation de la Loi de programmation militaire.
36 milliards d’euros supplémentaires seront engagés d’ici 2030 pour accélérer le réarmement de notre pays.
Entre 2017 et 2027, le…
— Sébastien Lecornu (@SebLecornu) July 1, 2026
Des stocks d’obus pour dormir tranquille
Les priorités affichées ont le mérite de la clarté. Il faudra davantage de munitions, car rien ne célèbre mieux la paix qu’un entrepôt rempli d’obus. Il faudra aussi plus de drones et de systèmes anti-drones, puisque le pacifisme contemporain se pilote désormais à distance, avec des jouets volants à plusieurs millions d’euros. La cyberdéfense et la guerre électronique seront également renforcées : tendre la main, oui, mais après avoir brouillé les communications adverses. Quant à l’espace, il n’échappera pas à cette grande tendresse stratégique.
Pendant ce temps, sur Terre
Le doublement du budget militaire en dix ans est présenté comme une prouesse historique. De 32 milliards d’euros en 2017 à près de 64 milliards en 2027 : c’est net, rond, presque lyrique. On pourrait même applaudir, si les hôpitaux ne suffoquaient pas, si les écoles ne fermaient pas à la première canicule et si la dette publique ne poursuivait pas son ascension vers des altitudes que même les satellites militaires finiront par jalouser. Mais la souveraineté n’a pas de prix, surtout lorsqu’elle envoie la facture au contribuable.
Préparer la guerre, mais avec des mots doux
Cette actualisation de la LPM (Loi de programmation militaire) s’inscrit dans une logique parfaitement assumée : plus la France investit dans les instruments de guerre, plus elle prétend se rapprocher de la paix. On ne prépare donc pas la guerre ; on organise simplement la paix avec des obus, des drones, des brouilleurs, des satellites et quelques milliards de précaution. Une sorte d’assurance-vie nationale, à condition de ne pas regarder de trop près la prime annuelle.
La paix, ce luxe parlementaire
Les parlementaires ont validé le texte. La France peut désormais contempler l’avenir avec sérénité : elle sera prête face à la « menace russe ». Prête à défendre la paix. Prête à l’imposer, au besoin. Prête à tout, surtout à continuer de baptiser « sécurité » ce que d’autres appelleraient une fuite en avant budgétaire.
Car enfin, qui oserait se déclarer hostile à la paix ? Surtout quand elle ne coûte que 36 milliards d’euros de plus.
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