Football

Coupe du Monde 2018 : Les Bleus champions du Monde chantaient à la gloire de Poutine

Alors que la Coupe du monde 2026 se joue sans la Russie, bannie du décor officiel, un retour à 2018 rappelle combien la mémoire médiatique sait se montrer souple. Le 15 juillet 2018, à Moscou, la France vient de battre la Croatie 4-2 en finale. Dans le vestiaire des Bleus, c’est l’euphorie : champagne, chants, maillots trempés et désordre joyeux.

mise à jour le 01/07/26

Le football conserve parfois les images que les récits officiels préféreraient oublier.

Quand Vladimir Poutine venait simplement dire bravo

Comme le veut l’usage, Vladimir Poutine, président du pays hôte, descend saluer les champions du monde. Il est accompagné d’Emmanuel Macron et de Gianni Infantino. La scène est filmée. Les joueurs, ivres de bonheur, montent sur une table et scandent : « Poutine eh eh eh ! » Paul Pogba, Benjamin Mendy, Ousmane Dembélé, Samuel Umtiti, Corentin Tolisso et d’autres participent à la fête. Vladimir Poutine sourit, applaudit. Emmanuel Macron est là aussi, parfaitement dans l’ambiance.

À l’époque, personne ne semble y voir une faute morale. RMC Sport reprend même les mots de Vladimir Poutine : « C’est une très belle victoire pour la France avec de très bons joueurs. Je n’ai jamais vu une finale comme celle-là. » Le ton est celui d’un lendemain de Coupe du monde : léger, festif, presque anodin. Pas encore celui d’un procès en fréquentabilité.
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Depuis, la guerre a changé le regard

Bien sûr, depuis 2018, il y a eu la guerre en Ukraine. Prétendre que rien n’a changé serait absurde. Les relations internationales ont basculé, la Russie a été écartée des grandes compétitions, et Vladimir Poutine est devenu, dans une large partie de l’Occident, une figure infréquentable. Mais c’est précisément là que l’archive devient intéressante : elle montre moins une contradiction qu’un glissement.

La question n’est pas de nier la guerre, ni de faire comme si le contexte de 2026 était celui de 2018. La question est plus simple, et plus gênante : faut-il relire chaque moment sportif d’hier avec le tribunal politique d’aujourd’hui ? Faut-il transformer une scène de vestiaire, absurde et joyeuse, en faute rétrospective parce que l’histoire a pris ensuite une autre direction ?

Le sport, otage commode de la morale du moment

Le sport international n’a jamais été parfaitement séparé de la politique. Les drapeaux, les hymnes, les chefs d’État, les cérémonies et les boycotts sont là pour rappeler que le stade n’est jamais totalement neutre. Mais il existe une différence entre reconnaître cette réalité et prétendre que chaque image sportive doit être réécrite selon les conflits du présent.

En 2018, les Bleus ne faisaient pas de diplomatie. Ils ne validaient pas une ligne géopolitique. Ils fêtaient une Coupe du monde remportée en Russie, devant le président du pays organisateur. C’était du football, dans ce qu’il a de plus bruyant, de plus désordonné, de plus naïf aussi. Huit ans plus tard, l’image dérange moins par ce qu’elle montre que par ce qu’elle empêche d’affirmer : non, le passé n’a pas toujours parlé la langue du présent.



Une archive qui refuse d’obéir

La vidéo demeure : des champions du monde qui rient, chantent et célèbrent devant Vladimir Poutine. Pas de manifeste politique, pas d’allégeance, pas de géopolitique de comptoir. Seulement un moment de liesse sportive, devenu encombrant parce qu’il ne rentre plus très bien dans le récit actuel.

On peut condamner une guerre sans falsifier les souvenirs qui l’ont précédée. On peut constater que Vladimir Poutine est aujourd’hui traité comme un paria sans faire semblant qu’il l’était déjà, partout, tout le temps, dans chaque vestiaire et sous chaque caméra. C’est peut-être cela que rappelle cette séquence : le sport n’est pas pur, mais il n’a pas non plus vocation à devenir une annexe permanente des chancelleries.

En 2018, Vladimir Poutine était assez fréquentable pour entrer dans le vestiaire des Bleus sans provoquer de scandale. En 2026, rappeler cette scène suffit presque à déclencher un malaise. La vidéo n’a pas changé ; c’est le regard posé sur elle qui a été remplacé.

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