Le résultat tient en une formule d’une audace administrative rare : « Buvez de l’eau régulièrement, même sans soif. » Le pays peut donc respirer. Ou plutôt transpirer avec méthode.
La révolution du verre d’eau
Les Belges, évidemment bouleversés par tant de hardiesse politique, ont accueilli cette annonce avec le soulagement des peuples sauvés in extremis. Enfin une mesure concrète, accessible, sans budget, sans chantier, sans recrutement, sans responsabilité. Un verre d’eau. Peut-être deux, pour les plus téméraires.
Il fallait y penser. Et manifestement, il fallait surtout une réunion interministérielle pour y parvenir.
« On n’y avait pas pensé, vraiment », a ironisé Raoul Hedebouw, président du PTB (Parti du Travail de Belgique), visiblement impressionné par la profondeur abyssale de la réflexion gouvernementale. « Merci aux ministres pour leurs conseils. Trois heures de réunion pour ça, c’est du boulot de professionnel. »
Théo Francken, la fraîcheur depuis les bureaux
Dans cette grande chorégraphie de la prudence creuse, Théo Francken et ses collègues donnent surtout l’impression de regarder la canicule depuis des fenêtres bien isolées. Le conseil est parfait sur le papier : boire de l’eau, éviter les efforts, rester au frais. Encore faut-il avoir le luxe de pouvoir s’arrêter, se mettre à l’ombre ou travailler ailleurs que dans une serre sociale.
Car, dans les faits, la consigne tombe à point nommé pour les ouvriers du BTP qui bossent sous 40 °C, les employés de crèches et d’écoles sans climatisation, les soignants qui tournent dans des bâtiments surchauffés, ou les personnes âgées enfermées dans des structures où la fraîcheur relève parfois davantage du concept que du service public.
Rien de tel, en effet, qu’un petit verre d’eau fraîche pour faire oublier que l’air dépasse les 35 °C à l’ombre et que certains métiers n’ont jamais eu droit au télétravail climatique.
Les experts confirment l’évidence
Les spécialistes de santé publique rappellent, sans surprise, que l’hydratation demeure indispensable lors des épisodes de forte chaleur. Les autorités recommandent également d’éviter les efforts physiques aux heures les plus brûlantes et de rester au frais lorsque cela est possible. Des conseils frappés au coin du bon sens, qui auraient presque pu être imprimés sur une bouteille d’eau minérale.
Selon les premiers retours, ces recommandations auraient déjà permis à plusieurs citoyens de ne pas mourir de soif immédiatement. L’État stratège peut donc inscrire une victoire à son tableau : il n’a pas rafraîchi le pays, mais il lui a rappelé l’existence du robinet.
Le Parti du travail de Belgique propose autre chose qu’une gourde
Face à cette avancée historique, le PTB a tout de même jugé utile de proposer un plan canicule plus consistant, par pure manie de vouloir régler les problèmes. Parmi les mesures avancées : garantir des pauses payées et un accès gratuit à l’eau sur les chantiers lors des fortes chaleurs ; prévoir un congé payé pour les parents en cas de fermeture d’école liée à la canicule ; installer massivement la climatisation dans les maisons de repos, les hôpitaux et les crèches ; rendre gratuits les lieux frais et les piscines durant les pics ; ou encore déployer un véritable « plan ombre » dans l’espace public, avec toiles, parasols et distribution de crème solaire.
Autrement dit, des mesures matérielles. Des mesures coûteuses. Des mesures qui supposent d’admettre que la chaleur ne frappe pas tout le monde depuis le même balcon.
Les Français n’ont rien à envier aux Belges : ils bénéficient du plan Orsan. Tout est prévu : un numéro vert canicule utilisant le chiffre satanique 666 (0 800 06 66 66), des conseils — « restez au frais chez vous ou dans un lieu rafraîchi, buvez de l’eau (sans attendre d’avoir soif) ». Les ouvriers du bâtiment ne sont pas oubliés : le plan leur propose des « activités douces et sans effort ».
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