Des modifications suspectes
L’enquête s’appuie sur des documents internes – comptes-rendus de réunions, échanges de mails – et des témoignages d’agents de l’Ademe. Parmi les révélations : une modification du cahier des charges de l’appel « Grands projets de décarbonation » (doté de 1,6 milliard d’euros) en avril 2025, introduisant une exception pour financer des projets utilisant de l’hydrogène produit sur site, une option pourtant exclue auparavant. Autre mesure controversée : la levée, le 9 octobre 2025, de la règle imposant de financer en priorité les 80 % des dossiers les plus performants en matière de décarbonation.
Des instructions internes évoquent même une « priorité sur Ineos », précisant que « les décisions de financement sont déjà prises au niveau du cabinet du Premier ministre ».
🔴🇫🇷INFO – Le gouvernement a truqué 2 appels à projets de l’Agence de la transition écologique (#Ademe) pour détourner 300 millions d’euros d’argent public et financer avec l’un des plus gros pollueur de France, un géant de la pétrochimie, révèle Disclose. https://t.co/VEcOhmTznj
— Brèves de presse (@Brevesdepresse) June 18, 2026
Ineos, bénéficiaire controversé
Le principal bénéficiaire de ces ajustements est Ineos, via son site de Lavera (ex-Naphtachimie) à Martigues. Spécialisée dans la pétrochimie et les plastiques, cette usine figure parmi les plus gros émetteurs de CO₂ de France. Selon les données EU-ETS, ses rejets ont augmenté de 50 % en vingt ans. Le site cumule aussi 29 accidents industriels depuis 2020 et fait l’objet d’une enquête judiciaire pour « mise en danger de la vie d’autrui ».
Le projet phare concerne la construction de deux fours de vapocraquage « décarbonés » à l’hydrogène, pour lequel Ineos a demandé 303 millions d’euros… et obtenu 297 millions. Une seconde aide de 6 millions est également prévue pour la réparation d’un four existant.
Une annonce prématurée
Dès le 19 février 2026, Ineos annonçait publiquement avoir obtenu une subvention de 300 millions d’euros dans le cadre de l’Appel d’Offres Grands Projets Industriels de Décarbonation. Selon le groupe, cette aide doit permettre de moderniser le site de Lavera, avec une réduction annoncée de 331 000 tonnes de CO₂ par an – l’équivalent du retrait de 70 000 voitures. Sir Jim Ratcliffe, fondateur d’Ineos, y déclarait : « La réponse n’est PAS la décarbonation par la désindustrialisation. Cet investissement confère à Lavera une résilience à long terme. »
Des réactions en demi-teinte
Sollicités par Disclose, les services du Premier ministre et de l’Ademe assurent que « l’instruction et la sélection des dossiers respectent le cahier des charges ». Ils précisent que les projets sont « en cours de contractualisation » et qu’aucune aide n’a encore été versée. Marc Ferracci, ancien ministre de l’Industrie, nie avoir demandé un financement « de gré à gré », bien que son administration ait confirmé que cette procédure avait été « envisagée ». Ineos, lui, n’a pas daigné répondre.
L’enquête évoque un « délit de favoritisme », selon des experts juridiques consultés. Elle intervient alors que le gouvernement prépare une réforme de l’Ademe, avec un projet de loi prévoyant le transfert de certains effectifs vers les préfectures.
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