« Démocratie ou dictature ? »
Serge Tisseron assène : « La différence entre une démocratie et une dictature, c’est que dans une démocratie l’État reconnaît aux parents la liberté d’éduquer leur enfant comme ils l’entendent, alors que dans une dictature c’est l’appareil d’État qui décide de la manière dont un enfant doit être éduqué. » Il ajoute que cette évolution prive les parents, et par ricochet le psychiatre lui-même, de toute latitude éducative. Il trouve cela « très inquiétant », mais précise néanmoins qu’il ne défend pas les réseaux sociaux : « Je ne défends pas les réseaux sociaux, je les critique, madame le sait depuis bien longtemps. »
Sur le plateau de « Bienvenue en Île-de-France », le psychiatre Serge Tisseron dénonce la loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, affirmant qu’elle réduit l’autonomie des parents : « En dictature, c’est l’État qui décide de l’éducation des enfants ». pic.twitter.com/aHobCNC0Af
— Citoyen initié (@CitoyenInitie) April 9, 2026
Les habits neufs du contrôle
Rappel des faits : le 26 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi voulue par Emmanuel Macron. Objectif officiel : protéger les mineurs des méfaits des plateformes (cyberharcèlement, contenus nocifs). Moyens préconisés officiellement : interdiction pure et simple des réseaux sociaux « dangereux » pour les moins de 15 ans, et pour les autres services, accès soumis à l’accord exprès d’un responsable légal, qui pourra fixer horaires, durée et types de contenus. Entrée en vigueur espérée à la rentrée 2026. Traduction officieuse : l’État étend sa main sur chaque connexion, y compris celle des parents, désormais tenus de délivrer un permis numérique.
Qui est Serge Tisseron ?
Psychiatre, docteur en psychologie, psychanalyste, Serge Tisseron a créé un très personnel Institut pour l’Histoire et la Mémoire des Catastrophes. On peut y trouver les attentats contre les deux Napoléon, les crues dévastatrices, mais rien sur les 1099 morts de la catastrophe de la mine Courrières ni les millions de morts et de blessés de la guerre de 1914-1918.
Serge Tisseron n’est pas un inconnu des questions d’écrans. Auteur de nombreux ouvrages sur l’éducation numérique (dont la célèbre règle 3-6-9-12), créateur de l’Institut pour l’Étude des Relations Homme-Robots, il a supervisé « Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? » chez Robert Laffont (propriété de Daniel Křetínský) et n’a cessé d’alerter sur les effets des écrans… tout en refusant la solution autoritaire. Dans son intervention, il rappelle que tous les adolescents sont différents et que la responsabilité éducative incombe d’abord aux parents, non à un législateur zélé. Cette déclaration sensée, ravive un débat gênant : faut-il vraiment croire à la « protection » quand on installe discrètement une surveillance de masse ? La loi est actuellement au Sénat, où l’on s’écharpe sur les modalités d’application – mais rarement sur le principe.
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