Pédocriminalité

Besançon : Une fresque émouvante en hommage à Lyhanna, défendue par les habitants face à la mairie qui veut l’effacer

Dans le sillage de l’onde de choc provoquée par la mort de Lyhanna, 11 ans, dont le corps fut retrouvé dans un silo du Gers, un street-artiste bisontin a choisi le mur comme exutoire. Réalisée sans l’ombre d’une autorisation sous le pont piéton du boulevard Diderot, sa toile en noir et blanc a rapidement conquis les riverains. Ces derniers, prompts à défendre ce qu’ils ont déjà adopté, se sont dressés contre la menace d’effacement brandie par la mairie. Curieuse époque où l’on s’agite davantage pour un mur que pour une procédure.

mise à jour le 19/06/26

L’artiste se dit prêt à tout effacer lui-même en cas de sanction, mais espère une mansuétude que la justice, elle, n’a pas eue pour Lyhanna.

Lyhanna, Barella, et le trou noir judiciaire

Rappel des faits, pour ceux qui ont vécu dans une grotte ces dernières semaines : Lyhanna disparaît le 29 mai à Fleurance. Elle monte dans le véhicule de Jérôme Barella, 41 ans, père d’une amie, déjà connu de la famille. Garde à vue, mise en examen, écrou pour enlèvement et séquestration. Son corps est localisé le 5 juin dans un silo de Puycasquier. L’autopsie et l’ADN ne laissent planer aucun doute. L’opinion, une fois de plus, s’étrangle en apprenant que le suspect présentait un signalement connu. La machine judiciaire, toujours aussi prompte à couver des œufs de crocodile, n’a visiblement rien vu venir. Ou peut-être ne voulait-elle pas voir.



Nacle, père et allégoriste en colère

Nacle, artiste bisontin de 39 ans, père d’une petite fille, a passé la journée du 15 juin à peindre. Sa fresque représente une allégorie classique de la Justice : femme aux yeux bandés, balance d’un côté, glaive de l’autre. Mais l’artiste y a greffé un ventre rond et un nourrisson dans les bras ; une fillette, en bas, s’accroche à sa robe. « Les yeux bandés, la balance, le glaive, explique-t-il. Pour le reste, j’ai voulu figurer le caractère maternel. Personne ne protège plus ses enfants qu’une mère. La grossesse évoque aussi l’avortement, la PMA. » On notera l’audace d’associer la mère protectrice à une institution qui, elle, protège plutôt bien les dossiers qu’elle enterre. Nacle, touché en tant que père, assume : « Je voulais interpeller, rappeler combien les enfants doivent être protégés. » Le reste, dit-il, appartient à l’interprétation. La sienne, en tout cas, n’a pas besoin de bandeau pour voir l’étendue du désastre.

Les habitants, gardiens d’un mur plus vivant que leur maire

Découverte le week-end des 14-15 juin, la fresque a immédiatement ému. Dès le mardi 16, une quinzaine de riverains montait la garde, redoutant l’arrivée des services municipaux. « On avait peur qu’ils l’effacent, confie une habitante. On en a discuté entre voisins, on est venus. C’est notre fresque aussi maintenant. On veut que la mairie l’autorise a posteriori. Avant, nos murs étaient tristes et invisibles. Là, avec les jeunes qui passent, c’est parfait. » D’autres louent « la qualité du trait » et son « impact ». Sur les réseaux sociaux, les commentaires fusent, souvent plus féroces que le glaive peint : « Une honte de supprimer un chef-d’œuvre », « Toute la noirceur de la Justice », « Une justice française aveugle, laxiste et incompétente ». On ne saurait mieux dire. Le seul aveuglement que la fresque dénonce n’est pas dans le bandeau, mais dans les tribunaux.



La mairie entre deux chaises, l’artiste sur un fil

La mairie de Besançon, pilotée par Ludovic Fagaut (LR), a d’abord promis d’effacer l’œuvre illégale. Devant le tollé, elle a consenti à un sursis. Une rencontre entre Nacle et le premier édile est prévue pour trouver un « terrain d’entente ». L’artiste, qui avait vainement tenté de joindre les services en amont, se dit prêt à tout effacer lui-même en cas de sanction, mais espère une mansuétude que la justice, elle, n’a pas eue pour Lyhanna. « Compte tenu de l’engouement, de l’œuvre et de ce qu’elle représente, effacer cela pour des raisons administratives serait vraiment dommage », souffle-t-il. Effectivement. Pendant que l’on négocie la pérennité d’une fresque, Barella, lui, est en cellule. Et le système, toujours en place. Finalement, cette fresque est devenue un mausolée de fortune, un lieu de recueillement et de réflexion. Les habitants s’y accrochent comme à une preuve que l’indignation n’a pas encore déserté les lieux publics. Pour combien de temps ?

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