Un système organisé et impuni
Maître Michel Amas décrit un mécanisme bien huilé : après le repérage d’un signal, des profils osent annoncer, sans détour, la disponibilité d’enfants. « J’ai des enfants de 11 ans qui devraient être en sixième et qui ont des MST », peut-on y lire. Les échanges, souvent menés via Snapchat, laissent des traces : adresses IP, numéros de téléphone… De quoi localiser les victimes avec précision. Pourtant, rien ne bouge.
Pire : ces mineurs, placés sous la protection de l’ASE, se retrouvent prostitués « en quelques semaines ». Maître Michel Amas évoque un chiffre glaçant : 20 000 enfants concernés, contre 10 000 en 2024. Une « pandémie pure et simple de prostitution », selon ses termes. Les proxénètes, eux, ont adapté leur modèle économique. « C’est plus rentable, les enfants. Il y a moins de danger », explique-t-il avec amertume.
L’alerte ignorée
Maître Michel Amas affirme avoir alerté le gouvernement dès septembre 2025, exigeant la fermeture d’un de ces sites. Malgré des réunions avec les ministères de l’Intérieur, de la Justice, de la Santé et des Droits des femmes, et la transmission d’éléments accablants, « il n’y a pas un acte posé ». Le site, lui, « est toujours ouvert ». L’avocat compare son accès à une commande « comme sur Uber ».
Face à cette inertie, le journaliste Pascal Praud n’a pas mâché ses mots : « C’est abominable que cela puisse exister, que le gouvernement soit au courant depuis septembre et qu’il ne se passe rien. C’est incompréhensible. Ça devrait nous sidérer, nous révolter. »
Un combat judiciaire contre l’inaction
Cette révélation s’inscrit dans une lutte plus large menée par Me Michel Amas. Depuis des mois, il a engagé des procédures en responsabilité contre les présidents de plusieurs départements (l’Essonne, les Bouches-du-Rhône, Paris, la Savoie, le Rhône, la Moselle et la Gironde). En cause : la gestion défaillante de l’ASE, dont les structures, « trop ouvertes », permettent aux réseaux d’entrer et de sortir à leur guise.
Dès décembre 2025, sur France Inter, l’avocat dénonçait déjà cette « pandémie », pointant l’absence criante de coordination entre justice, protection de l’enfance et santé. Il a aussi fustigé les « effets d’annonce » du gouvernement, comme la création d’une « liste noire » des agresseurs sexuels, alors que le fichier FIJAIS existe déjà.
Une impunité systémique
Pour Me Michel Amas, la pédophilie bénéficie en France d’un traitement « trop friendly ». Les moyens policiers, eux, seraient détournés vers d’autres priorités, au détriment des mineurs les plus vulnérables. Ces révélations surviennent dans un contexte déjà lourd : les affaires d’exploitation sexuelle de mineurs, notamment dans les milieux scolaire et périscolaire, se multiplient.
L’avocat, lui, ne démord pas. Il exige une réponse politique et judiciaire à la hauteur de l’urgence. Car pour lui, l’inaction actuelle relève ni plus ni moins d’un « scandale d’État ».
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