Donald Trump voulait une image. Il l’a eue : une signature au château de Versailles, sous les ors de la République française, avec Emmanuel Macron en hôte de luxe. Le président iranien Massoud Pezeshkian, lui, a paraphé le texte à distance. Le décor est presque trop parfait.
Versailles n’est pas un lieu neutre. C’est là qu’a été signé en 1919 le traité imposé à l’Allemagne vaincue après la Première Guerre mondiale. Cette fois, personne ne signe une capitulation militaire. Mais l’ironie est évidente : dans ce même décor, les États-Unis valident un accord qui ressemble à un recul stratégique face à l’Iran.
L’accord signé entre Washington et Téhéran prévoit une cessation permanente des hostilités, y compris au Liban. Les États-Unis et l’Iran s’engagent à ne plus lancer d’opération militaire l’un contre l’autre, ni à menacer l’intégrité territoriale des alliés concernés. Un accord final devra être négocié sous 60 jours.
Sur Le Média en 442, nous avions déjà expliqué que l’Iran avait entre les mains un levier majeur : le détroit d’Ormuz. C’est exactement ce qui apparaît dans ce protocole.
L’Iran obtient l’essentiel
Le premier point concret, c’est Ormuz. L’Iran s’engage à rouvrir le détroit et à sécuriser le passage des navires commerciaux entre le golfe Persique et la mer d’Oman. Le trafic doit reprendre immédiatement, puis être totalement rétabli dans un délai de 30 jours, une fois la zone déminée.
En face, les États-Unis commencent à lever leur blocus naval sur les ports iraniens. Ce blocus avait été mis en place le 13 avril. Il doit disparaître totalement dans un délai de 30 jours.
Autre élément lourd : Washington s’engage à retirer ses forces des abords de la République islamique d’Iran après l’accord final.
Téhéran obtient aussi la perspective d’un plan économique d’au moins 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement du pays. À cela s’ajoute la levée progressive des sanctions, le dégel des fonds iraniens et des dérogations immédiates pour l’exportation du pétrole brut, des produits pétroliers, des assurances, du transport et des transactions bancaires.
Difficile de présenter cela comme une défaite iranienne.
Sur le nucléaire, l’Iran réaffirme qu’il ne développera pas d’armes nucléaires. Mais le stock d’uranium enrichi ne disparaît pas d’un claquement de doigts. Le texte évoque une dilution sur place, sous supervision de l’AIEA, selon un mécanisme à définir. En attendant, Téhéran maintient le statu quo sur son programme nucléaire, pendant que Washington promet de ne pas imposer de nouvelles sanctions.
Ce n’est pas un désarmement humiliant. C’est un compromis qui laisse à l’Iran une marge politique, économique et stratégique.
Une victoire iranienne, donc aussi une bonne nouvelle pour Pékin et Moscou
La Chine n’a pas attendu longtemps pour saluer l’accord. Pékin parle d’une avancée utile pour calmer les tensions et renforcer le cessez-le-feu. Son porte-parole Lin Jian a déclaré que la Chine espérait voir les États-Unis et l’Iran poursuivre la suite des discussions de manière « rationnelle et pragmatique ».
Ce soutien n’a rien d’anecdotique. La Chine dépend fortement de la stabilité des routes énergétiques. Un détroit d’Ormuz rouvert, c’est moins de pression sur les prix du pétrole, moins de risque sur les approvisionnements, moins d’instabilité pour le commerce mondial.
La Russie, elle aussi, a tout intérêt à voir Washington sortir affaibli de cette séquence. Moscou observe un allié iranien qui résiste à la pression militaire américaine et israélienne, puis obtient la levée du blocus, la perspective d’un allègement des sanctions et la reconnaissance de son rôle dans le Golfe.
Si l’Iran gagne politiquement, Pékin et Moscou gagnent aussi. Pas besoin d’un communiqué triomphal pour le comprendre.
Israël ne veut pas lâcher la guerre
Le grand perdant politique de cet accord, c’est Israël. Comme souvent dans ce dossier, Tel-Aviv ne veut pas d’un compromis qui laisse l’Iran debout.
« L’Iran a gagné. Ses exigences ont été prises en compte et le projet israélo-américain a échoué », analyse auprès de BFM, Daniel Meier, spécialiste du Moyen-Orient et enseignant à l’Institut d’études politiques de Grenoble. C’est en quelque sorte ‘l’alalie’ de l’emprise israélienne sur la politique américaine », assène-t-il.
Sur Le Média en 442, nous avions déjà relayé les propos d’Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, qui affirmait qu’Israël ne « laisserait » pas Trump signer un accord de paix avec l’Iran. À lire ici : Itamar Ben-Gvir déclare qu’Israël ne laissera pas Trump signer un accord avec l’Iran.
Depuis, la ligne israélienne n’a pas vraiment changé. Après l’annonce de l’accord, Ben-Gvir a déclaré : « L’accord de Trump ne nous engage pas. » Il a aussi ajouté qu’Israël ne devait pas se retirer « d’un seul pouce » des territoires occupés au Liban.
Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances, a lui aussi rejeté l’accord, estimant que « l’accord avec l’Iran est mauvais pour Israël ». Il appelle à poursuivre la campagne contre Téhéran et à renforcer l’action militaire au Liban.
Même dans l’opposition israélienne, les critiques sont violentes. Naftali Bennett parle d’un « tournant dangereux pour la sécurité d’Israël ». Yaïr Golan évoque « une mauvaise matinée pour Israël ».
Le message est clair : pendant que Washington tente de sortir du bourbier, Israël veut garder les mains libres. Et peu importe si la poursuite de la guerre ne sert ni les intérêts américains, ni ceux des Européens, ni ceux du reste du monde.
Washington recadre son allié israélien
L’accord de Versailles confirme une chose : Donald Trump a fini par comprendre que la guerre contre l’Iran devenait coûteuse, risquée et politiquement intenable.
Les États-Unis ont frappé, menacé, bloqué les ports iraniens, fait grimper la tension autour d’Ormuz. Mais à l’arrivée, ils signent un texte où l’Iran obtient la réouverture du commerce, la levée du blocus, la perspective d’un dégel financier et la promesse d’aucune nouvelle sanction pendant les négociations.
Cela rejoint ce que nous écrivions déjà dans Trump lance un ultimatum à l’Iran : 48 heures pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Washington menaçait de tout casser. Finalement, Washington signe.
C’est aussi un revers pour la stratégie israélienne. Depuis le début de cette séquence, Israël pousse à l’escalade contre l’Iran. Nous l’avions documenté dès les premières frappes dans Israël bombarde l’Iran, Trump parle d’opérations de combat majeures.
Là où Israël voulait une guerre longue ou une reddition iranienne, l’accord impose un arrêt des hostilités. Là où Tel-Aviv voulait isoler Téhéran, l’Iran se retrouve au centre d’un texte négocié avec la première puissance mondiale. Là où Israël voulait garder la pression militaire, Washington veut maintenant rouvrir les routes maritimes et calmer le marché pétrolier.
Ormuz rouvre, le pétrole chute
Le premier effet économique est déjà visible. Les prix du pétrole reculent après la signature du protocole d’accord. Le marché comprend que la réouverture d’Ormuz réduit le risque de rupture majeure sur l’approvisionnement mondial.
Le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a confirmé que le protocole entrerait en vigueur immédiatement : l’Iran doit rouvrir sans délai le détroit d’Ormuz et les États-Unis doivent lever immédiatement leur blocus naval.
Le Pakistan n’a pas joué un rôle secondaire. Islamabad a servi de médiateur et confirme maintenant le calendrier d’application. Une cérémonie doit encore avoir lieu en Suisse pour lancer les discussions techniques.
Voici le texte officiel de l’accord dans son intégralité :
Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran ont convenu conjointement ce qui suit :
1 — Les États-Unis d’Amérique, la République islamique d’Iran et leurs alliés dans le conflit actuel signent le présent protocole d’accord afin de déclarer la cessation immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban. Ils s’engagent désormais à ne plus entreprendre de guerre ni d’opération militaire l’un contre l’autre, à s’abstenir de toute menace ou emploi de la force, et à garantir l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. L’accord final confirmera la cessation définitive de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que les autres dispositions du présent paragraphe.
2 — Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran s’engagent à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’autre et à s’abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures de l’autre.
3 — Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran s’engagent à négocier et à conclure l’accord final dans un délai maximal de 60 jours, prolongeable d’un commun accord.
4 — Dès la signature du présent protocole d’accord, les États-Unis d’Amérique lèveront leur blocus naval et toute entrave à la liberté de navigation imposée à la République islamique d’Iran, et mettront fin à ce blocus dans un délai de 30 jours. Pendant cette période, le trafic maritime sera rétabli proportionnellement au trafic d’avant-guerre en vigueur en République islamique d’Iran. Les États-Unis d’Amérique s’engagent également à retirer leurs forces des zones proches de la République islamique d’Iran dans les 30 jours suivant la conclusion de l’accord définitif.
5 — Dès la signature du présent protocole d’accord, la République islamique d’Iran mettra tout en œuvre pour assurer le passage gratuit et sécurisé des navires de commerce, pendant 60 jours seulement, entre le golfe Persique et la mer d’Oman. Le trafic maritime reprendra immédiatement et, compte tenu de la nécessité de lever les obstacles techniques et militaires, les opérations de déminage par la République islamique d’Iran seront effectuées dans un délai de 30 jours. La République islamique d’Iran engagera un dialogue avec le Sultanat d’Oman afin de définir la future administration et les services maritimes dans le détroit d’Ormuz, en concertation avec les autres États riverains du golfe Persique, conformément au droit international applicable et aux droits souverains des États côtiers du détroit d’Ormuz.
6 — Les États-Unis d’Amérique s’engagent, avec leurs partenaires régionaux, à élaborer un plan définitif et mutuellement convenu d’un montant minimum de 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d’Iran. Les modalités de mise en œuvre de ce plan seront finalisées dans le cadre d’un accord définitif conclu dans un délai de 60 jours. Toutes les licences, dérogations et autorisations nécessaires aux transactions financières concernées seront accordées par les États-Unis d’Amérique.
7 — Les États-Unis d’Amérique s’engagent à lever toutes les sanctions imposées à la République islamique d’Iran, y compris les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, les résolutions du Conseil des gouverneurs de l’AIEA et toutes les sanctions unilatérales américaines, primaires et secondaires, selon un calendrier convenu dans le cadre de l’accord final. La République islamique d’Iran et les États-Unis d’Amérique reconnaissent l’importance cruciale de la levée des sanctions mentionnée ci-dessus et ont exprimé leur intention d’aborder immédiatement ces questions dans le cadre des négociations afin de parvenir à un accord mutuel.
8 — La République islamique d’Iran réaffirme qu’elle ne se procurera ni ne développera d’armes nucléaires. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran sont convenus de régler le sort des matières enrichies stockées selon un mécanisme qui sera convenu d’un commun accord, conformément au calendrier mentionné au paragraphe sept, la méthode minimale étant le mélange à l’uranium enrichi sur place sous la supervision de l’AIEA. Les deux parties sont également convenues de discuter de la question de l’enrichissement et d’autres questions d’un commun accord relatives aux besoins nucléaires de la République islamique d’Iran, sur la base d’un cadre satisfaisant qui sera convenu dans l’accord final. L’accord final confirmera les dispositions du présent paragraphe. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran reconnaissent l’importance cruciale des questions nucléaires susmentionnées. Ils expriment leur intention d’aborder immédiatement ces questions dans le cadre des négociations afin de parvenir à un accord mutuel.
9 — Dans l’attente d’un accord définitif, les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran conviennent de maintenir le statu quo. La République islamique d’Iran maintiendra le statu quo actuel de son programme nucléaire, et les États-Unis d’Amérique n’imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région.
10 — Les États-Unis d’Amérique s’engagent à ce que, dès la signature du présent protocole d’entente et jusqu’à la levée des sanctions, le département du Trésor américain accorde des dérogations pour l’exportation de pétrole brut iranien, de produits pétroliers et de dérivés, ainsi que pour tous les services associés, y compris les transactions bancaires, les assurances, le transport, etc.
11 — Les États-Unis d’Amérique s’engagent à rendre pleinement disponibles les fonds et avoirs gelés ou soumis à restrictions de la République islamique d’Iran dès la mise en œuvre du présent protocole d’accord. Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran conviendront d’un commun accord des modalités de déblocage de ces fonds au cours des négociations. Ces fonds, qu’ils soient conservés sur le compte d’origine ou transférés, seront pleinement utilisables pour le paiement à tout bénéficiaire final désigné par la Banque centrale de la République islamique d’Iran. Les États-Unis d’Amérique s’engagent à délivrer toutes les licences et autorisations nécessaires.
12 — Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran conviennent qu’un mécanisme exécutif sera mis en place pour surveiller la bonne mise en œuvre du présent protocole d’entente et le respect futur de l’accord final.
13 — Après la signature du présent protocole d’accord, et sous réserve du début de la mise en œuvre des paragraphes 1, 4, 5, 10 et 11 du présent protocole d’accord, et de la mise en œuvre continue de ces mesures, les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran entameront des négociations concernant l’accord final exclusivement sur les autres paragraphes.
14 — L’accord final sera entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies.
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