Science et technologie

Réseaux sociaux interdits aux mineurs : VPN, biométrie, fichage… Momotchi démonte la mesure

Keir Starmer et Emmanuel Macron veulent restreindre l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Pour Momotchi, la vérification d’identité et la biométrie risquent surtout d’installer un contrôle généralisé d’Internet.

mise à jour le 18/06/26

Les jeunes savent contourner un contrôle parental, mais l’État pense qu’ils ne trouveront pas un VPN ?

Keir Starmer veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans au Royaume-Uni. Emmanuel Macron pousse, lui aussi, vers une interdiction avant 15 ans en France. Sur le papier, l’idée parle à beaucoup de parents : moins d’écrans, moins de harcèlement, moins d’algorithmes qui happent les enfants pendant des heures.

Mais derrière cette promesse simple se cache une mécanique bien plus lourde : vérification d’âge, carte d’identité, estimation biométrique, prestataires privés, bases de données sensibles. Dans un entretien accordé à Ligne Droite, sur Radio Courtoisie, Momotchi démonte cette réponse politique qui prétend protéger les mineurs tout en faisant basculer Internet vers un contrôle d’identité permanent.

Une interdiction facile à contourner

Momotchi ne nie pas le problème de fond. Les réseaux sociaux sont conçus pour garder l’utilisateur connecté le plus longtemps possible. Les adolescents y sont exposés à des contenus agressifs, sexualisés, anxiogènes, et parfois à du harcèlement. Les plateformes vivent de l’attention : plus un jeune reste en ligne, plus il produit de données, plus il devient rentable.

Elle parle même de « capitalisme de surveillance ». Les likes, les commentaires, les vidéos regardées jusqu’au bout, les comptes suivis : tout cela sert à bâtir un profil publicitaire.

Mais interdire l’accès aux moins de 16 ans ne règle pas automatiquement le problème. Selon Momotchi, les jeunes trouveront vite des chemins de traverse : VPN, compte créé avec l’aide d’un adulte, reconnaissance faciale passée par un parent, migration vers d’autres plateformes non listées par la loi.

« Vous échapperez pas à l’éducation », résume-t-elle.

C’est l’un des points centraux de son analyse : une interdiction technique donne l’impression d’agir vite, mais elle ne remplace ni la présence des parents, ni la pédagogie, ni la compréhension des risques. Un enfant qui contourne une règle qu’il ne comprend pas ne devient pas plus protégé. Il apprend seulement à se cacher.

Le précédent australien montre les limites du système

L’Australie a déjà adopté une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Les plateformes doivent prendre des mesures pour empêcher les mineurs concernés de créer ou conserver un compte. Le Royaume-Uni reprend désormais cette logique, avec une version encore plus large.

Problème : une liste de plateformes interdites vieillit très vite. TikTok, Instagram, Snapchat, X, Facebook, YouTube… puis quoi ? Un nouveau réseau apparaît, une messagerie ajoute des fonctions sociales, une plateforme de jeu devient un lieu d’échanges, et la loi court derrière.

Momotchi rappelle que certains services échappent souvent aux premières interdictions. WhatsApp, Discord, Roblox ou YouTube peuvent être utilisés pour discuter, publier, commenter, envoyer des images ou organiser du harcèlement. Le mot “réseau social” devient flou, parce que presque toutes les grandes applications ajoutent désormais des fonctions sociales.

Le risque est donc simple : pour faire respecter l’interdiction partout, il faudra finir par vérifier l’âge presque partout.

C’est exactement ce qui inquiète Momotchi : la vérification d’âge pourrait s’étendre bien au-delà de TikTok ou Instagram. On commence par les réseaux sociaux, puis viennent les plateformes de jeux, les commentaires YouTube, les forums, les messageries, les boutiques en ligne, les contenus dits sensibles.

Carte d’identité et biométrie : le vrai danger

Pour savoir si un internaute a 15, 16 ou 18 ans, il faut bien lui demander une preuve. Et c’est là que l’affaire change de nature.

La vérification peut passer par une carte d’identité, une estimation faciale, une reconnaissance biométrique, un prestataire tiers ou un système de preuve numérique. Même si les gouvernements assurent que les données ne seront pas conservées, le risque ne disparaît pas. Les informations doivent transiter quelque part. Elles peuvent être stockées, piratées, croisées ou réutilisées.

Momotchi insiste sur ce point : on parle ici d’enfants et d’adolescents. Créer des bases de données permettant d’identifier des mineurs, leurs comptes, leurs habitudes et leurs tentatives d’accès est une prise de risque considérable.

Elle le dit sans détour : « Vous êtes en train de constituer une base de données que des hackeurs ou des pédophiles pourraient rêver d’avoir. »

Le problème ne vient pas seulement de l’État. Les plateformes délèguent souvent ces vérifications à des sociétés privées. Ces entreprises deviennent alors des intermédiaires obligatoires entre l’internaute et l’accès au Web. Et comme toute société privée, elles peuvent être victimes d’une fuite de données, changer leurs conditions d’utilisation ou être poussées à partager davantage d’informations.

Le Média en 442 avait déjà alerté sur cette logique avec l’article consacré à Macron et l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

La fin de l’anonymat en ligne

L’autre point sensible, c’est l’anonymat. Ou plutôt le pseudonymat, comme le précise Momotchi. Beaucoup d’internautes ne sont pas totalement anonymes, mais utilisent un nom d’usage, un pseudonyme, une identité séparée de leur vie professionnelle ou familiale.

Ce n’est pas un caprice. Pour certains, c’est une protection. Journalistes, sources, lanceurs d’alerte, salariés qui craignent des représailles, personnes harcelées, citoyens qui veulent critiquer un gouvernement sans exposer leur adresse ou leur employeur : l’anonymat relatif fait partie de la liberté d’expression sur Internet.

Momotchi rappelle qu’Internet s’est construit à l’inverse de ce qui se prépare aujourd’hui. Pendant des années, le conseil de base était : ne donnez pas votre vrai nom, ne mettez pas vos papiers en ligne, protégez vos informations personnelles.

Désormais, on demande aux internautes de prouver qui ils sont pour avoir le droit d’accéder à certains espaces numériques.

Sa phrase est forte : « Si vous transformez Internet en un système où vous pouvez demander la permission pour parler, vous n’êtes plus dans l’Internet que vous et moi nous avons connu. »

Le sujet rejoint aussi la question des VPN. Ces outils ne servent pas seulement à contourner une interdiction. Ils protègent des communications, sécurisent le travail d’entreprises, permettent à des journalistes et à des sources d’échanger avec plus de confidentialité. Les présenter uniquement comme des outils de contournement revient à oublier leur usage légitime.

Ce que les parents peuvent faire sans attendre l’État

La solution défendue par Momotchi est moins spectaculaire qu’une interdiction nationale, mais plus solide : reprendre la main à la maison, expliquer, limiter, accompagner.

Le contrôle parental peut aider, mais il ne suffit pas. Un enfant peut le contourner. Un adolescent peut trouver un tutoriel. Un camarade peut prêter un compte. La règle technique doit donc être accompagnée d’une discussion claire : pourquoi cette limite existe, quels contenus posent problème, pourquoi certaines plateformes sont conçues pour rendre dépendant, comment repérer une manipulation ou une tentative de contact suspecte.

Il existe déjà des outils : comptes enfants, validation parentale avant installation d’applications, limitation du temps d’écran, YouTube Kids, messageries restreintes à certains contacts, blocage de contenus adultes. Aucun outil n’est parfait, mais ils peuvent servir de cadre.

Surtout, il faut remettre autre chose dans la journée des enfants : lecture, sport, jeux dehors, discussions, ennui aussi. L’ennui n’est pas un bug de l’enfance. C’est souvent là que l’imagination revient.

À lire aussi sur Le Média en 442 :

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