Au Royaume-Uni, les données de pharmacovigilance sur les vaccins Covid continuent de peser lourd dans le débat public. Le système officiel Yellow Card, géré par la MHRA, a reçu des centaines de milliers de signalements d’effets indésirables suspectés après vaccination.
Le sujet n’est plus seulement médical. Il est aussi politique, judiciaire et humain. Car pour les victimes reconnues, ou pour les familles qui tentent de faire reconnaître un lien, le combat ne s’arrête pas au diagnostic. Il commence souvent avec l’administration.
John Cross, le pharmacien qui croyait à la vaccination
John Cross n’était pas un militant hostile aux vaccins. Il était pharmacien du NHS, le service public de santé britannique. Il s’est fait vacciner, comme beaucoup de soignants, dans un contexte où la pression sociale, professionnelle et sanitaire était immense.
Après une dose du vaccin AstraZeneca, il a développé une complication neurologique rare. Selon les éléments rapportés par la presse britannique, il s’est retrouvé incapable de bouger, de parler ou de respirer sans assistance. Hospitalisé pendant plusieurs mois, il a récupéré une partie de sa mobilité, mais pas sa vie d’avant.
Le diagnostic évoqué dans son dossier est une polyneuropathie inflammatoire démyélinisante chronique, une atteinte des nerfs qui peut provoquer faiblesse, engourdissements, douleurs et perte de mobilité. Pour comprendre simplement : c’est comme si les câbles électriques du corps perdaient leur gaine protectrice. Le signal passe mal, les muscles répondent moins, les gestes les plus simples deviennent des épreuves.
Malgré la gravité de son état, John Cross a d’abord été refusé par le Vaccine Damage Payment Scheme, le dispositif britannique d’indemnisation des dommages vaccinaux. Motif : il n’était pas jugé suffisamment handicapé pour atteindre le seuil exigé.
Après ce refus, son état psychologique s’est dégradé. Il s’est donné la mort. Sa veuve, Christine Cross, a continué le combat. Un tribunal indépendant a finalement annulé la décision initiale et lui a accordé l’indemnisation, avec des excuses pour le préjudice moral subi par la famille.
Le drame John Cross donne un visage à un problème plus large : comment un système peut-il reconnaître qu’un vaccin a probablement causé un dommage, tout en refusant d’aider la personne parce que son handicap ne rentre pas dans la bonne case ?
Un système d’indemnisation à 120 000 livres, mais très difficile à obtenir
Le Royaume-Uni dispose d’un dispositif spécifique : le Vaccine Damage Payment Scheme. Sur le papier, il prévoit un versement unique de 120 000 livres sterling aux personnes gravement handicapées à la suite de certains vaccins, dont les vaccins Covid.
Mais le seuil est très élevé. Pour être éligible, il faut prouver que le vaccin a causé le handicap selon la balance des probabilités, et que le niveau d’invalidité atteint au moins 60 %. Autrement dit, on peut être reconnu comme victime d’un effet grave lié à un vaccin, mais être recalé parce que l’administration estime que les séquelles ne sont pas assez lourdes.
C’est ce point qui choque les familles. Le dispositif ressemble moins à une réparation qu’à une porte très étroite. Beaucoup arrivent devant, dossier médical en main, mais restent dehors.
D’après les données publiques du NHS Business Services Authority, les demandes liées aux vaccins Covid se comptent désormais par dizaines de milliers. Les paiements accordés, eux, restent très minoritaires.
Le contraste est brutal : campagne vaccinale massive, effets graves officiellement décrits comme rares, mais victimes concernées confrontées à un parcours long, technique, froid. Là où elles attendent une reconnaissance, elles reçoivent souvent des formulaires, des délais et des refus.
AstraZeneca au centre des dossiers les plus lourds
Le vaccin AstraZeneca revient régulièrement dans les dossiers britanniques les plus sensibles. Ce n’est pas un hasard : plusieurs cas graves de thromboses avec baisse des plaquettes ont été associés à ce vaccin dans différents pays. Cette pathologie est connue sous le nom de VITT, pour thrombose et thrombocytopénie immunitaires induites par le vaccin.
Le cas de Neil Miller, père de deux enfants, illustre ce risque rare mais dramatique. Il est décédé en 2021 après avoir développé une coagulation sanguine fatale à la suite d’une injection AstraZeneca. Son certificat de décès mentionne une thrombose avec thrombocytopénie immunitaire induite par le vaccin.
Autre dossier connu au Royaume-Uni : Lisa Shaw, présentatrice de la BBC Radio Newcastle. Âgée de 44 ans, en bonne santé, elle est décédée en mai 2021 après avoir développé des maux de tête à la suite de sa première dose AstraZeneca. Un médecin légiste a conclu que son décès était dû à des complications liées au vaccin.
Le sujet AstraZeneca avait déjà été documenté avec le retrait mondial du vaccin Covid du laboratoire, tandis qu’en France les premières décisions d’indemnisation post-vaccination avaient aussi été signalées, notamment via l’ONIAM, dans des dossiers de myocardites et péricardites après vaccination Covid.
La France face au même angle mort
En France, le sujet existe aussi, même s’il est traité différemment. L’ONIAM, chargé notamment de l’indemnisation des accidents médicaux, a reçu des demandes liées aux vaccins Covid. Certaines décisions favorables ont concerné des myocardites ou des péricardites.
Le problème français ressemble au problème britannique : les victimes parlent d’un parcours long, technique, parfois décourageant. Elles doivent prouver, justifier, attendre, recommencer. Pendant ce temps, leur santé ne revient pas forcément, leur situation financière se dégrade et leur entourage s’épuise.
Le Média en 442 a déjà consacré plusieurs articles aux victimes d’effets indésirables après vaccination Covid et aux premières indemnisations reconnues en France. Le dossier britannique montre que cette question dépasse largement les frontières.
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