Itamar Ben-Gvir n’est pas un soldat échauffé sur le front. Ce n’est pas un commentateur anonyme sur les réseaux sociaux. C’est le ministre israélien de la Sécurité nationale. Et c’est bien lui qui a publié ces mots : « Tout le Liban doit brûler. » Il a aussi écrit que « pour chaque larme d’une mère israélienne, mille mères libanaises doivent pleurer ». Des propos d’une violence glaçante.

Ces mots ne sont pas seulement choquants. Ils sont immondes. Ils collent aux accusations génocidaires qui visent déjà Israël devant la Cour internationale de Justice, dans la procédure lancée par l’Afrique du Sud au sujet de Gaza. La CIJ a déjà ordonné à Israël de prendre des mesures pour prévenir les actes relevant de la Convention sur le génocide et pour empêcher l’incitation à de tels actes.
Le message de Ben-Gvir ne vise pas seulement une organisation armée. Il parle du Liban. Du pays entier. De mères libanaises. De familles. D’un peuple qui devrait, selon lui, pleurer par milliers. Quand un ministre écrit cela publiquement, on n’est plus dans la rhétorique de guerre classique. On est dans l’appel à la punition collective.
Le moment rend ces propos encore plus indécents. Alors que Washington et Téhéran viennent de signer un accord censé ouvrir une fenêtre de désescalade, alors qu’une partie du monde espère enfin voir la guerre s’arrêter, des responsables israéliens continuent de parler de feu, de sang et de destruction. Le Média en 4-4-2 avait déjà documenté les tensions autour de l’accord de paix annoncé entre Trump et l’Iran, ainsi que les précédentes déclarations de Ben-Gvir affirmant qu’Israël ne « laisserait » pas Trump signer un accord avec l’Iran.
Dans son message, Ben-Gvir ajoute :
« L’accord de Trump ne nous engage pas. Israël n’est pas soumis aux États-Unis et nous sommes un pays indépendant et souverain ! Avec tout le respect dû aux Américains, Israël doit clarifier au monde entier que le sang de nos fils et la sécurité de nos citoyens ne sont pas à prendre à la légère. » Puis il répète : « Le Liban tout entier doit brûler. »
Là encore, il ne s’agit pas d’une phrase isolée sortie de son contexte. C’est une ligne politique assumée : frapper plus fort, refuser la retenue, imposer la terreur comme réponse.
Ce discours n’arrive pas dans le vide. Ben-Gvir est connu pour ses positions d’extrême droite. Le site officiel du ministère israélien de la Sécurité nationale le présente bien comme ministre, et non comme une voix périphérique sans pouvoir.
Il faut donc le dire simplement : ces propos sont inacceptables. Dans n’importe quel autre pays, un ministre appelant à faire brûler un État voisin entier provoquerait une condamnation immédiate, des sanctions, des ruptures diplomatiques. Ici, beaucoup feront semblant de ne pas avoir lu.
Nous avons consacré plusieurs articles à la trajectoire politique de Ben-Gvir, notamment lorsqu’il réclamait le retour des Israéliens à Gaza, parlant de leur « terre sainte » afin que les Palestiniens « ne reviennent pas ». Cette logique de dépossession et de violence n’est pas nouvelle. Elle s’étale maintenant au grand jour, du dossier Gaza au front libanais.
Au moment où le monde réclame la paix, au moment où des accords sont signés pour éviter l’embrasement régional, des ministres israéliens parlent encore de faire payer des peuples entiers. Ils veulent du sang, de la mort, de la destruction. Ce n’est pas une maladresse. Ce n’est pas une phrase malheureuse. C’est une vision politique.
Et cette vision doit être nommée pour ce qu’elle est : une fuite en avant meurtrière, portée par un ministre en fonction, dans un contexte où Israël fait déjà face à des accusations d’une gravité extrême devant la justice internationale.
Le silence, ici, serait une complicité.
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