Les amendements visant à exclure clairement du dispositif les personnes porteuses de déficiences intellectuelles, les malades psychiatriques, les personnes atteintes de maladies neurodégénératives, les majeurs sous tutelle ou curatelle, ainsi que les personnes incarcérées, ont tous été rejetés. La précaution élémentaire a donc été balayée d’un revers de main parlementaire, au nom d’une compassion devenue étrangement peu sélective.
En séance, Olivier Falorni, rapporteur du texte, a lui-même confirmé que les personnes porteuses de déficiences intellectuelles pourraient être éligibles à l’aide à mourir, à condition d’exprimer un consentement libre et éclairé. Sur le papier, la formule se veut rassurante. Dans la réalité, elle ouvre surtout une brèche immense pour des publics dont la vulnérabilité devrait précisément imposer une protection renforcée.
🔴🇫🇷 FLASH – Les personnes atteintes d’un handicap intellectuel et les majeurs protégés (tutelle / curatelle) seront concernés par l’euthanasie. pic.twitter.com/QnnX314YoC
— Jon De Lorraine (@jon_delorraine) June 26, 2026
Le protecteur légal réduit au silence
Autre point particulièrement alarmant : la personne chargée de protéger un majeur sous tutelle ou curatelle ne pourra pas contester juridiquement la décision d’aide à mourir. Autrement dit, celui que la loi désigne pour accompagner, protéger et défendre une personne fragilisée se retrouvera spectateur d’une décision irréversible.
L’absurdité est vertigineuse. Une mesure de protection existe justement parce qu’un juge a considéré que la personne concernée ne pouvait pas accomplir seule certains actes graves de la vie civile. Mais face à la décision la plus radicale qui soit – celle de mourir – cette même personne redeviendrait soudain pleinement autonome, parfaitement lucide, entièrement souveraine.
Dans un texte qui martèle l’exigence d’un consentement « libre et éclairé », la contradiction saute aux yeux. Comment peut-on considérer qu’un majeur protégé n’est pas toujours en mesure de signer seul un contrat, mais qu’il pourrait, en revanche, engager seul sa propre disparition ? La logique juridique s’efface ici devant une idéologie qui préfère les slogans aux garde-fous.
Des garde-fous méthodiquement démontés
Les défenseurs du texte ont rejeté les amendements de protection en les présentant comme discriminatoires ou insuffisamment compatissants. Vieille mécanique rhétorique : celui qui demande des garanties devient suspect, celui qui ouvre la porte à l’irréversible se proclame humaniste.
Résultat : aucune exclusion claire n’a été prévue pour les personnes les plus exposées aux pressions, aux abus, à l’isolement ou à une appréciation subjective de leur « qualité de vie ».
La Fondation Jérôme Lejeune alerte depuis des mois sur ce risque majeur. Selon elle, les premières victimes potentielles d’un tel dispositif pourraient être précisément celles que la loi prétend accompagner : les personnes vulnérables, et en particulier celles porteuses de déficiences intellectuelles.
La compassion comme emballage politique
Cette évolution ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans une politique qui, depuis plusieurs années, préfère étendre l’accès à la mort plutôt que garantir massivement les soins palliatifs, l’accompagnement humain, le soutien aux familles et la dignité concrète des personnes handicapées. Dans la France officielle, on manque de lits, de soignants, de moyens, de temps ; mais l’on trouve toujours une majorité pour discuter de la bonne manière d’organiser la sortie définitive.
Sous couvert d’autonomie et de « choix », se met progressivement en place un système où la vulnérabilité devient un critère d’éligibilité implicite. Ce qui devrait appeler davantage de présence, davantage de protection, davantage de solidarité, devient soudain compatible avec une procédure de mort administrée.
Les personnes en situation de handicap intellectuel et les majeurs protégés ne sont donc plus seulement accompagnés par la loi. Ils y sont désormais exposés. Et cela avec la bénédiction d’une majorité qui a refusé, jusqu’au bout, d’inscrire les garde-fous les plus élémentaires.
Pour sauver la santé mentale, supprimons les malades
La compassion, dans ce contexte, ne consiste pas à tendre une porte de sortie définitive aux plus fragiles. Elle consiste à leur garantir une vie accompagnée jusqu’au terme naturel, sans que la société leur fasse sentir, directement ou non, qu’ils coûtent trop cher, qu’ils demandent trop d’attention ou qu’ils pèsent trop lourd.
Mais ce choix-là exige des moyens, du courage politique, des soignants, des places, du temps et une certaine idée de la dignité humaine. Tout ce qu’une République gestionnaire rechigne à offrir lorsqu’elle peut remplacer la solidarité par un formulaire.
La Macronie aura donc réussi ce prodige : transformer une question de protection des vulnérables en marche administrative vers la « liberté ». Dans le vocabulaire officiel, cela s’appelle l’aide à mourir. Dans une société encore lucide, cela devrait d’abord s’appeler un abandon ou même, toute réflexion faite, un assassinat puisqu’il y a préméditation.
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