Louis Bouffard sur l’euthanasie : « Si la société vous propose de mourir, c’est qu’elle a déjà renoncé à vous soigner. »

« Si la société vous propose de mourir, c’est qu’elle a déjà renoncé à vous soigner. » C’est par ces mots, aussi lucides que glaçants, que Louis Bouffard, écrivain et conférencier prisonnier d’un corps rongé par la myopathie de Duchenne, nous a interpellé. Dans une vidéo postée sur X, où sa voix, fragile mais déterminée, perce à travers le souffle mécanique de son respirateur, il exige la création de « safe places » — des sanctuaires où l’on refuserait d’administrer la mort. « L’aide à mourir n’est pas une libération, c’est une capitulation », assène-t-il, dénonçant une loi qui, sous couvert de compassion, « organise l’élimination des indésirables ».

mise à jour le 21/02/26

Quand la société vous offre la mort comme une solution, c’est qu’elle a déjà renoncé à vous sauver.

La dépendance, nouveau crime en société ?

Louis Bouffard ne marche plus, n’écrit plus sans assistance, et survit grâce à une machine. Pourtant, c’est lui qui porte aujourd’hui la voix de ceux que la loi menace de réduire au silence. « On nous parle de dignité, mais quelle dignité y a-t-il à devoir justifier son existence ? » Dans un pays où les hôpitaux suffoquent, où les unités de soins palliatifs ferment par manque de moyens, et où les aides à domicile sont une loterie administrative, son questionnement résonne comme un réquisitoire : « Demain, serai-je encore un homme, ou un coût évitable ? »

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Son combat rejoint celui d’Antoine Durand, autre « survivant » sous respirateur, pour qui « vivre différemment n’est pas une malédiction ». Tous deux dénoncent une « euthanasie par défaut », où la société, incapable d’assumer ses fragiles, leur offrirait la mort comme une solution de facilité. « On ne meurt pas de souffrance, on meurt de solitude et d’abandon », rappelle une sœur médecin, aujourd’hui menacée de prison pour avoir refusé de tuer. « La loi ne créera pas un droit, elle imposera un devoir : celui de disparaître. »


Une loi en équilibre sur le fil du cynisme

Portée par le député Olivier Falorni, la proposition de loi, adoptée en première lecture en mai 2025, promet une « fin de vie digne et choisie » — une formule aussi séduisante qu’hypocrite. En réalité, elle autoriserait l’euthanasie pour les majeurs atteints de maladies incurables en phase terminale, ou dont la « souffrance est jugée insupportable »… par qui ? Les critères, présentés comme stricts, s’élargissent déjà : souffrance psychique incluse, choix entre suicide assisté et injection létale, et surtout, une clause punissant « l’entrave » à l’accès à la mort — deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour ceux qui oseraient s’y opposer.

Au Sénat, le texte a été rejeté en janvier de cette année, qualifié de « rupture anthropologique » par Bruno Retailleau. « On ne légifère pas sur la mort, on légifère contre les vivants », résume-t-il. Pendant ce temps, l’Assemblée nationale, sourde aux avertissements, persiste — tout en promettant, dans un même élan, un plan pour les soins palliatifs d’ici 2034. « Trop peu, trop tard », raillent les associations, qui rappellent que 190 000 personnes seulement en bénéficient aujourd’hui.

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Le vrai coût de la « compassion »

Les partisans de la loi, Falorni en tête, brandissent l’exemple des Pays-Bas ou de la Belgique, où l’euthanasie serait « maîtrisée ». « Maîtrisée » ? En 2022, 7 % des euthanasies belges concernaient des troubles psychiatriques. « Maîtrisée » ? Aux Pays-Bas, des médecins avouent euthanasier des patients sans consentement explicite, par « fatigue compassionnelle ».

Face à ce glissement, les opposants, comme Louis Fouché, parlent d’« eugénisme décomplexé ». « On nous vend du choix, mais dans un système hospitalier exsangue, le ‘choix’ sera vite fait », prévient-il. Grégor Puppinck, juriste, y voit une « économie de la mort » : « 1,4 milliard d’euros d’économisés par an, c’est le prix de 100 000 vies sacrifiées. » Quant à l’objection de conscience, elle serait purement et simplement balayée — « un crime hier, un devoir demain ».

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La société du rejet, ou l’art de tuer sans haine

Jean Leonetti, ancien ministre, met en garde : « Cette loi tuera les soins palliatifs. Pourquoi investir dans la vie quand on peut légiférer sur la mort ? » Louis Bouffard, lui, interpelle directement Sébastien Lecornu : « Monsieur le Premier ministre, avant de nous offrir le droit de mourir, donnez-nous les moyens de vivre. » Son appel est un miroir tendu à la France : « Une civilisation se juge à la façon dont elle traite ses plus faibles. Aujourd’hui, la nôtre leur propose une seringue. »

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