« Est-ce que ce texte pour l’euthanasie est une urgence ? » La question tombe net. Dans une vidéo diffusée sur X, Sœur Marie Foucauld Dufouleur — médecin et présidente du conseil d’administration de la clinique de l’Étoile à Aix-en-Provence — décrit ce qu’elle voit venir si la loi sur l’“aide à mourir” s’applique sans protections spécifiques pour certains établissements.
Elle ne parle pas en concepts abstraits. Elle parle d’organigrammes, de sanctions, de subventions, et d’un point qu’elle martèle : la conscience, pas seulement celle des médecins.
#AideàMourir : Les établissements de santé catholiques alertent sur le texte que s’apprête à voter les sénateurs. « Je vais peut-être aller en prison pour avoir refusé de tuer quelqu’un », témoigne Sœur Marie Foucauld Dufouleur.
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— KTOTV (@KTOTV) January 20, 2026
« Une éthique chrétienne et une identité confessionnelle » : ce que ces établissements défendent
Dès le début, la sœur situe son propos : « Nous avons une éthique chrétienne et une identité confessionnelle. Et jusqu’à aujourd’hui le droit français autorisait cette identité et cette éthique et même le protégeait. »
Sa crainte, elle la formule simplement : « le projet de loi actuel ne respecte plus cette protection. »
Elle élargit ensuite le cadre : « des établissements qui ont contribué à façonner le paysage sanitaire français depuis des siècles », et qui, selon elle, sont devenus « indispensables au maillage territorial ».
Pour le lecteur non spécialiste, l’image est la suivante : ce sont des hôpitaux et cliniques pleinement intégrés au système, mais avec une charte interne. Un peu comme une école sous contrat qui suit les programmes nationaux, tout en conservant une identité propre — sauf qu’ici, la matière en jeu touche à la fin de vie.
Clause de conscience : « toute l’équipe », pas uniquement le médecin
L’un des passages les plus concrets de son intervention concerne les métiers qu’on voit peu.
« On ne se rend pas compte quel est le nombre des personnes souvent invisibles. »
Elle déroule : « services techniques, administratifs, services logistiques », puis insiste : « notamment les pharmaciens qui sont souvent très oubliés. (…) Ils vont devoir préparer ces produits. Eux aussi ont une conscience. »
Dans sa logique, l’aide à mourir n’est pas un acte isolé entre un patient et un praticien : c’est une chaîne. Et, dans une chaîne, le point de rupture peut se trouver là où on ne regarde pas — derrière une porte de pharmacie interne, par exemple.
« Deux ans de prison et 30 000 euros d’amende » : l’épée de Damoclès du “délit d’entrave”, selon elle
La sœur explique que sa ligne rouge n’est pas seulement morale : elle est aussi juridique.
« Nous demandons à ce que nos établissements soient protégés. Protégés contre un délit d’entrave (…) qui punit les responsables de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amende. »
Et elle va plus loin sur l’obligation d’organisation interne :
« [Il] oblige les établissements à organiser l’aide active à mourir en son sein. Si des soignants ne veulent pas le faire, il faudrait que ce soit des personnes extérieures qui viendraient. L’établissement serait en demeure d’organiser (…) de tout faire. »
Elle résume alors la conséquence qu’elle juge inévitable si rien ne change :
« Nous allons devoir nous mettre hors la loi (…) ce sera pour nous une ligne rouge que nous ne franchirons pas. »
« On pense déjà avoir un religieux en prison » : la scène qu’elle dit anticiper
Le passage le plus frappant est celui où elle personnalise le risque pénal. Elle ne reste pas au conditionnel lointain :
« Se mettre hors de la loi, ça veut dire peut-être (…) on pense déjà avoir un religieux en prison. »
Puis elle élargit aux suites possibles, même si le volet pénal évolue :
« nous allons quand même forcément devoir répondre probablement à des procès au niveau civil. »
Et surtout, elle revient à un point très matériel : la survie économique des établissements.
« nous exposons peut-être à ne voir supprimer nos autorisations d’exercer, nos subventions. (…) un établissement de santé ne peut pas fonctionner sans subvention de la Sécurité sociale. »
Conclusion, selon elle : « tout cela (…) va nous contraindre à fermer nos établissements. »
Un système déjà sous tension : « désert médical », « crise de vocation », après le Covid
Sœur Marie Foucauld Dufouleur insère son message dans un contexte de fragilité hospitalière :
« Nous accueillons des patients parce qu’il y a un désert médical qui s’intensifie, une vraie crise de vocation chez les soignants. »
Et elle pose un diagnostic global : « un système qui est déjà très fragile depuis la crise du Covid. »
Elle oppose aussi ce texte à une autre priorité de santé publique :
« [Cela] allait complètement à l’encontre du projet pour des soins palliatifs qui a été voté. »
Son appel final : « écouter leur conscience » et « servir la vie jusqu’au bout »
La fin de l’intervention n’est pas une diatribe. C’est un appel direct aux parlementaires :
« Je voudrais justement les inviter à écouter leur conscience. (…) Je sais que beaucoup d’entre eux (…) ont énormément de pression politique sur ce texte. »
Et elle fixe la frontière qu’elle défend :
« au nom de la liberté de mourir, on ne nous refuse pas notre liberté de pouvoir servir la vie jusqu’au bout. »
Elle termine sur une triple demande, très cadrée : « respect du droit, (…) respect de liberté de conscience, (…) respect de l’histoire de la France. »
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