Voici le tableau : un homme sort de prison grâce à une clémence présidentielle, promet de tourner la page, et quelques mois plus tard, il tisse une toile d’arnaque encore plus vaste, engloutissant les économies de 150 familles sous prétexte d’aider l’Ukraine en guerre. C’est l’histoire d’Eliyahu Weinstein, 51 ans, dont le destin bascule ce vendredi devant le tribunal fédéral de Trenton, New Jersey. Les procureurs exigent 50 ans de détention.
Un escroc récidiviste : le premier coup de Ponzi qui avait tout emporté
Pour comprendre le chaos actuel, remontons à 2013. Eli Weinstein, un homme d’affaires new-yorkais issu de la communauté juive orthodoxe, avoue une escroquerie immobilière massive de type Ponzi. Ce schéma, du nom d’un Italien du XIXe siècle qui promettait des rendements irréalistes en recyclant l’argent des nouveaux entrants, avait ruiné des dizaines de victimes. Condamné à 24 ans de prison – dont deux ans supplémentaires pour une fraude liée à l’introduction en bourse de Facebook (aujourd’hui Meta). Ses victimes ? Souvent des coreligionnaires, des familles modestes qui misaient tout sur ses promesses de stabilité financière.
À l’époque, le juge avait été clair : ces fraudes ne sont pas des « erreurs de parcours », mais des machines à broyer des vies. Weinstein purge huit ans derrière les barreaux quand, le dernier jour de son mandat en janvier 2021, Donald Trump commue sa peine. Une décision qui divise : d’un côté, des lettres de pardon signées par des victimes elles-mêmes, touchées par les sept enfants et l’épouse dévastée de l’escroc ; de l’autre, des critiques acerbes sur une clémence accordée à un prédateur financier. Weinstein sort, remercie Trump et Ivanka publiquement : « Mon objectif est de rendre tout le monde fier de moi et de mener ma vie de façon exemplaire. » Des mots qui sonnent creux aujourd’hui.
La grâce de Trump : un bouclier brisé par la récidive
Les grâces présidentielles aux États-Unis, institution ancestrale inscrite dans la Constitution, visent la rédemption. Mais sous Trump, elles ont souvent flirté avec la controverse, comme ces libérations de proches ou d’alliés politiques. Weinstein n’était pas un intime : en 2021, la Maison Blanche mettait en avant le soutien d’élus congressionnels, d’organisations juives influentes et même d’Alan Dershowitz, l’avocat star de Harvard qui défendait Harvey Weinstein ou encore Jeffrey Epstein. Résultat ? Une porte ouverte à la récidive, comme l’a montré cette semaine la condamnation à 27 mois d’un autre gracié par Trump, Jonathan Braun, un usurier et trafiquant de drogue pris pour violations de sa liberté conditionnelle. Il avait été accusé, en avril dernier, d’avoir agressé physiquement un enfant de 3 ans, après avoir agressé sexuellement une nounou, menacé de mort une infirmière, proféré des menaces à l’encontre d’un fidèle de sa synagogue, etc.
Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche actuelle, défend le système : « Le président est pleinement conscient de sa responsabilité. Nous avons une procédure d’examen rigoureuse, menée par le ministère de la Justice et le bureau du conseiller juridique. »
Pourtant, des experts en droit pénal s’inquiètent. Aux États-Unis, où les fraudes en col blanc coûtent des milliards annuellement – 50 milliards rien qu’en 2023 selon le FBI –, une grâce mal calibrée peut éroder la confiance publique. Ici, Weinstein n’a pas attendu longtemps pour replonger.
L’arnaque post-libération : masques COVID, lait infantile et aide à l’Ukraine
À peine sorti, Weinstein, sous le pseudonyme de « Mike Konig », orchestre une nouvelle fraude avec son complice Aryeh « Ari » Bromberg via Optimus Investments Inc. L’appât ? Des investissements « humanitaires » : masques contre la COVID-19 en pleine pandémie, lait infantile en pénurie, trousses de premiers secours pour l’Ukraine. Plus de 150 investisseurs, souvent des cercles fermés comme la communauté orthodoxe, versent 41 millions de dollars, croyant financer du bien. La réalité ? L’argent file vers les casinos pour des amis, des maisons de luxe, des montres Rolex et des spéculations immobilières hasardeuses.
C’est une métaphore cruelle du mirage Ponzi : comme un château de cartes bâti sur du vent, tout s’effondre quand les paiements s’arrêtent. Des complices comme Christopher Anderson et Richard Curry, via leur société Tryon Management Group, lèvent des fonds mais découvrent la supercherie en août 2022. Au lieu de dénoncer, ils enregistrent Weinstein en secret. Une anecdote glaçante émerge au procès : lors d’une réunion, il lâche : « J’ai manipulé, j’ai monté une pyramide de Ponzi et j’ai menti aux gens pour nous couvrir. » Anderson, terrifié, confie aux jurés : « Je me sentais trahi, mais j’ai pris la mauvaise décision en continuant. » Ces enregistrements, diffusés lors des sept semaines d’audience, scellent son sort. Le 31 mars, le jury le déclare coupable de fraude boursière, fraude électronique, blanchiment d’argent, complot et fausses déclarations à la probation.
Un procès sans pitié : témoignages et plaidoirie implacable
Le tribunal fédéral de Trenton a été le théâtre d’une dissection impitoyable. Cinq coaccusés, ayant plaidé coupable, témoignent : Weinstein coordonnait les mensonges, masquait ses actifs pour esquiver 228,7 millions de dollars de restitutions dues à ses premières victimes. Le procureur adjoint Jonathan Fayer tonne en conclusion : « Weinstein était le maître de la fraude, le maître du mensonge. Il connaissait tous les mensonges, coordonnait les flux financiers. » Bromberg, son bras droit, risque 15 ans ; les autres, des peines moindres pour coopération.
L’avocate Ilana Haramati contre-attaque : « Les peines de 50 ans sont pour les meurtriers ou terroristes, pas pour des non-violents comme M. Weinstein. » Elle plaide l’innocence, mais les faits pèsent lourd. Les procureurs veulent saisir des actifs pour rembourser les victimes – une quête familière dans ces affaires, où l’argent volatilisé laisse des cicatrices durables. .
Une leçon pour les grâces et la finance éthique
Cette affaire n’est pas isolée ; elle éclaire les ombres de la finance post-pandémie, où les crises (COVID, Ukraine) deviennent des leurres pour les escrocs. Aux États-Unis, les fraudes Ponzi ont explosé de 20 % entre 2020 et 2023, selon la SEC, touchant surtout les communautés vulnérables. Weinstein, avec son réseau juif orthodoxe, exploite la solidarité : un témoignage poignant d’une victime anonyme décrit des familles « dévastées, priant pour un miracle qui n’est jamais venu ».
Pas encore de commentaire sur "Gracié par Trump, Eliyahu « Eli » Weinstein risque 50 ans de prison pour une nouvelle fraude de 41 millions de dollars"