Société

Euthanasie : Le Grand Orient remet sa copie à Yaël Braun-Pivet, la macronie sourit

Alors que la France étouffe sous une canicule meurtrière, que les personnes âgées suffoquent dans des Ehpad mal équipés et que les services de soins palliatifs manquent toujours de moyens élémentaires, le Grand Orient de France a choisi son urgence : non pas mieux accompagner la vie, mais faciliter la mort. Dans un communiqué publié le 25 juin, l’obédience présente l’« aide à mourir » comme un enjeu de « liberté », de « dignité » et de « laïcité » ; autrement dit, l’art délicat d’habiller une loi funèbre avec les mots les plus présentables du dictionnaire républicain.

mise à jour le 27/06/26

Le Grand Orient de France n’avance plus masqué. Il agit désormais au grand jour, remet ses textes, affiche ses rencontres et assume son rôle d’aiguillon sur les lois sociétales.

La République reçue rue Cadet

Le Grand Orient de France n’a pas seulement publié un texte. Il a organisé la scène. Pierre Bertinotti, Grand Maître de l’obédience et ancien haut fonctionnaire, a remis ce communiqué en main propre à Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale et figure solide de la macronie, lors de sa visite au siège historique de la rue Cadet. Sur les photographies officielles, les sourires sont impeccables, les postures cordiales, l’atmosphère presque administrative. On croirait assister non à une rencontre privée, mais à une passation feutrée entre le pouvoir politique et une force d’influence qui n’a visiblement plus besoin de frapper à la porte.

Une urgence très sélective

Pendant que les anciens rôtissent dans des chambres mal rafraîchies, le Grand Orient estime qu’il faut « avancer » sur la loi relative à la fin de vie. Pas un mot, ou si peu, sur la nécessité de renforcer massivement les soins palliatifs. Pas d’exigence solennelle pour protéger les plus vulnérables face aux chaleurs extrêmes. Pas de grande déclaration sur les effectifs, les lits, les familles abandonnées, les soignants épuisés. Non. La grande priorité humaniste du moment consiste à rendre plus fluide l’intervention de l’État au seuil de la mort.

Les mots doux d’une politique brutale

« Liberté », « dignité », « laïcité » : la formule est élégante, presque notariale. Elle permet de rendre acceptable une réalité beaucoup moins poétique : une organisation initiatique, structurée en loges, intervient publiquement pour peser sur une question essentielle, celle du rapport de la société aux malades, aux personnes âgées, aux faibles et aux mourants. Le tout en pleine canicule, au moment précis où la fragilité des personnes âgées apparaît au grand jour. Il fallait oser. Le Grand Orient l’a fait, avec communiqué, rendez-vous officiel et photographies souriantes.



Yaël Braun-Pivet, relais bienveillant

Yaël Braun-Pivet, fidèle à la mécanique macroniste, accueille ce soutien sans fausse pudeur. Celle qui souhaite voir le texte progresser rapidement trouve dans Pierre Bertinotti et le Grand Orient de France un allié de circonstance, parfaitement aligné sur l’air du temps : moins de tragique, plus de procédure ; moins de soin, plus de droits proclamés ; moins de moyens concrets, davantage de grandes abstractions. À défaut de refroidir les Ehpad, on réchauffe donc le vocabulaire parlementaire.

L’humanisme à usage terminal

Le plus saisissant reste ce contraste obscène. D’un côté, des milliers de personnes âgées et malades affrontent la chaleur dans des conditions souvent indignes. De l’autre, une obédience qui se revendique humaniste presse l’État d’organiser l’« aide à mourir » au nom de la dignité. Voilà donc le progrès : pas nécessairement davantage de soignants, pas forcément plus de chambres adaptées, pas obligatoirement des moyens pour accompagner jusqu’au bout, mais un cadre légal pour rendre le départ plus simple lorsque la présence devient trop encombrante.

La fraternité, mais avec formulaire

Le Grand Orient de France n’avance plus masqué. Il agit désormais au grand jour, remet ses textes, affiche ses rencontres et assume son rôle d’aiguillon sur les lois sociétales. Pierre Bertinotti transmet, Yaël Braun-Pivet reçoit, la macronie sourit, et la République continue de raconter qu’elle protège les plus faibles. Pendant ce temps, dans les établissements surchauffés, les personnes âgées ne demandent pas forcément une loi pour mourir. Ils aimeraient peut-être d’abord un peu d’air, un peu d’eau, un peu de présence. Bref, ce luxe réactionnaire que l’on appelait, avant le covid et la canicule, le soin.

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