La République reçue rue Cadet
Le Grand Orient de France n’a pas seulement publié un texte. Il a organisé la scène. Pierre Bertinotti, Grand Maître de l’obédience et ancien haut fonctionnaire, a remis ce communiqué en main propre à Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale et figure solide de la macronie, lors de sa visite au siège historique de la rue Cadet. Sur les photographies officielles, les sourires sont impeccables, les postures cordiales, l’atmosphère presque administrative. On croirait assister non à une rencontre privée, mais à une passation feutrée entre le pouvoir politique et une force d’influence qui n’a visiblement plus besoin de frapper à la porte.
🇫🇷📐FLASH INFO – En pleine crise caniculaire, la loge franc-maçonnique du Grand Orient de France publie un communiqué qui demande lui aussi d’avancer sur la loi de l’aide à mourir.. https://t.co/q1rLuJVTGN pic.twitter.com/8PlWM0gdJT
— Tribune Populaire🌐 (@TribunePop23) June 25, 2026
Une urgence très sélective
Pendant que les anciens rôtissent dans des chambres mal rafraîchies, le Grand Orient estime qu’il faut « avancer » sur la loi relative à la fin de vie. Pas un mot, ou si peu, sur la nécessité de renforcer massivement les soins palliatifs. Pas d’exigence solennelle pour protéger les plus vulnérables face aux chaleurs extrêmes. Pas de grande déclaration sur les effectifs, les lits, les familles abandonnées, les soignants épuisés. Non. La grande priorité humaniste du moment consiste à rendre plus fluide l’intervention de l’État au seuil de la mort.
Les mots doux d’une politique brutale
« Liberté », « dignité », « laïcité » : la formule est élégante, presque notariale. Elle permet de rendre acceptable une réalité beaucoup moins poétique : une organisation initiatique, structurée en loges, intervient publiquement pour peser sur une question essentielle, celle du rapport de la société aux malades, aux personnes âgées, aux faibles et aux mourants. Le tout en pleine canicule, au moment précis où la fragilité des personnes âgées apparaît au grand jour. Il fallait oser. Le Grand Orient l’a fait, avec communiqué, rendez-vous officiel et photographies souriantes.
Yaël Braun-Pivet, relais bienveillant
Yaël Braun-Pivet, fidèle à la mécanique macroniste, accueille ce soutien sans fausse pudeur. Celle qui souhaite voir le texte progresser rapidement trouve dans Pierre Bertinotti et le Grand Orient de France un allié de circonstance, parfaitement aligné sur l’air du temps : moins de tragique, plus de procédure ; moins de soin, plus de droits proclamés ; moins de moyens concrets, davantage de grandes abstractions. À défaut de refroidir les Ehpad, on réchauffe donc le vocabulaire parlementaire.
La boucle est bouclée : le Grand Orient de France a remis en main propre à Yaël Braun-Pivet le communiqué dont je vous parlais hier soir, qui appelle à accélérer sur la loi relative à l’aide à mourir.
Et tout le monde avait visiblement le sourire. https://t.co/Let7jjjQ5U pic.twitter.com/Q7XhuqckOe
— Tribune Populaire🌐 (@TribunePop23) June 26, 2026
L’humanisme à usage terminal
Le plus saisissant reste ce contraste obscène. D’un côté, des milliers de personnes âgées et malades affrontent la chaleur dans des conditions souvent indignes. De l’autre, une obédience qui se revendique humaniste presse l’État d’organiser l’« aide à mourir » au nom de la dignité. Voilà donc le progrès : pas nécessairement davantage de soignants, pas forcément plus de chambres adaptées, pas obligatoirement des moyens pour accompagner jusqu’au bout, mais un cadre légal pour rendre le départ plus simple lorsque la présence devient trop encombrante.
La fraternité, mais avec formulaire
Le Grand Orient de France n’avance plus masqué. Il agit désormais au grand jour, remet ses textes, affiche ses rencontres et assume son rôle d’aiguillon sur les lois sociétales. Pierre Bertinotti transmet, Yaël Braun-Pivet reçoit, la macronie sourit, et la République continue de raconter qu’elle protège les plus faibles. Pendant ce temps, dans les établissements surchauffés, les personnes âgées ne demandent pas forcément une loi pour mourir. Ils aimeraient peut-être d’abord un peu d’air, un peu d’eau, un peu de présence. Bref, ce luxe réactionnaire que l’on appelait, avant le covid et la canicule, le soin.
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