Monique Barbut : 3 millions de patrimoine, 153 000 € d’actions dans Airbus, Thales et LVMH… mais « horrifiée » par la clim’ dans les hôpitaux pour les vieux

La Macronie vient encore de nous offrir un de ces numéros dont elle seule connaît la recette : une morale en majesté, une indignation bien huilée et, au fond de la scène, un patrimoine qui clignote plus fort que les alertes canicule. Tandis que des personnes âgées passent leurs nuits à suffoquer dans des chambres d’hôpital transformées en étuves, tandis que certains Ehpad ressemblent davantage à des serres tropicales qu’à des lieux de soins, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, a trouvé le temps d’être « horrifiée ».

mise à jour le 29/06/26

Le foutage de gueule atteint ici une température rarement observée.

Non pas par les malades épuisés. Non pas par les résidents âgés dormant, ou tentant de dormir, dans une chaleur indigne. Non. Monique Barbut se dit « horrifiée » par ceux qui réclament simplement de la climatisation là où des corps fragiles ne supportent plus les sermons ministériels. « Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt, la mort des animaux ? », demande-t-elle. On imagine donc qu’entre une grand-mère en gériatrie et un écureuil conceptuel, l’arbitrage écologique est désormais rendu.

Un patrimoine à température idéale

Le problème, cette fois, c’est que le ridicule a une annexe comptable. Et cette annexe s’appelle la déclaration de patrimoine. D’après les éléments transmis à la HATVP et publiés en avril, Monique Barbut ne se contente pas d’habiter la vertu : elle possède aussi quelques solides dépendances.

Dans son portefeuille, on trouve 153 362 euros d’actions réparties dans une vingtaine d’entreprises, parmi lesquelles Airbus, Thales, Dassault Systèmes, BNP Paribas, LVMH, Inditex, Sanofi, Air Liquide ou encore L’Oréal. Autrement dit, une petite promenade bucolique entre aéronautique, défense, luxe, finance, cosmétique et industrie mondialisée. L’écologie, certes, mais avec dividendes.

À cela s’ajoute un appartement parisien évalué à 2,2 millions d’euros, des parts dans une SCI liée à une maison située à Sainte-Maxime, avec 583 000 euros de parts déclarées pour Monique Barbut, née Benabou, la maison étant estimée autour de 1,3 million d’euros. Et, pour que la sobriété ait tout de même un peu d’éclat, un diamant solitaire estimé à 30 000 euros. La décroissance, mais sertie.

L’adaptation, version ministérielle

Au total, le patrimoine de Monique Barbut flirte avec les 3 millions d’euros. Ce qui n’empêche nullement la ministre d’expliquer que climatiser hôpitaux et Ehpad ne relèverait pas vraiment de « l’adaptation », mais seulement d’une « mesure d’urgence ». On conviendra qu’à 33 °C la nuit dans une chambre médicalisée, l’urgence a parfois cette fâcheuse tendance à précéder la théorie.

On vous en parlait il y a quelques jours : à l’hôpital de Nantes, 185 000 euros ont été consacrés à un logo, pendant que les chambres demeuraient privées de climatisation. Les patients transpirent, les soignants encaissent, les personnes âgées s’épuisent, mais l’identité visuelle, elle, respire. C’est peut-être cela, la modernisation du service public : moins d’air frais, plus de charte graphique.

Pendant ce temps, Monique Barbut disserte sur les forêts et les animaux. Comme si demander une température supportable dans les services de gériatrie revenait à signer l’arrêt de mort de la biodiversité. Il fallait y penser : la climatisation dans un Ehpad, ce n’est plus un dispositif sanitaire, c’est une menace cosmique.

La sobriété expliquée depuis les beaux quartiers

La traduction barbutienne est limpide : les vieux peuvent avoir chaud, c’est pour une cause supérieure. Le malaise thermique devient donc une participation citoyenne. Mourir de chaleur, ou presque, dans une chambre d’hôpital non climatisée, ce n’est plus une défaillance de l’État, c’est une contribution à la transition écologique.

Quant à Monique Barbut, avec son appartement parisien à 2,2 millions d’euros, ses intérêts immobiliers dans le Var et son portefeuille d’actions où l’aéronautique croise le luxe, elle incarne manifestement une autre forme d’adaptation. Plus feutrée. Plus patrimoniale. Plus tempérée, surtout.

La France suffoque en 2026. Les Ehpad et les services hospitaliers accueillant les plus fragiles manquent cruellement d’équipements pour affronter les vagues de chaleur. Et la réponse politique, une fois encore, consiste à culpabiliser ceux qui demandent un minimum de dignité matérielle. La Macronie adore cela : faire passer l’absence de moyens pour une leçon de morale.



Le double discours en costume vert

Il y a là tout un art gouvernemental : transformer la souffrance des modestes en pédagogie climatique, pendant que les patrimoines ministériels poursuivent tranquillement leur route, à l’abri des variations saisonnières. On demandera donc aux patients de patienter, aux vieux de transpirer, aux familles de comprendre, et aux contribuables d’applaudir.

La climatisation pour les Ehpad ? Trop simple, trop vulgaire, trop immédiat. Le vrai courage politique consiste apparemment à expliquer à une personne âgée en nage qu’elle participe, par son inconfort, à la sauvegarde des forêts. Les arbres ont de l’ombre. Les résidents, eux, ont des circulaires.

L’écologie des salons frais

Le foutage de gueule atteint ici une température rarement observée. On demande aux Français de suer avec responsabilité, de souffrir avec conscience, de s’adapter avec philosophie. Mais du côté des grands principes ministériels, l’écologie conserve des allures de salon bien ventilé, de patrimoine diversifié et de morale livrée avec vue dégagée.

Monique Barbut et la Macronie peuvent continuer à vendre cette écologie de riches, où la sobriété est toujours prescrite aux autres. Les personnes âgées, elles, attendent moins une dissertation sur les feux de forêt qu’une chambre respirable. Les familles attendent moins une leçon sur les animaux qu’un minimum d’humanité pour ceux qui finissent leurs jours dans des bâtiments publics surchauffés.

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