Le grand détour européen
Dans les faits, la mécanique française a surtout offert une brillante leçon de contournement. Les plateformes visées n’ont pas exactement tremblé devant Bercy : elles ont simplement fait voyager leurs colis par la Belgique, la Pologne ou d’autres États membres avant de les faire arriver en France avec l’élégance d’un contribuable mieux conseillé que l’administration. Résultat : au lieu des 33 millions d’euros mensuels espérés, les douanes n’auraient récupéré que 2,3 millions. Une réussite, donc, à condition de mesurer le succès fiscal au bruit du naufrage.
La taxe française sur les petits colis suspendue et remplacée par une taxe européenne de 3 euros pic.twitter.com/4fHczUyvYw
— BFM (@BFMTV) June 30, 2026
Deux euros s’en vont, trois euros arrivent
Mais que les Français se rassurent : personne ne songe à les priver trop longtemps d’une ponction. Le 1er juillet, au moment précis où la taxe française s’éclipse, l’Union européenne installe son propre droit de douane forfaitaire de 3 euros sur les petits colis de moins de 150 euros provenant de pays tiers. Traduction pour ceux qui ne sont pas attentifs : on retire une taxe nationale de 2 euros, trop facile à esquiver, pour la remplacer par une taxe européenne de 3 euros, nettement plus disciplinée dans l’art de tomber sur le consommateur.
Bruxelles, percepteur de secours
Le cabinet du ministre du Commerce a expliqué, avec cette candeur technocratique qui donne envie de vérifier son portefeuille, que le maintien de la taxe française ne se justifiait plus « puisque nous sommes dans un marché unique ». Formidable découverte. En langage moins parfumé : la France a poussé Bruxelles à reprendre le bâton fiscal, puis présente l’abandon de sa propre mesure comme un geste de cohérence. On ne recule pas, on mutualise l’addition. La souveraineté, décidément, est toujours plus belle quand elle se termine par un prélèvement européen.
La grande école de la taxe recyclable
La France peut donc savourer son rôle de laboratoire : inventer un impôt bancal, constater qu’il ne rapporte presque rien, puis regarder une instance supérieure le transformer en prélèvement plus solide. Les plateformes chinoises, elles, ont déjà commencé à s’adapter, notamment en stockant davantage dans l’Union européenne. Les Français, eux, paieront simplement 3 euros à Bruxelles au lieu de 2 euros à Bercy. Comme toujours, une taxe ne meurt jamais vraiment : elle change de guichet, prend un euro au passage, et revient sous le nom rassurant de progrès européen.
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