Les riverains, eux, ont cessé depuis longtemps de trouver l’expérience pittoresque. Les commerçants encaissent, les passants évitent, les habitants soupirent. Quant à la police, elle semble avoir mis au point une méthode d’une remarquable constance : interpeller, conduire au commissariat, relâcher, recommencer. Une chorégraphie administrative si parfaitement huilée qu’elle pourrait bientôt être subventionnée par le ministère de la Culture.
La garde à vue, version formule découverte
Hamza La Douane aurait déjà été interpellé à plusieurs reprises. Direction le commissariat du 11e arrondissement, La Roquette, pour une garde à vue qui ressemble davantage à une nuitée d’observation qu’à un coup d’arrêt. Le lendemain, le jeune garçon réapparaît sur les berges, frais comme un vacancier revenu d’un week-end bien-être, prêt à reprendre son feuilleton là où il l’avait laissé.
Selon plusieurs témoignages, il menacerait des agents, provoquerait les forces de l’ordre, pousserait des passantes dans l’eau, volerait des boissons, circulerait sans casque à des horaires improbables et multiplierait les démonstrations d’impunité juvénile. Le tout sous le regard d’un quartier qui découvre, jour après jour, qu’un enfant de 12 ans peut suffire à ridiculiser une chaîne entière de responsabilités publiques.
La police joue à chat perché
À chaque nouvel épisode, la même promesse revient : cette fois, la situation serait prise au sérieux. Les policiers assureraient qu’ils vont « le coincer ». On imagine la scène : des adultes en uniforme, radios, véhicules, procédures, caméras et arsenal républicain face à un adolescent qui semble avoir lu le règlement intérieur pour mieux en faire un avion en papier.
Le résultat, pour l’instant, tient moins de l’ordre public que du théâtre absurde. Hamza La Douane nargue, revient, recommence. La police intervient, repart, constate. Et les habitants assistent à ce spectacle étrange : une institution censée incarner l’autorité réduite au rôle de figurante dans la série quotidienne d’un gamin devenu, par abandon général, l’attraction non officielle du canal Saint-Martin.
Des parents portés disparus
Reste une question simple, presque vulgaire tant elle paraît évidente : où sont les parents ? On les cherche, on les invoque, on les suppose quelque part, mais leur présence éducative demeure aussi visible qu’un agent municipal un dimanche d’août. Un enfant de 12 ans qui finit en garde à vue avant de revenir poursuivre sa tournée le lendemain ne s’est pas fabriqué seul.
À cet âge, on ne transforme pas un quartier en terrain de jeu personnel sans que quelqu’un, quelque part, ait renoncé. Renoncé à surveiller, à sanctionner, à expliquer, à interdire. Ou simplement à faire ce minimum archaïque que l’on appelait autrefois « élever un enfant », avant que le concept ne soit apparemment confié à la rue, aux copains, aux réseaux sociaux et à l’improvisation.
L’État en pause déjeuner
La République, pourtant, ne manque pas d’outils. Elle dispose de lois, de juges pour enfants, de services sociaux, d’éducateurs, de dispositifs, de cellules, de réunions, de commissions et de sigles suffisamment nombreux pour remplir un tableau Excel. Mais face à Hamza La Douane, cette belle mécanique paraît soudain victime d’une panne de batterie.
La police interpelle, la justice absorbe, les services compétents temporisent, et le jeune garçon ressort. Chacun accomplit peut-être un bout de sa mission, personne ne semble produire de résultat. C’est le génie français : une succession de procédures irréprochables peut parfaitement aboutir à une situation grotesque. Le citoyen, lui, contemple le spectacle et paie les frais de décor.
Pensées pour les agriculteurs qui ont pris les centaures dans les dents. pic.twitter.com/giSY5zuvDa
— VERITY France (@verity_france) June 28, 2026
Une impunité qui grandit vite
Le plus inquiétant n’est peut-être pas ce que Hamza La Douane fait aujourd’hui. C’est ce qu’il comprend. À 12 ans, il apprend que l’autorité menace davantage qu’elle ne contraint, que les adultes parlent beaucoup, que les conséquences arrivent rarement, et que le désordre, lorsqu’il est assez répétitif, finit par devenir une habitude de quartier.
Combien de temps encore avant que cette comédie cesse d’être simplement pénible ? Combien de temps avant qu’un mauvais geste, une mauvaise rencontre ou une provocation de trop ne transforme le fait divers en drame officiellement imprévisible ? Pour l’heure, chacun joue son rôle : la police court après son ombre, les parents brillent par leur absence, et Paris regarde son canal devenir un parc d’attractions pour l’impunité.
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