Il y eut Benito Mussolini en 1934, Jorge Rafael Videla en 1978, les pressions politiques en coulisses, les Coupes du monde transformées en décor de propagande. En 2026, il y a Donald Trump, version télé-réalité du chef autoritaire, qui découvre qu’un carton rouge peut devenir négociable quand on possède le bon numéro de téléphone.
Le scénario est grotesque, mais parfaitement dans l’époque. Folarin Balogun est expulsé contre la Bosnie. Les États-Unis doivent affronter la Belgique. Une suspension tomberait mal. Donald Trump intervient auprès de Gianni Infantino. Puis la FIFA trouve, comme par enchantement, une solution : la sanction devient un sursis. Balogun peut jouer. Le règlement, lui, attendra sur le banc.
On dira que tout est légal, encadré, procédural. C’est toujours ainsi que les organisations fragiles habillent leurs renoncements. Les dictatures d’hier avaient les uniformes, les cortèges et les menaces ouvertes. Le pouvoir d’aujourd’hui préfère les coups de fil, les communiqués propres et les commissions qui tombent du bon côté.
Mussolini avait compris très tôt que le football n’était pas seulement un sport. La Coupe du monde 1934, organisée en Italie fasciste, fut pensée comme une vitrine du régime. Le Duce voulait une victoire italienne, et l’arbitrage eut parfois l’étrange élégance de deviner ses désirs avant même qu’ils ne soient formulés.
En 1978, l’Argentine de Videla fit encore mieux dans le cynisme. Pendant que la dictature torturait et faisait disparaître ses opposants, le Mondial offrait au régime un décor de fête populaire. Le fameux Argentine-Pérou terminé sur un 6-0, résultat nécessaire à la qualification argentine, reste l’un des matchs les plus suspects de l’histoire du tournoi.
Donald Trump, lui, n’a pas besoin de stade militarisé ni de police politique autour des vestiaires. Il suffit d’un président américain, d’une FIFA déjà habituée à plier devant l’argent, et d’un patron de l’instance qui sait parfaitement où se trouve le centre de gravité du football mondial : plus à Zurich, mais à Washington.
Car la FIFA n’arrive pas vierge dans cette affaire. En 2015, le FIFA Gate avait montré une organisation rongée par les pots-de-vin, les droits télévisés arrangés et les dirigeants trop gourmands. La justice américaine avait frappé fort. Depuis, la FIFA sait ce que coûte une guerre ouverte avec les États-Unis. Elle a retenu la leçon : quand Washington tousse, Zurich se couche.
Voilà pourquoi cette histoire dépasse largement le cas Balogun. Il ne s’agit pas seulement d’un joueur sauvé d’une suspension. Il s’agit d’une instance mondiale qui prétend défendre l’équité sportive, mais qui semble trembler dès que le président américain prend son téléphone. La FIFA ne dirige plus le football : elle le sous-traite aux puissants.
La Belgique, dans ce théâtre, a eu le mauvais goût de rappeler une chose presque oubliée : un match peut encore se gagner sur le terrain. Les Diables rouges n’ont pas eu besoin d’un appel présidentiel, d’un arrangement disciplinaire ou d’un sourire d’Infantino. Ils ont simplement éliminé les États-Unis. Vieille méthode, mais encore efficace.
⚽️🇺🇸FLASH INFO – La Belgique a fait la « Danse de Trump » après avoir éliminé les États-Unis de la Coupe du monde pic.twitter.com/xwdVF298SV
— Tribune Populaire🌐 (@TribunePop23) July 7, 2026
Donald Trump pourra toujours dire qu’il a défendu son équipe. C’est précisément le problème. Les pires dirigeants de l’histoire ont toujours prétendu défendre leur nation quand ils piétinaient les règles. Mussolini voulait l’Italie triomphante. Videla voulait une Argentine souriante devant les caméras. Trump veut des États-Unis intouchables, même quand un arbitre sort un carton rouge.
La FIFA, elle, continuera de parler d’indépendance. À ce niveau-là, ce n’est plus un discours institutionnel, c’est une blague administrative. Le football mondial n’a pas seulement été ridiculisé : il a été remis à sa place. À genoux, face aux États-Unis.
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