Alexina Wattiez avait 36 ans. Elle vivait à Oupeye, près de Liège. En décembre 2021, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer incurable. Son état se dégrade brutalement au printemps suivant. Le 29 mars 2022, à son domicile, entourée de ses proches, elle demande à ne plus souffrir. Le médecin de famille et deux infirmières interviennent pour une sédation palliative profonde. Sur le papier, tout devait être propre, médical, encadré, avec le vocabulaire qu’il faut pour rassurer les plateaux télé.
Sauf que, selon les éléments rapportés par AlloDocteurs, qui reprend les révélations de la presse belge, les produits injectés n’auraient pas eu l’effet attendu. Alexina Wattiez ne perd pas connaissance comme prévu. Elle continue de souffrir. Sa famille, qui venait de lui dire adieu, entend des cris. Lorsqu’elle revient dans la pièce, elle découvre la jeune femme allongée, les yeux et la bouche ouverts.
L’autopsie, ordonnée après une alerte transmise au parquet de Liège avant les obsèques, conclut à des traces d’asphyxie. Pas seulement une affaire de dosage, donc. Un coussin aurait été utilisé. Le compagnon d’Alexina Wattiez et sa fille se sont constitués parties civiles contre le médecin et les deux infirmières. Une instruction pour meurtre a été ouverte. Personne n’a encore été condamné, mais l’affaire suffit déjà à fissurer la brochure publicitaire de la “mort apaisée”.
Voilà le détail gênant : ce drame ne se passe pas dans un pays sans loi, sans médecins, sans procédures. Il se passe en Belgique, souvent citée comme modèle par les promoteurs français de l’euthanasie. Un pays habitué à ces pratiques. Et malgré cela, à domicile, dans une situation réelle, loin des schémas PowerPoint, la scène aurait basculé dans l’improvisation.
On nous vend l’aide active à mourir comme une mécanique calme, administrative, presque douce. Un formulaire, un avis médical, quelques garanties, puis une sortie digne. La réalité peut être moins photogénique. Un produit mal dosé. Une sédation qui ne prend pas. Un patient qui hurle encore. Des soignants sous pression. Une famille dans la pièce d’à côté. Et, soudain, le coussin devient l’accessoire que personne n’avait prévu dans le débat parlementaire.
Pendant ce temps, en France, la proposition de loi sur le droit à l’aide à mourir poursuit son chemin. Le texte adopté par l’Assemblée nationale prévoit, sous conditions, l’accès à une substance létale pour les personnes majeures atteintes d’une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale, avec des souffrances jugées insupportables. Selon la présentation officielle de Vie publique, l’acte pourrait être réalisé par le patient lui-même ou, s’il n’en est pas capable, par un médecin ou un infirmier.
C’est précisément là que le cas belge devient explosif. Car les défenseurs du texte français répètent que tout sera encadré. Des délais, des avis, des conditions, une procédure. Très bien. Mais l’affaire Alexina Wattiez ne raconte pas seulement l’absence de cadre. Elle raconte ce qui peut arriver quand le cadre rencontre le salon d’une maison, la douleur, l’échec technique et la panique humaine.
Les promoteurs de l’aide à mourir assurent que “chez nous”, ce sera différent. Plus strict. Plus contrôlé. Plus français, donc forcément mieux, avec peut-être un tampon Cerfa pour bénir la seringue. Pourtant, rien ne rend un soignant français magiquement invulnérable à l’erreur, à la pression, au manque de formation ou à une situation qui dérape en quelques minutes.
Alexina Wattiez voulait probablement cesser de souffrir. Elle n’a pas demandé à devenir un argument politique. Mais son histoire oblige à regarder ce que les mots “dignité”, “liberté” et “accompagnement” peuvent cacher lorsqu’une pratique létale entre dans la routine médicale.
La France peut continuer à parler de garde-fous. La Belgique, elle, vient de rappeler qu’un garde-fou ne sert plus à grand-chose quand tout se passe à domicile, que les cris traversent la porte, et que le matériel réglementé ne suffit plus.
La mort douce, dans les discours, a toujours un air propre. Dans la vraie vie, elle peut finir avec un coussin. Et les coussins, eux, ne seront jamais soumis à pénurie hospitalière.
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