La scène avait tout du grand moment patrimonial. À Damas, Emmanuel Macron a annoncé le retour en Syrie de 23 pièces archéologiques prêtées à l’Institut du Monde Arabe en 2010. Quinze ans plus tard, les objets repartent donc vers le Musée national de Damas, dans une Syrie qui n’a plus Bachar el-Assad à sa tête, mais Ahmed al-Charaa, présenté aujourd’hui comme président de transition.
Dans le lot figurent des pièces venues de collections syriennes liées à Palmyre, ce site antique que Daech avait ravagé en 2015. La France avait gardé ces objets durant la guerre, la rupture des relations diplomatiques, les destructions et les trafics. Officiellement, il s’agissait de les protéger. Officiellement toujours, leur retour accompagne une nouvelle page entre Paris et Damas.
Dans son discours, Emmanuel Macron a expliqué être « heureux d’annoncer » ce retour, au nom de la coopération culturelle et éducative. La formule est propre, lisse, parfaitement élyséenne. Elle évite surtout de trop s’attarder sur l’identité du nouveau destinataire politique : Ahmed al-Charaa, anciennement connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Jolani, fondateur du Front al-Nosra, puis chef de Hayat Tahrir al-Cham.
Le contraste est difficile à maquiller. En août 2015, Khaled al-Asaad, ancien directeur des antiquités de Palmyre, était décapité par Daech après avoir refusé de révéler où se trouvaient des trésors archéologiques mis à l’abri. Son corps avait été exposé sur le site antique. Il avait 83 ans. Lui n’avait pas eu droit aux communiqués polis ni aux grands mots sur la reconstruction.
Bien sûr, Hayat Tahrir al-Cham n’est pas Daech. Les deux organisations se sont même affrontées en Syrie. Mais leur histoire plonge dans le même marécage idéologique : salafisme armé, guerre de factions, conquête territoriale, contrôle religieux et recyclage progressif des chefs de guerre en interlocuteurs fréquentables. À Paris, on appelle cela du pragmatisme. Ailleurs, on pourrait parler d’amnésie organisée.
Le même jour, Emmanuel Macron a aussi confirmé la restitution à la Syrie de plus de 50 millions d’euros issus de biens confisqués à Rifaat al-Assad, l’oncle de Bachar al-Assad, exilé depuis sa tentative de coup d’État. Il a parlé reconstruction, sécurité, énergie, entreprises françaises, corridors stratégiques et coopération bancaire. La vieille recette : un peu de patrimoine pour la photo, beaucoup de contrats pour la suite.
Les autorités syriennes, elles, accueillent ces antiquités comme un geste de confiance. Les pièces rejoindront les collections nationales. Reste une image tenace : des objets sauvés des destructions jihadistes retournent dans un pays dirigé par un homme dont le parcours rappelle que la diplomatie française sait parfois enterrer très vite les biographies gênantes.
Palmyre a déjà connu les marteaux, les explosifs et les bourreaux. Elle découvre maintenant les sourires officiels, les poignées de main et les phrases calibrées. C’est moins spectaculaire qu’une destruction à la masse.
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