Le sommet devait parler défense, Ukraine, dépenses militaires et avenir de l’Alliance atlantique. Selon l’agence Anadolu, Recep Tayyip Erdoğan accueillait les dirigeants des 32 pays membres de l’OTAN dans la capitale turque. Sur le papier, donc, un rendez-vous sérieux. Sur le tapis rouge, une autre histoire.
Au moment de saluer Recep Tayyip Erdoğan et son épouse Emine Erdoğan, Emmanuel Macron s’est penché pour embrasser la main de la Première dame turque. Sauf que la main en question n’est pas restée là. Emine Erdoğan l’a retirée d’un geste net, laissant notre cher président face à son élan interrompu. Un petit moment de flottement, quelques secondes de gêne, et déjà cette impression familière : Emmanuel Macron venait encore de transformer une séquence protocolaire en extrait viral.
Le plus cruel est venu juste après. Sur les images officielles, Recep Tayyip Erdoğan apparaît tenant fermement la main d’Emmanuel Macron. Pas la poignée chaleureuse entre deux chefs d’État. Plutôt l’image d’un hôte qui remet de l’ordre dans son salon. Le président français, lunettes aviateur sur le nez, semblait avoir confondu sommet international et arrivée en fanfare sur un aérodrome de province. Erdoğan, lui, n’avait pas besoin d’en rajouter. Le décor parlait pour lui.
En Turquie, les codes de respect et de distance ne sont pas des accessoires. On ne plaque pas sur une scène officielle ses gestes de cour à la française sans regarder où l’on met les pieds. Emmanuel Macron, qui aime tant se rêver en grand équilibriste de la diplomatie mondiale, a cette fois donné l’impression de découvrir que les usages locaux existaient avant son arrivée.
La scène est d’autant plus savoureuse que le chef de l’État français adore les postures. Une main sur une épaule, une accolade prolongée, un regard appuyé, une proximité calculée : tout est théâtre chez lui. Mais à Ankara, la mise en scène a déraillé. Emine Erdoğan n’a pas eu besoin d’un discours. Un retrait de main a suffi. Recep Tayyip Erdoğan n’a pas eu besoin d’une conférence de presse. Sa main tenant celle de Macron a résumé la journée. Il avait déjà marqué sa domination lors du sommet de Tirana.
Pendant que l’OTAN discutait de sécurité transatlantique et de réarmement, Emmanuel Macron offrait donc une nouvelle vignette à ceux qui collectionnent ses moments de malaise à l’étranger. On se souvient des gestes trop longs, des familiarités mal reçues, des attitudes de chef d’orchestre sans orchestre. Ankara ajoute une image de plus à l’album : celle d’un président venu parler stratégie et reparti avec une petite leçon de tenue.
Bien sûr, l’Élysée pourra toujours expliquer qu’il ne s’est rien passé, que tout cela relève de l’interprétation, que les images mentent ou que les internautes exagèrent. C’est devenu la routine. Sauf qu’une fois encore, la communication présidentielle se heurte au réel : un geste raté, un silence gêné, une main qui s’échappe, une autre qui reprend le contrôle.
À Ankara, Emmanuel Macron n’a pas perdu une bataille diplomatique. Il a simplement rappelé qu’en politique étrangère, le ridicule ne demande pas toujours un long discours. Parfois, il suffit de se pencher au mauvais moment.
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