NewsWeek : Le Dr Fauci a financé des recherches risquées sur les coronavirus du laboratoire de Wuhan

8 juin 2021 | Santé, Société

Dr Fauci

Cet article date de 2020. Une bonne partie de ce qu’on a appris récemment sur les liens entre Fauci et le laboratoire de Wuhan s’y trouve déjà. Personne à l’époque n’a taxé cet article de NewsWeek de complotisme. On s’est contenté de l’ignorer. Il a fallu le scandale des Fauci leaks pour que cette analyse soit admise par les médias français.

Le Dr Anthony Fauci est un des conseillers du président Donald Trump et une sorte de héros populaire américain en raison de son leadership calme et solide pendant la crise de la pandémie. Au moins un sondage montre que les Américains font plus confiance à Fauci qu’à Trump en ce qui concerne la pandémie du coronavirus – et rares sont les scientifiques imités par Brad Pitt à la télévision.

Mais, pas plus tard qu’en 2019, le NIAID (National Institute for Allergy and Infectious Diseases pour Institut National des Allergies et des Maladies Infectieuses), l’organisation dirigée par le Dr Fauci, a financé des scientifiques de l’Institut de Virologie de Wuhan et d’autres institutions pour des travaux de recherche sur le gain de fonction des coronavirus de chauve-souris.

En 2019, avec l’appui du NIAID, les National Institutes of Health (Instituts Nationaux pour la Santé) ont engagé 3,7 millions de dollars dans un plan de recherche de six ans comprenant des travaux sur le gain de fonction. Le programme faisait suite à un autre projet ayant pris fin en 2019 de 3,7 millions de dollars sur 5 ans visant à collecter et étudier des coronavirus de chauve-souris, ce qui porte le total à 7,4 millions de dollars.

De nombreux scientifiques ont critiqué la recherche sur le gain de fonction, qui consiste à manipuler des virus en laboratoire pour explorer leur potentiel d’infection des humains, car elle génère un risque de déclenchement d’une pandémie en cas de fuite accidentelle.

Le SRAS-CoV-2 , le virus à l’origine de la pandémie mondiale, proviendrait des chauves-souris. Les services de renseignement américains, après avoir initialement affirmé que le coronavirus était apparu naturellement, ont admis en mars 2020 que la pandémie pourrait avoir démarré après une fuite du laboratoire de Wuhan. (À ce stade, la plupart des scientifiques estiment qu’il est possible – mais peu probable – que le virus de la pandémie ait été conçu ou modifié.)

Le Dr Fauci n’a pas répondu aux demandes de commentaires de Newsweek. Les NIH ont répondu par une déclaration indiquant notamment : « La plupart des virus humains émergents proviennent des animaux sauvages, et ils représentent une menace importante pour la santé publique et la biosécurité aux États-Unis et dans le monde, comme l’ont démontré l’épidémie de SRAS de 2002-2003 et la pandémie actuelle de Covid-19 […] La recherche scientifique indique qu’il n’y a aucune preuve suggérant que le virus ait été créé en laboratoire. »

La recherche des NIH s’est déroulée en deux parties. La première partie, disposant d’un budget de 3,7 millions de dollars, a débuté en 2014 et portait sur l’observation des coronavirus de chauve-souris. Le programme a permis à Shi Zheng-Li, un virologue du laboratoire de Wuhan, et à d’autres chercheurs d’étudier et cataloguer les coronavirus des chauves-souris dans la nature. Cette partie du projet s’est achevée en 2019.

Une deuxième phase du projet, qui a débuté cette année-là, comprenait des travaux d’observation additionnels mais aussi des recherches sur le gain de fonction afin de comprendre comment les coronavirus des chauves-souris pourraient muter et s’attaquer aux humains. Le projet était mené par EcoHealth Alliance, un groupe de recherche à but non lucratif, sous la direction de son président, Peter Daszak, un expert en écologie des maladies. Selon le site Politico, les NIH ont annulé le projet le vendredi 24 avril 2020. Peter Daszak n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires de Newsweek.

La proposition de projet indique : « Nous utiliserons les données de séquençage de la protéine S, la technologie des clones infectieux, des expériences d’infection in vitro et in vivo et l’analyse de la liaison des récepteurs pour tester l’hypothèse selon laquelle des seuils de divergence d’un certain pourcentage dans les séquences de la protéine S prédisent le potentiel de propagation. »

En termes simples, le « potentiel de propagation » désigne la capacité d’un virus à passer de l’animal à l’homme, ce qui suppose que le virus puisse se fixer aux récepteurs des cellules humaines. Le SRAS-CoV-2, par exemple, est capable de se lier au récepteur ACE2 des poumons et d’autres organes humains.

Selon Richard Ebright, expert en maladies infectieuses à l’université Rutgers, la description du projet fait référence à des expériences qui permettraient d’améliorer la capacité du coronavirus de la chauve-souris à infecter des cellules humaines et des animaux de laboratoire en utilisant des techniques de génie génétique. À la lueur de la pandémie, c’est un détail qui mérite d’être souligné.

M. Ebright et de nombreux autres scientifiques se sont fermement opposés à la recherche sur le gain de fonction en raison du risque qu’elle représente de déclencher une pandémie par fuite accidentelle d’un laboratoire.

Le Dr Fauci est connu pour son travail pendant la crise du Sida dans les années 1990. Né à Brooklyn, il est sorti major de la promotion 1966 du Cornell University Medical College. À la tête du NIAID depuis 1984, il a été le conseiller de tous les présidents américains depuis Ronald Reagan.

Il y a une dizaine d’années, lors d’une controverse sur la recherche sur le gain de fonction des virus de la grippe aviaire, le Dr Fauci a joué un rôle important dans la promotion de ces travaux. Il a expliqué que le jeu en valait la chandelle car ces travaux permettaient aux scientifiques de se préparer à d’éventuelles pandémies, en étudiant par exemple d’éventuels médicaments antiviraux.

Les travaux en question portaient sur le gain de fonction : ils consistaient à prendre des virus sauvages et à les transmettre à des animaux vivants jusqu’à ce qu’ils mutent suffisamment pour représenter une menace de pandémie. Les scientifiques ont utilisé cette méthode pour transformer un virus peu transmissible à l’homme en un virus hautement transmissible, caractéristique d’un virus pandémique. Pour ce faire, ils ont infecté une population de furets, laissant le virus de muter jusqu’à ce qu’un furet qui n’avait pas été infecté au départ contracte la maladie.

Ce travail comportait des risques qui inquiétaient même les chercheurs chevronnés. Plus de 200 scientifiques ont demandé l’arrêt des travaux. Le problème, disaient-ils, était qu’ils augmentaient la probabilité qu’une pandémie survienne à la suite d’un accident de laboratoire.

Le Dr Fauci a défendu ces travaux. « [D]éterminer le talon d’Achille moléculaire de ces virus peut permettre aux scientifiques d’identifier de nouvelles cibles des antiviraux qui pourraient être utilisés pour prévenir l’infection chez les personnes à risque ou pour mieux traiter les personnes infectées », a-t-il écrit avec deux co-auteurs dans le Washington Post du 30 décembre 2011. « Des décennies d’expérience nous montrent qu’il est essentiel de transmettre les informations obtenues par la recherche biomédicale aux scientifiques et aux responsables officiels de la santé pour générer des contre-mesures appropriées et, in fine, protéger la santé publique. »

Néanmoins, en 2014, sous la pression de l’administration Obama, les National of Institutes of Health ont institué un moratoire sur ces travaux, suspendant ainsi 21 études.

Cependant, trois ans plus tard, en décembre 2017, les NIH ont mis fin au moratoire et la deuxième phase du projet du NIAID, qui comprenait la recherche sur le gain de fonction, a commencé. Les NIH ont établi un cadre pour déterminer comment la recherche allait se dérouler : les scientifiques devraient obtenir l’approbation d’un panel d’experts, qui déciderait si les risques étaient justifiés.

Les revues ont bel et bien été menées – mais en secret, ce qui a valu des critiques aux NIH. Début 2019, après qu’un journaliste du magazine Science a découvert que les NIH avaient approuvé deux projets de recherche sur la grippe utilisant des méthodes de gain de fonction, les scientifiques opposés à ces recherches ont critiqué les NIH dans un éditorial du Washington Post.

« Nous avons de sérieux doutes quant à l’opportunité de mener ces expériences », ont écrit Tom Inglesby de l’université Johns Hopkins et Marc Lipsitch de Harvard. « [A]vec des délibérations tenues à huis clos, aucun d’entre nous n’aura l’occasion de comprendre comment le gouvernement est arrivé à ces décisions ou de juger de la rigueur et de l’intégrité de ce processus. »

– Source : Dr. Fauci Backed Controversial Wuhan Lab with U.S. Dollars for Risky Coronavirus Research (28 avril 2020)
– Traduit par Tanguy (avec l’aide de DeepL) pour Le Média en 4-4-2