Covid – Manuel d’instruction civique des 6e : « Comment certaines libertés peuvent-elles être suspendues au nom de l’intérêt général ? »

Politique

mise à jour le 13/09/21

Le manuel d’Histoire-Géographie de 6e de 2021 est bien dans l’air du temps. Il est édité par Belin qui appartient à Scor, une entreprise de réassurance. La réassurance est l’assurance des sociétés d’assurances. Quoi de plus prudent qu’une entreprise de réassurance ?
La partie instruction morale et civique du manuel a été dirigée par Fabien Chaumard. Il est inspecteur d’académie. Pour les éditeurs c’est le meilleur moyen de prévoir le contenu de leurs manuels. Conflit d’intérêts ? C’est bien possible. En tout cas c’est plus prudent.

Bien dans l’air raréfié du temps, est, page 324 du manuel, « Coronavirus et confinement : je comprends ce qu’est l’intérêt général – Problématique : Comment certaines libertés peuvent-elles être suspendues au nom de l’intérêt général ? » (Voir ci-dessous).

Manuel d'histoire Belin 2021
Manuel d’histoire et d’instruction civique Belin 2021

Un fait divers a été rapporté par FranceInfo et l’AFP et choisi par l’inspecteur d’académie comme exemplaire. Un mauvais citoyen a fait passer son intérêt personnel avant l’intérêt général. Conclusion logique : la Justice l’a condamné à des travaux d’intérêt général. CQFD. 

Voici l’article :

« La justice fait respecter la loi

Un homme de 22 ans a été condamné le 31 mars à 105 heures de travaux d’intérêt général pour non-respect réitéré du confinement.
Il avait été verbalisé à quatre reprises le 24 mars, dont trois fois en moins d’une heure alors qu’il se rendait de nuit dans une pharmacie de garde, muni d’une attestation non datée, selon sa défense. Verbalisé une cinquième fois le 26 mars, il a ensuite été interpellé lors d’un sixième contrôle. Placé en garde à vue, il a été jugé en comparution immédiate.
Lors d’une brève audience, l’homme a expliqué qu’il vivait avec sa famille à sept personnes dans un deux-pièces. Selon lui, il a été contraint au bout d’une semaine de confinement de s’installer dans sa voiture, puis de prendre une chambre d’hôtel.
“J’ai la main et un doigt qui sont cassés, je dois être opéré le 5 avril et je suis sorti précipitamment [le 24 mars] juste pour trouver un antidouleur”, s’est justifié le prévenu. »

« J’espère que ce travail d’intérêt général se fera dans un service de santé pour que vous voyiez les effets de votre comportement », a déclaré le juge qui l’a condamné. Il est bien que la population prenne conscience de ses responsabilités. Cela évitera le retour des plus sombres heures de l’histoire.

Pourtant, le même jour, mais à Grenoble, un autre jeune homme, qui lui non plus n’avait pas respecté la règle de confinement, et ce à quatre reprises, a été condamné dans un autre tribunal à une tout autre peine : deux mois de détention à domicile sous surveillance électronique. Curieusement la peine ne doit entrer en application qu’après la période de confinement. Quand il ne sera plus dangereux pour les autres, il devra s’en séparer, sous peine d’être entassé dans une cellule surpeuplée. « S’il est à nouveau contrôlé malgré son passage aujourd’hui [le 31 mars] devant le tribunal, il sera à nouveau poursuivi et le parquet demandera de l’emprisonnement ferme avec placement en détention », a précisé le vaillant procureur de la République.

Que de mauvais citoyens ! 

Ce qui est présenté comme un délit isolé, attentatoire à l’intérêt du plus grand nombre, n’est pas si rare que cela. Depuis le 15 décembre et la fin du deuxième confinement, 5,2 millions de contrôles ont été réalisés et plus de 500 000 verbalisations dressées. On n’en veut pas à notre inspecteur Belin de ne pas l’avoir mentionné, l’essentiel étant de présenter la justice comme respectée par le plus grand nombre.

Activité autonome Belin : Je comprends que la loi préserve les intérêts particuliers.
Activité guidée Belin : Je comprends que l’intérêt général peut limiter les intérêts particuliers. A l’aide d’un exemple tiré du document, montre que les libertés individuelles sont respectées, etc.
Un bel exemple d’engagement citoyen est offert par le manuel : « Sur cette photo prise à Paris en mai 2020 durant le confinement, les habitants expriment leur soutien à celles et ceux [pas de machisme] qui continuent de travailler, notamment le personnel soignant, qu’ils prennent l’habitude d’applaudir chaque soir à 20 h. »

Pour avantageusement compléter le manuel Belin

  • Un guide prescrit un code de conduite similaire : « La vie en collectivité implique également l’observation de règles de vie fondées sur le respect d’autrui, sur l’ordre et la discipline.  »

Il ajoute qu’on peut pendant le confinement
• bénéficier de la promenade dans une cour spécifique, en principe de manière individuelle ;
• pratiquer une activité sportive au sein du quartier d’isolement ;
• suivre des cours par correspondance ;
• avoir accès à la lecture ;
• bénéficier si besoin de l’aide attribuée aux personnes sans ressources suffisantes.
Il s’agit d’une publication du ministère de la Justice : « Je suis en détention , Guide du détenu arrivant ». Le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports a-t-il prévu de l’ajouter à son programme ? ou d’en faire un magnifique manuel « deux en un » (Éducation et Justice) afin que nos petits restent dans le droit chemin !

  • Nous avons également une très belle affiche signée du Maréchal pour lutter contre l’égoïsme de tant de mauvais Français. Elle enjoint de cesser « placer son bien-être personnel au premier plan des préoccupations du moment ». En effet, l’heure est grave, nous sommes en guerre contre le virus, comme le gouvernement de Vichy était en guerre contre le défaitisme et le terrorisme. Le mot d’ordre « Taisons-nous » semble plus que jamais d’actualité et Belin ferait bien de l’insérer dans sa prochaine réédition.

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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