De Coco à Bounty : une filiation inquiétante
Lancé en 2011, Coco était un forum de discussion anonyme qui avait séduit jusqu’à 23 millions d’utilisateurs. Faute de modération suffisante, il était devenu le théâtre d’activités criminelles : échanges pédocriminels, proxénétisme, appels à la haine et agressions organisées. Impliqué dans plusieurs affaires retentissantes, dont les viols collectifs de Mazan, le site a finalement été fermé mi-2024. Son fondateur, l’italien Isaac Steidl, a été mis en examen pour des infractions multiples, notamment complicité de trafic de stupéfiants, diffusion d’images pédopornographiques, corruption de mineurs et blanchiment aggravé.
Dès août 2024, à peine un mois après la disparition de Coco, émerge Bounty.chat. Hébergée en France — contrairement à son prédécesseur —, la plateforme propose des fonctionnalités similaires : inscription simplifiée, anonymat, salons thématiques et géolocalisation par code postal. Bien que ses gestionnaires affirment se conformer au droit français et renforcer la modération, des contenus sexuels explicites y circulent librement. Bounty est déjà suspectée de favoriser la propagation d’images d’abus sur mineurs.
Une enquête judiciaire aux ramifications multiples
Ouverte par la section Junalco du parquet de Paris, spécialisée en cybercriminalité, l’enquête cible plusieurs infractions :
. Mise à disposition d’une plateforme facilitant des transactions illicites en bande organisée ;
. Détention et diffusion d’images pédopornographiques ;
. Association de malfaiteurs ;
. Blanchiment d’argent.
L’affaire a été déclenchée à la suite de signalements émanant notamment de la haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry. Le 27 août 2024, celle-ci a saisi l’Arcom, les ministères de la Justice et de l’Intérieur, ainsi que la plateforme Pharos. L’Arcom a sommé Bounty de se mettre en conformité avec le Digital Services Act (DSA) et examine actuellement les justifications fournies.
Dans une déclaration sans équivoque, Sarah El Haïry a martelé : « Les pédophiles, on les traquera jusqu’au bout, on ne les laissera jamais tranquilles. Internet ne doit pas être une zone de non-droit. » Laissons-lui le bénéfice du doute…
L’enquête a connu un développement marquant la semaine dernière avec l’interpellation à Angoulême d’un baby-sitter, Mattias R. Celui-ci aurait utilisé Bounty pour se vanter d’agressions sur de très jeunes enfants, dont une fillette de 3 ans et un garçon d’un an, et aurait enregistré et partagé ces violences. L’analyse de ses équipements informatiques pourrait conforter les accusations à l’encontre de la plateforme.
Situation actuelle et suites possibles
Bounty demeure accessible pour le moment. Son fondateur promet une vérification d’âge renforcée, mais les autorités restent en alerte. Des associations de protection de l’enfance, telles qu’Innocence en Danger, pourraient se porter parties civiles.
Cette affaire souligne une nouvelle fois les difficultés persistantes de la régulation du numérique en France, où la conciliation entre liberté d’expression et protection des plus vulnérables reste un défi. Si les investigations confirment les accusations, Bounty pourrait subir le même sort que Coco, illustrant la détermination de façade des pouvoirs publics à combattre la criminalité en ligne ciblant les mineurs.
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