L’Espagne avance avec une équipe, l’Argentine avec Messi et un instinct de survie
L’Espagne a gagné six rencontres dans cette Coupe du monde (pour un pauvre 0-0 face au Cap Vert lors de son premier match) et n’a encaissé qu’un seul but. En demi-finale, la Roja a maîtrisé la France 2-0 grâce à un penalty de Mikel Oyarzabal, obtenu par Lamine Yamal, puis une frappe de Pedro Porro.
Luis de la Fuente devrait conserver l’organisation utilisée face aux Bleus. Álex Baena occupe le côté gauche, Yamal part de la droite et Dani Olmo joue derrière Oyarzabal. Nico Williams, qui n’a débuté aucun match du tournoi, reste une solution de percussion pour la seconde période. Cette fois, inutile de ressortir automatiquement l’attaque de l’Euro 2024 : l’Espagne de 2026 a évolué.
Avec un magnifique Rodri devant la défense et Fabián Ruiz un peu plus haut, la Roja cherche surtout à enfermer son adversaire dans son camp. Baena rentre régulièrement à l’intérieur, Cucurella apporte la largeur et Yamal reçoit dans des situations où il peut provoquer son défenseur direct. Le jeu espagnol repose moins sur une possession décorative que sur la répétition des décalages jusqu’à l’ouverture.
L’Argentine propose autre chose. Elle peut subir longtemps, très longtemps, trop longtemps, rendre la rencontre pénible, puis trouver Messi lorsque tout le monde commence à manquer d’air. L’Angleterre l’a appris en demi-finale : Anthony Gordon avait ouvert le score, mais Enzo Fernández et Lautaro Martínez ont renversé le match dans les dernières minutes, tous deux servis par Messi.
À 39 ans, le capitaine argentin compte huit buts et quatre passes décisives dans le tournoi. Luis de la Fuente a annoncé qu’il ne lui imposerait pas de marquage individuel. L’Espagne cherchera plutôt à couper ses relations avec Julián Álvarez et les milieux argentins. L’idée est logique. Le problème, c’est que Messi a construit une carrière entière en rendant les idées logiques parfaitement inutiles.
Messi avait donné le bain à Yamal avant de devoir l’affronter
L’image semblait déjà improbable en 2024. Elle l’est encore davantage aujourd’hui. En 2007, lors d’une séance photographique organisée par le quotidien Sport et l’UNICEF, Lionel Messi avait été photographié en train de donner le bain à un nourrisson. Ce bébé était Lamine Yamal.
Le photographe Joan Monfort ignorait évidemment qu’il venait de réunir deux futurs finalistes de Coupe du monde. Messi avait 20 ans. Yamal n’avait encore ni numéro 10, ni défenseur attitré, ni compte Instagram. Son père a ressorti la photo en 2024 en parlant du « commencement de deux légendes ».
À la veille de la finale, Messi a qualifié cette histoire de « folle » et présenté Yamal comme « l’un des meilleurs joueurs du monde ». Dimanche, l’ancien prodige du Barça pourrait donc disputer son dernier match international face au joueur présenté comme son héritier. La FIFA n’a rien écrit, mais elle facturera probablement les droits d’adaptation.
Esta es una foto de Messi a sus 20 años en 2007 alzando a un niño recién nacido: Lamine Yamal.
La foto ocurrió en 2007. La UNICEF hizo una rifa para tomarse una foto con un jugador del Barcelona en el barrio Roca Fonda, en Mataró, y se la ganó la familia de Lamine.
Y por eso… pic.twitter.com/Nb9VilDYL5
— Goles en Directo (@golesendir_) July 15, 2026
Israël, la Palestine et les amitiés politiques de Javier Milei
Le conflit israélo-palestinien s’est déjà invité dans le parcours argentin. Lors du huitième de finale remporté 3-2 contre l’Égypte, des supporters de Messi ont déployé des drapeaux israéliens dans les tribunes.
Le contraste politique est net. L’Espagne a officiellement reconnu l’État de Palestine en mai 2024 et le gouvernement de Pedro Sánchez critique régulièrement l’offensive israélienne à Gaza. Javier Milei a, au contraire, fait de son rapprochement avec Benyamin Netanyahou un axe majeur de la diplomatie argentine. Les deux dirigeants ont encore annoncé en avril 2026 les « accords Isaac », destinés à renforcer la coopération entre Israël et plusieurs pays d’Amérique latine.
Netanyahou a publiquement apporté son soutien à l’Argentine pendant le tournoi. Milei, superstitieux, ne viendra pourtant pas au stade : il préfère reproduire depuis sa résidence les habitudes qui ont accompagné les sept victoires argentines. Même la géopolitique respecte désormais les grigris du football.
Notre pronostic : Espagne 1-0 Argentine
L’Argentine cherchera à casser le rythme, fermer l’axe et emmener la rencontre vers les nerfs. L’Espagne aura le ballon, mais devra se méfier des pertes dans le dos de ses latéraux et des coups de pied arrêtés.
Notre scénario : une première période fermée, Emiliano Martínez plusieurs fois décisif, puis un but espagnol après l’heure de jeu sur une action venue du côté de Yamal. L’Argentine poussera ensuite Messi plus près de la surface, Romero montera en avant-centre sans autorisation administrative et le temps additionnel durera jusqu’à la prochaine élection de Gianni Infantino.
Pronostic : Espagne 1-0 Argentine, but de Dani Olmo. Dix-neuf ans après le bain, Yamal pourrait regarder Messi quitter la scène pendant que la Roja soulève sa deuxième Coupe du monde.
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