Il aura donc fallu plusieurs rédactions, des titres racoleurs, quelques photos d’archives et probablement trois cafés pour accoucher de cette révélation : Gilbert Montagné n’a jamais assisté aux faits reprochés à Patrick Bruel. La machine à clics, elle, a immédiatement vu quelque chose.
Invité dans l’émission de Jordan de Luxe, le chanteur a répondu avec prudence à une question concernant son ami. Gilbert Montagné a déclaré : « En tout cas, moi, je n’ai jamais assisté à un comportement tel qu’on le décrit. C’est tout ce que je peux dire. »
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La déclaration contient une information d’une densité exceptionnelle : un homme qui n’était pas présent n’a pas assisté à ce qui se serait produit lorsqu’il n’était pas là. Nous voilà rassurés. La chronologie fonctionne encore, le temps reste linéaire et la République peut poursuivre ses activités. On peut aussi imaginer que, même s’il avait assisté à la scène, la probabilité qu’il remarque quelque chose serait restée assez faible.
Gilbert Montagné ne prétend d’ailleurs ni innocenter Patrick Bruel ni contredire les femmes qui l’accusent. Il dit seulement qu’il n’a rien constaté personnellement. Ce n’est donc pas un témoignage sur les faits. C’est un certificat d’absence, livré poliment par un homme à qui l’on demandait de commenter des scènes dont il ignorait tout.
Mais la presse people avait besoin de son titre. Gilbert Montagné « brise le silence », « défend son ami » et révèle enfin « tout ce qu’il peut dire ». Ce qu’il peut dire, précisément, c’est qu’il ne peut rien dire. Une matière première un peu légère, certes, mais largement suffisante pour remplir une page entre deux publicités pour une crème antirides et le secret minceur d’une ancienne candidate de téléréalité.
La justice sera « clairvoyante »
Le chanteur a également souhaité que « la justice soit clairvoyante ». Le mot est de lui, pas de nous. Même la chute était fournie avec l’interview, emballée, prête à servir. Il ne restait plus aux rédactions qu’à éviter de marcher dessus. Raté.
L’ironie vient évidemment du fait que Gilbert Montagné est non-voyant depuis l’enfance. Mais le problème n’est pas son handicap, ni même sa réponse, parfaitement mesurée. Le problème, c’est le choix éditorial consistant à demander à quelqu’un qui n’était pas présent ce qu’il aurait observé, puis à présenter son absence d’observation comme une pièce nouvelle du dossier.
Il fallait bien que les médias dominants fabriquent un article avec du vide. À notre rédaction, nous récupérons leurs bêtises pour en tirer une information réelle — et, lorsque le matériel est aussi généreux, une bonne raison de rire. C’est l’avantage : chez eux, le néant est involontaire. Chez nous, au moins, il devient drôle.
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