Et son diagnostic, diffusé par Public Sénat, ne ressemble pas vraiment à une brochure du ministère de l’Enseignement supérieur.
Selon lui, le wokisme ne se limite plus à quelques slogans importés des campus américains. Il toucherait désormais le cœur même du fonctionnement universitaire, jusqu’à remettre en cause les principes d’éthique scientifique. Pas seulement dans les sciences humaines, où les “studies” en tout genre ont déjà installé leurs quartiers. Salvador parle d’un phénomène qui s’invite dans toutes les disciplines. Même la science dure, celle qui devrait se moquer des modes militantes comme d’un tract oublié sur une table de cafétéria, n’échapperait plus à la pression idéologique.
Dans une France où l’on explique depuis des années que l’université manque de moyens, le tableau a de quoi piquer. Xavier-Laurent Salvador a aussi insisté sur la perte de souveraineté académique française. En cause : un sous-financement chronique, des missions toujours plus nombreuses, une bureaucratie qui avale le temps des enseignants-chercheurs, et des financements orientés vers des programmes relevant du wokisme. Autrement dit, les laboratoires peuvent manquer d’argent, les amphithéâtres peuvent tomber en ruine, les enseignants peuvent crouler sous les dossiers, mais pour certaines lubies idéologiques, il reste visiblement quelques lignes budgétaires.
La scène a quelque chose de presque comique, si elle n’était pas aussi triste. La France universitaire peine à garder son rang, mais elle continue de produire des concepts, des ateliers, des séminaires et des dossiers où l’on déconstruit beaucoup plus facilement le réel que les fautes d’accord. À ce rythme, on finira peut-être par expliquer aux étudiants que l’orthographe est une construction sociale oppressive, ce qui aurait au moins l’avantage de rendre les copies plus faciles à corriger.
Orthographe en berne, idéologie en pleine forme
Le passage le plus savoureux concerne la baisse du niveau des étudiants, notamment en orthographe. Là encore, le sujet n’a rien d’un fantasme de vieux professeur grincheux. Depuis des années, enseignants et recruteurs constatent une dégradation du niveau d’expression écrite. Le problème, c’est que l’université semble parfois plus rapide à adopter les modes militantes qu’à défendre les fondamentaux.
Écrire correctement, argumenter clairement, maîtriser la langue, comprendre un texte : voilà des compétences qui devraient être au centre de la formation universitaire. Mais dans la grande machine bureaucratique actuelle, ces priorités paraissent souvent reléguées derrière les nouvelles orthodoxies du moment. Le résultat est absurde : on demande à des étudiants de déconstruire le monde avant même de savoir construire une phrase.
Sur le papier, la Macronie aime parler d’excellence, d’attractivité, de compétitivité et d’innovation. Dans la réalité, l’université française ressemble parfois à un paquebot administratif qui prend l’eau, pendant que le capitaine inaugure une fresque inclusive sur le pont supérieur. Et si quelqu’un ose dire que le navire penche, il risque vite d’être accusé de ne pas comprendre les enjeux du XXIe siècle.
Le wokisme comme outil de pouvoir universitaire
Ce que décrit Xavier-Laurent Salvador dépasse la simple querelle culturelle. Le wokisme universitaire n’est pas seulement une affaire de vocabulaire, de pronoms ou de colloques confidentiels. Il devient un outil de sélection intellectuelle. Il décide de ce qui peut être étudié, de ce qui peut être financé, de ce qui peut être dit, et parfois même de ce qui doit être pensé.
Quand une idéologie se glisse dans les critères de financement, elle ne reste jamais décorative. Elle finit par orienter les carrières, les publications, les recrutements et les sujets jugés légitimes. Ceux qui s’alignent avancent. Ceux qui refusent de réciter le catéchisme du moment deviennent suspects. Ce n’est plus l’université comme lieu de recherche, mais l’université comme guichet moral.
On connaissait déjà la passion française pour les formulaires, les commissions et les sigles incompréhensibles. Il faut désormais y ajouter le vernis militant, présenté comme moderne, alors qu’il ressemble surtout à une nouvelle police du langage. Les étudiants n’y gagnent pas grand-chose. La recherche non plus. Mais l’administration, elle, adore : une idéologie bien emballée dans un appel à projets, c’est toujours plus facile à financer qu’une réforme sérieuse du niveau scolaire.
La Macronie face au bilan de son université
Le plus drôle, dans cette histoire, c’est que le pouvoir politique découvre périodiquement les dégâts comme s’il n’y était pour rien. Depuis des années, les gouvernements réforment l’université, empilent les dispositifs, promettent l’autonomie, ajoutent des missions, serrent les budgets, puis s’étonnent que le système se fatigue. La Macronie n’a pas inventé tous les problèmes, mais elle les a accompagnés avec cette élégance technocratique qui consiste à remplir un seau percé avec une application mobile.
Dans ce contexte, l’audition de Xavier-Laurent Salvador sonne comme une alarme. Pas une alarme spectaculaire, pas une alarme de plateau télé avec indignation prémâchée. Plutôt une alarme froide : l’université française perd sa souveraineté, ses fondamentaux, son exigence, et parfois même son courage intellectuel. Pendant ce temps, le niveau en orthographe baisse, les enseignants sont noyés sous les tâches administratives et les étudiants avancent dans un système qui leur parle davantage d’idéologie que d’excellence.
On peut toujours faire semblant. On peut répéter que tout va bien, que les critiques exagèrent, que le mot “wokisme” serait trop flou, trop polémique, trop dangereux à employer. Mais les faits restent là : lorsque l’université préfère financer la conformité idéologique plutôt que la solidité intellectuelle, elle ne forme plus des esprits libres. Elle fabrique des profils compatibles.
Et dans une France qui prétend encore défendre la recherche, la transmission et la méritocratie, cela commence à faire beaucoup. Les étudiants méritent mieux qu’un système qui les laisse arriver en licence avec des lacunes béantes, puis leur vend de la déconstruction comme un diplôme de modernité. Mais il faut croire que, pour certains, l’important n’est plus de savoir écrire “orthographe” sans faute. L’essentiel est de savoir le déconstruire correctement.
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