Charlotte de Vilmorin ne mâche pas ses mots. Dans une vidéo largement partagée, l’entrepreneure engagée sur le handicap interpelle directement les députés favorables à la loi sur l’aide à mourir. Son message est simple : les personnes handicapées alertent depuis des mois, mais elles ont le sentiment de parler dans le vide.
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Pour Charlotte de Vilmorin, la discussion politique autour de l’aide à mourir est mal posée. Les défenseurs du texte parlent de liberté individuelle. Elle répond que la liberté n’a pas le même sens quand l’accès aux soins, à l’autonomie, au logement adapté ou à une vie sociale normale reste compliqué pour des milliers de personnes handicapées.
« La dignité, elle, est inconditionnelle »
Dans sa prise de parole, Charlotte de Vilmorin refuse l’opposition habituelle entre liberté et morale. Selon elle, le vrai sujet est ailleurs : la dignité humaine.
« Ce dont il s’agit, c’est de la dignité. Et je ne parle pas de la dignité dans laquelle on a enrobé une mort compassionnelle. La vraie dignité, ce n’est pas celle qui permet de catégoriser les individus en fonction de leur état de souffrance, de leur état de santé ou de leur état de productivité. La dignité, elle, est inconditionnelle. »
Ce passage résume le cœur de son argument. Ce qu’elle craint, ce n’est pas seulement une nouvelle loi. C’est le regard que la société pose sur les corps fragiles, malades, dépendants ou jugés trop coûteux. Quand une personne handicapée doit déjà se battre pour être soignée correctement, le droit à mourir peut vite prendre une autre couleur.
Aide à mourir : le texte continue son parcours parlementaire
La proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir vise à créer un dispositif permettant, sous conditions, de recourir à une substance létale. Le Sénat rappelle que ce droit concernerait des personnes majeures, atteintes d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital en phase avancée ou terminale, avec des souffrances physiques ou psychologiques jugées réfractaires ou insupportables, et une volonté libre et éclairée.
Le texte a connu plusieurs allers-retours entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Selon Vie publique, le Sénat a rejeté la proposition en deuxième lecture le 12 mai 2026, puis la commission mixte paritaire n’a pas trouvé d’accord le 2 juin 2026. L’Assemblée nationale a ensuite été saisie pour une nouvelle lecture.
Sur le papier, les conditions paraissent strictes. Charlotte de Vilmorin n’y croit pas vraiment. Elle insiste sur un point : les personnes concernées ne partent pas toutes du même endroit. Certaines vivent déjà avec une forte dépendance, des soins difficiles à obtenir, des revenus faibles, des démarches interminables et une fatigue administrative permanente.
« La mort va être plus accessible que la santé »
Le passage le plus dur de sa vidéo vise directement le système de santé. Charlotte de Vilmorin rappelle que les personnes handicapées rencontrent encore des obstacles très concrets pour se faire suivre, diagnostiquer ou traiter.
« Nous, on vit dans un monde où on doit se battre pour réussir à survivre et subvenir à nos besoins vitaux », dit-elle, avant d’ajouter : « Rendez-vous compte de l’absurdité d’un monde dans lequel la mort va être plus accessible que la santé et que la vie en général. »
Cette phrase tape juste. Elle ne nie pas la souffrance des personnes en fin de vie. Elle dit autre chose : avant d’ouvrir plus largement l’accès à une mort provoquée, l’État devrait déjà garantir l’accès aux soins, aux aides humaines, aux diagnostics, aux soins palliatifs et à une vraie présence médicale.
Le consentement libre et éclairé au centre de ses inquiétudes
Charlotte de Vilmorin sait déjà ce que ses contradicteurs vont répondre : personne ne serait obligé de mourir. Le dispositif reposerait sur une demande volontaire. Elle ne balaie pas l’argument, mais elle le juge insuffisant.
« Je sais que les gens vont dire : personne ne va t’obliger à mourir. Et je te rappelle que c’est basé sur le consentement libre et éclairé. Mais le problème, c’est que le consentement libre et éclairé, il n’est même pas protégé. »
Elle cite notamment les personnes sous tutelle ou curatelle, qui ne peuvent pas toujours signer seules certains actes de la vie courante, mais qui pourraient, selon elle, se retrouver dans un dispositif où la demande d’aide à mourir serait considérée comme valable si elle est formulée comme libre et éclairée.
Pour Charlotte de Vilmorin, le raisonnement est dangereux. Une personne isolée, mal accompagnée, épuisée par la douleur ou par l’absence d’aide peut-elle vraiment choisir dans les mêmes conditions qu’une personne entourée, correctement soignée et soutenue au quotidien ? C’est cette différence-là qu’elle veut imposer dans la discussion.
Une loi pour soulager ou une loi pour renoncer ?
La fin de sa vidéo tient en une question brutale : « À qui va profiter cette loi ? Aux personnes en souffrance ou à une société qui préfère éliminer plutôt que soigner ? »
La formule est sévère, mais elle correspond à la peur exprimée par plusieurs militants du handicap : voir la mort devenir une option plus simple, plus rapide et moins coûteuse que l’accompagnement réel des personnes fragiles.
Dans son intervention, Charlotte de Vilmorin ne parle pas depuis une position théorique. Elle parle depuis une réalité quotidienne : celle des personnes handicapées qui doivent justifier leurs besoins, attendre des aides, chercher des médecins accessibles, affronter des refus, expliquer leur dépendance et prouver sans cesse qu’elles ont droit à une vie digne. Elle-même est handicapée et ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant. Elle est cofondatrice d’une entreprise spécialisée dans la location entre particuliers de voitures adaptées aux personnes en fauteuil roulant. Elle est religieuse au sein de l’Ordre des vierges consacrées.
Son message aux députés est donc clair : avant de voter une loi sur l’aide à mourir, écoutez ceux qui vivent déjà dans un pays où l’accès à la santé et à l’autonomie reste incomplet. Parce qu’une liberté proclamée dans l’hémicycle peut devenir, dans la vraie vie, une pression silencieuse sur les plus vulnérables.
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