Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, était l’invité du Grand Entretien ce mercredi 12 février 2025 sur France Inter… et tout ne s’est pas déroulé comme il l’aurait souhaité.
Il faut croire que Bruno Retailleau aime jouer avec le feu… et se brûler. Le ministre de l’Intérieur, visiblement furieux de voir un tribunal administratif annuler une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), s’est insurgé contre cette décision en public. Problème : ce jugement ne fait qu’appliquer une loi toute fraîchement votée… par son propre camp ! Ah, l’ironie du sort.
Un magistrat démonte Bruno Retailleau en direct
C’est avec un calme olympien que Christophe, magistrat au tribunal administratif de Melun, a pris la parole sur les ondes pour rappeler quelques évidences que le ministre semble avoir oubliées entre deux postures autoritaires. Le jugement qui lui pose tant de soucis ne fait que suivre à la lettre l’article L. 432-12 du Code des étrangers.

Et devinez quoi ? Cet article a été adopté en janvier 2024, dans la dernière loi immigration, par les Républicains du Sénat, dont Retailleau était alors le président.
Autrement dit : si la loi ne lui convient pas, peut-être aurait-il fallu y réfléchir avant de la voter. Mais non, c’est tellement plus simple de hurler à l’injustice en découvrant que son propre texte… s’applique réellement.
Le guignol de #retailleau se fait défoncer et humilier par un magistrat ! Jouissif. pic.twitter.com/UHi3JysRM0
— Salim Laïbi – LLP (@LLP_Le_Vrai) February 12, 2025
Quand le ministre met en danger les magistrats
Si Retailleau se contentait d’oublier ses propres décisions législatives, ce serait une chose. Mais là où la situation devient franchement inquiétante, c’est que ses indignations publiques alimentent une véritable chasse aux sorcières. Depuis plusieurs jours, le tribunal administratif de Melun est la cible d’une vague de haine orchestrée sur les réseaux sociaux. Menaces de mort, appels à la décapitation des juges, harcèlement en ligne… Une ambiance digne d’un État de droit, vraiment.
Pire encore, certains petits enquêteurs de pacotille ont cru malin de traquer les employés du tribunal en fonction de leurs noms de famille. « Un prénom maghrébin ? C’est sûrement lui ! Une consonance espagnole ? C’est elle ! » Voilà où en est le débat public aujourd’hui, encouragé par un ministre qui s’indigne bruyamment contre les décisions d’un tribunal, tout en se gardant bien d’expliquer qu’il en est lui-même l’architecte.
Un ministre qui préfère souffler sur les braises
Si Bruno Retailleau avait un tant soit peu d’honnêteté intellectuelle, il admettrait que cette situation découle directement des textes qu’il a contribué à faire adopter. Mais plutôt que d’assumer, il alimente la colère d’une partie de la population et met en danger les magistrats et le personnel judiciaire.
Un magistrat applique la loi. Si cette loi ne plaît pas à Bruno Retailleau, il sait ce qu’il lui reste à faire : la changer. Mais c’est sûrement plus facile de désigner des boucs émissaires et de faire mine d’être surpris par les conséquences de ses propres décisions.
Pour visionner l’émission sur France Inter :
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