Hausse de la mortalité infantile : l’Inserm pointe la responsabilité du gouvernement

Politique, Santé

mise à jour le 07/05/22

Depuis 2012, les enfants qui décèdent avant d’atteindre l’âge d’un an sont de plus en plus nombreux en France, selon une étude de l’Inserm publiée début mars dans The Lancet. La France est passée de 3,32 décès sur 1 000 naissances en 2012 à 3,6 ‰ fin 2021 selon l’Insee. Presque la moitié des décès de nourrissons de moins d’un an ont eu lieu au cours de la première semaine de vie et 24 % surviennent au premier jour.


« Si on avait le taux de mortalité de la Suède ou de la Finlande, il y aurait chaque année 1 200 décès de moins d’enfants de moins d’un an », explique Martin Chalumeau, pédiatre et épidémiologiste, qui a supervisé l’étude de l’Inserm.

Selon les données Eurostat, la France occupe la 25e place en Europe en la matière, avec 3,8 morts pour 1 000 naissances vivantes en 2019. Loin derrière l’Estonie (1,6 ‰) la Suède, la Finlande, la Norvège (2,1‰) ou, plus proche de nous, l’Espagne (2,6 ‰) et l’Italie (2,4 ‰). Faute de données, les causes de la hausse de la mortalité infantile restent incertaines. Les malformations congénitales ou le poids à la naissance, qui pourraient être des indicateurs, ne sont pas précisés sur le certificat de décès. La réduction du taux de mortalité infantile n’ayant pas été identifiée comme un objectif prioritaire par les autorités de santé publique, aucune analyse approfondie n’a été menée en France.

Les causes de la mortalité infantile

La santé des mères

Les principaux facteurs de risque de décès néonatals précoces incluent des indicateurs de santé à la naissance (la prématurité, la présence d’anomalies congénitales) et ces facteurs sont à leur tour affectés par la santé maternelle : l’âge (la proportion des mères de plus de 35 ans est passée de 12,5 % à 21,3 % entre 1995 et 2016), le poids (la proportion de femmes obèses est passée de 7,5 % à 11,8 % entre 2003 et 2016) et le tabagisme pendant la grossesse ont augmenté régulièrement pendant la période de l’étude de l’Inserm) et par les facteurs socio-économiques qui affectent le bien-être de la famille pendant la grossesse.
Près d’un quart des femmes ayant accouché en 2018 sont nées à l’étranger et cette proportion est en augmentation. Les migrantes ont un risque plus élevé de recours inadéquat aux soins prénataux, potentiellement lié aux inégalités sociales. Elles présentent donc un risque plus élevé d’issues maternelles défavorables que les femmes nées en France.

Le manque de maternités

En France métropolitaine, le nombre de maternités est passé de 1 369 en 2000 à 478 en 2020. En 2000, il y avait 20 000 lits dans 742 maternités. En 2020, 14 803 lits.

L’éloignement géographique

En 2017, la moitié des femmes de 15 à 44 ans résidaient à près de neuf minutes de la maternité la plus proche. Ce temps de trajet a augmenté de 15,3 % depuis 2000 car beaucoup de maternités ont fermé. La situation se dégrade surtout dans le sud et l’est de la France. Une habitante de Ravel dans la Drôme était à 30 min de la maternité de l’hôpital de Die, mais celle-ci ayant fermé en janvier 2018, la maternité la plus proche est devenue celle de Valence à 1h30 de route. L’accouchement a eu lieu dans le véhicule des pompiers de Crest, à 30 min.

La suppression de la gynécologie médicale

En 1984, la gynécologie médicale a été supprimée du cursus universitaire. De 2009 à 2019 le nombre de gynécologues médicaux a chuté de 42 %. Ce n’est qu’en 2003 que le gouvernement a rétabli cette discipline sous la pression des associations de femmes, et cela malgré les ministres de la Santé Kouchner et Mattei. Des 130 places annuelles en internat avant 1987, on est passé à seulement une vingtaine de 2003 à 2011. Le nombre de places augmente, mais reste insuffisant pour assurer le remplacement des départs à la retraite. La pénurie continue.

Le numérus clausus

Le numérus clausus a été décidé en 1971 (ministre de la Santé : Robert Boulin) contre la loi Faure, prise sous la pression de mai 68, qui ouvrait les universités à tous. Le numérus clausus n’a été appliqué strictement qu’à partir de 1979 (ministre de la Santé : Simone Veil). Il est remplacé depuis 2021 par le numérus apertus, fixé chaque année par les universités en fonction de leurs capacités d’accueil et des places disponibles. Le ministère s’est déchargé de cette tache sur les universités…

Le manque de sages femmes

2021 : Avec les vacances d’été, les congés se multiplient et les remplaçantes manquent à l’appel. « Cette année, pour la première fois, elles ne sont pas assez nombreuses pour prendre la relève dans les maternités, préférant s’orienter vers l’exercice libéral », analyse l’Ordre national des sages-femmes. Une pénurie qui a pour conséquence de mettre « des femmes et des bébés en danger ».

Les maternités grandes oubliées des promesses électorales

Après avoir suspendu 15 000 soignants, Emmanuel Macron envisagerait, à la veille des élections législatives, de les réintégrer. Il promet le recrutement de 50 000 infirmiers et aides-soignants dans les Ehpad. Pour les aides-soignants : 220 000 postes sont à pourvoir d’ici 2022. Précisons que après cinq ans de carrière, le salaire moyen d’une aide-soignante est d’environ 1 838 € net.

Le gouvernement sait pourtant ce qu’il faut faire

Une enquête de la Cour des comptes sur les maternités en 2012, ainsi qu’un rapport du Sénat en 2015, déploraient les résultats médiocres de la France en matière de périnatalité au regard des progrès réalisés par les pays voisins. Une liste de recommandations a été transmise aux divers ministres de la Santé — Marisol Touraine, Agnès Buzyn, Olivier Véran —, qui se sont empressés de ne rien faire. Les recommandations du rapport du Sénat sont :

  •  une enquête épidémiologique pour préciser la relation entre mortalité et l’éloignement des maternités,
  •  contrôler la sécurité du fonctionnement des maternités en dessous de 300 accouchements par an,
  • renforcer les réseaux de périnatalité (prise en charge des grossesses à risque),
  • rendre obligatoire la présence d’un service de réanimation adultes dans les maternités dédiées aux prématurés,
  • des mesures correctrices en cas de taux de mortalité élevé dans les maternités,
  • renforcer le suivi des femmes enceintes, tout particulièrement en situation de précarité,
  • réexaminer le niveau du seuil d’activité minimal de façon cohérente,
  • aider financièrement les maternités isolées dont le maintien serait jugé nécessaire.

Une seule proposition a été suivie d’effet : « Redéfinir le modèle économique des maternités, en en réduisant les coûts par la baisse de la durée moyenne de séjour, l’augmentation des taux d’occupation et la suppression des lits inutiles et des moyens qui y sont affectés ».

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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