Sylvain (paysan) sur la crise de l’énergie : « Je passe de 6 000 à 17 000 euros par an. C’est un braquage en bande organisée »

Économie, Portraits

mise à jour le 12/01/23

La France est entrée dans une crise énergétique récemment en raison de la guerre en Ukraine et de la baisse de la production d’électricité. Les entreprises, et en particulier les petits artisans comme les boulangers, bouchers, et les paysans sont les premiers à en souffrir. Le gouvernement assure que personne ne sera laissé de côté et qu’il aidera tout le monde. Mais comment cela se passe-t-il réellement sur le terrain ? Qu’en pensent les principaux intéressés et comment vivent-ils cette crise ? Rencontre avec un paysan en moyenne montagne.


Le Média en 4-4-2 : Bonjour Sylvain, et merci d’avoir répondu à l’invitation du Média en 4-4-2. Pouvez-vous vous présenter en 4-4-2, c’est-à-dire de manière concise et efficace ?

Sylvain : Bonjour à tous, Sylvain, 49 ans, marié, père de deux garçon, 10 et 12 ans, paysan, éleveur, transformateur, 23 ans d’activité dans ce domaine sur la ferme. Nous vivons en zone de moyenne montagne, dans un petit village de 200 habitants perdu aux confins de l’Ardèche et de la Haute-Loire.

Le Média en 4-4-2 : Quelles sont vos difficultés actuelles ? Quelle est l’augmentation de votre budget énergie sur ces derniers mois ?

Sylvain : Le surcoût de l’énergie annoncé pour moi en cette fin 2022 est surement le coup de grâce pour mon activité. Dans les faits, je signe en août 2020 un contrat de 36 mois pour un abonnement de 24Kw, tarif bleu. L’échéance du contrat devait donc intervenir en septembre 2023. Sauf que, j’apprends en décembre 2022 par courrier avec accusé de réception que mon fournisseur d’électricité (ANTARGAZ) me donne jusqu’au 1er janvier à minuit pour valider la hausse tarifaire qu’il m’impose. Si je n’accepte pas le deal, il y a rupture de contrat sans frais pour moi.

Le hic, c’est que ANTARGAZ me précise que cette augmentation est exceptionnelle et provisoire. Elle prend effet le 1er janvier 2023 et devrait s’arrêter le 31 mars 2023. Les trois mois les plus gourmand en énergie, surtout à 1000m d’altitude ! Bref, je me prends un fois 6 sur le tarif Heures pleines (je passe de 58 euros du Mégawatt à 348 euros), mais ils sont sympas chez ANTARGAZ, il ne change pas mon tarif Heures creuses qui reste à 42 euros du Mégawatt. Donc je peux bosser au même tarif qu’en 2022, mais seulement de 22h à 6h du matin…

J’ai fait un calcul aux petits oignons sur l’année de référence 2022, pour voir à quelle sauce j’allais être mangé en cette nouvelle année. Je passe donc de 6 000 euros par an à 17 000 euros, le tout hors taxe. Une paille, la différence de 11 000 euros représente juste les 2/3 de mon revenu annuel moyen. Cela, sans compter l’inflation qui pour moi est plus proche des 20% que des 7% annoncés. C’est du factuel, tous mes fournisseurs répercutent des augmentations entre 25% et 40 %. En gros, si ces tarifs sont confirmés, ne serait-ce que pour ces trois mois, je travaille toute l’année pour des clopinettes.

Pour résumer, ce pseudo énergéticien qui ne produit rien en électricité ne respecte pas le contrat initial signé, il prétexte en premier lieu, la guerre en Ukraine, une production historiquement faible en électricité nucléaire et donc un déficit de production d’électricité dans toute l’Europe. En gros, le narratif gouvernemental, et l’indexation du prix du gaz sur l’électricité, on en parle ? Le positionnement du gouvernement français vis à vis de l’Allemagne, via l’Europe, on en parle ? Le saccage d’EDF, on en parle ? Le transfert des brevets, la perte de la souveraineté énergétique française (ALSTOM) au profit des États-Unis (General Electric) pour ce qui concerne la maintenance de nos centrales nucléaires, le tout, pour pas un clou, on en parle ? Pour moi, c’est un vaste programme de démantèlement de notre pays , petit bout par petit bout, façon puzzle. En bref, un braquage en bande très organisée.

Le Média en 4-4-2 : Le gouvernement communique sur leurs actions pour vous aider et ne pas vous laisser tomber. Qu’en est-il dans les faits ?

Sylvain : Pour ce qui me concerne, vu que le nouveau contrat débute au 1er janvier, je n’ai pas encore de document à fournir à l’administration, et quand bien même j’en aurais, le simple fait de demander l’aumône à ceux là même qui nous mettent dans la misère me révulse. Cela revient à tendre la hache à son bourreau. Si je rentre dans la combine des subventions, je cautionne le système, et au final, c’est de la dette en plus, donc de l’impôt différé en plus. Vous me direz qu’à 3 000 milliards d’endettement, on est plus à cela prés… Oui, mais cela, je n’accepte pas.

Le Média en 4-4-2 : Comment voyez-vous votre avenir et celui de votre profession ?

Sylvain : L’avenir de ma ferme, pour les trois mois qui viennent, c’est une activité réduite au stricte minimum, mon laboratoire de transformation sera à l’arrêt, je perdrais moins d’argent en restant fermé, qu’à continuer à accueillir ma clientèle, un monde de dingue ! Vu ce qui se profile à l’horizon, nous faisons les fonds de tiroirs. Mon épouse travaillait sur l’exploitation en tant que conjointe collaboratrice, c’est terminé depuis le 31 décembre 2022. J’avais une employée à temps partiel, son contrat s’est terminé le 31 décembre 2022. Je ne peux évidemment pas le renouveler. Autant de cotisations en moins pour la MSA (Mutualité Sociale Agricole). J’ai trois mois de trésorerie devant moi, après, c’est le gros point d’interrogation.

Pour ce qui est de la profession en général, les augmentations spectaculaires des matières premières, carburants, céréales, engrais, produits phytosanitaires, vont avoir la peau de pas mal d’entre nous. L’avenir est plus qu’incertain.

Le Média en 4-4-2 : Merci Sylvain, de nous avoir accordé cet entretien. Nous vous laissons le mot de la fin.

Sylvain : J’invite tous vos lecteurs à prendre conscience du fait que le monde rural est touché de plein fouet par ce massacre méthodique de l’artisanat, des TPE, PME, tous secteurs confondus. Il n’est pas rare d’être obligé de faire 10 km, aller et retour, pour trouver une boulangerie encore en activité, et cela avant la hausse du coût de l’électricité, au final tout le monde va déguster sévèrement. Vous connaissez l’effet domino, personne ne sera épargné. Pour finir, j’ai longtemps espérer une prise de conscience collective pour le respect du bien commun, un sursaut de l’esprit combatif pour le peuple de France, vous savez, les sans dent, ceux qui ne sont rien, les gaulois réfractaires. Je crains fort, que si la population ne réagit pas de manière proportionnée à l’agression qu’on lui inflige, il en sera définitivement fini de l’histoire de notre beau pays, tel que nous l’avons connu.

Je savais nos dirigeants corrompus, j’aurais préféré les savoir incompétents, mais j’ai acquis la certitude qu’ils sont, bien au contraire, très savants. Le hasard n’a pas sa place dans cette affaire, tout cela est méticuleusement orchestré, un véritable travail d’horloger et cela s’est inscrit dans le temps. Il ne tient qu’à chacun d’entre nous, d’être les petits grains de sable dans ce mécanisme trop bien huilé.

Bonne chance à tous pour 2023.

Vous aussi, donnez votre témoignage sur la crise de l’énergie en tant qu’artisan, chef d’entreprise ou entrepreneur ! Envoyez-nous un courriel à [email protected] et nous vous contacterons pour en savoir plus. Nous voulons entendre votre expérience.

Le Média en 4-4-2.


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