Justice

Francis Szpiner mis en examen : Le sénateur et ténor du barreau soupçonné d’avoir troqué un HLM contre des faveurs sexuelles

Dans le 16e arrondissement de Paris, obtenir un logement social peut normalement prendre des années. Selon les soupçons de la justice, une jeune femme aurait toutefois bénéficié en 2023 d’une procédure nettement plus rapide, accompagnée d’une contrepartie qui ne figure pas dans les critères officiels des bailleurs sociaux.

mise à jour le 10/07/26

Le logement était social, mais la contrepartie présumée aurait été strictement privée.

Francis Szpiner, sénateur Les Républicains de Paris et ancien maire du 16e arrondissement, a été mis en examen pour corruption passive. Les magistrats cherchent à déterminer s’il a facilité l’attribution d’un logement social à une jeune esthéticienne en échange de relations sexuelles.

L’avocat de 72 ans conteste formellement les accusations. Sa défense affirme qu’il s’expliquera devant le juge d’instruction. À ce stade, Francis Szpiner reste présumé innocent.

Une attribution de logement social sous surveillance

L’affaire concerne une femme âgée de 26 ans au moment des faits. Confrontée à une situation personnelle difficile, elle cherchait à se loger dans l’Ouest parisien et avait sollicité plusieurs élus. Elle aurait rencontré à plusieurs reprises Francis Szpiner, qui dirigeait alors la mairie du 16e arrondissement.

Quelques mois plus tard, son dossier était retenu par une commission et elle obtenait un logement social dans l’un des secteurs les plus chers de la capitale. Une rapidité qui a fini par attirer l’attention des enquêteurs, surtout après la découverte d’un enregistrement réalisé dans le cadre d’une autre procédure judiciaire.

Dans cette conversation, la jeune femme évoquait des gestes déplacés et laissait entendre que l’élu lui aurait fait comprendre que l’obtention d’un logement pouvait dépendre de leur relation. Les magistrats doivent désormais vérifier la réalité de ces déclarations, le rôle exact de Francis Szpiner et les conditions dans lesquelles le dossier a été sélectionné.



Perquisitions, garde à vue et immunité parlementaire

L’enquête a débuté en octobre 2024, à la suite du signalement d’un magistrat. Une information judiciaire pour corruption active et passive a ensuite été ouverte en avril 2025. Le domicile de Francis Szpiner, la mairie du 16e arrondissement et les locaux d’un bailleur social ont été perquisitionnés.

Le 28 mai 2026, le Bureau du Sénat a autorisé son placement en garde à vue, jugeant la demande des magistrats « sérieuse, loyale et sincère ». Le sénateur a ensuite été entendu pendant 48 heures avant sa mise en examen.

La jeune femme a également été mise en examen pour corruption active. Cette qualification ne signifie pas que les faits sont établis, mais qu’il existe, aux yeux des juges, des indices suffisamment sérieux pour poursuivre les investigations.

Le grand professionnel désormais face à ses confrères

Francis Szpiner n’est pas un élu anonyme découvert au détour d’un conseil municipal. Avocat médiatique, ancien membre du Conseil de l’Ordre, sénateur et figure de la droite parisienne, il a bâti sa carrière au croisement du barreau, de la politique et des réseaux de pouvoir.

Le voilà désormais confronté à une mécanique judiciaire qu’il connaît parfaitement. Habituellement placé à côté du prévenu, il doit cette fois répondre personnellement aux questions des magistrats.

L’ironie serait presque trop facile : dans une ville où des milliers de familles attendent un logement abordable, un responsable politique est soupçonné d’avoir transformé un bien social en monnaie d’échange privée. L’oligarchie parisienne aime rappeler que les institutions fonctionnent. Elle apprécie généralement moins lorsqu’elles fonctionnent sur elle. La Justice s’était pourtant montrée clémente envers son propre ministre, Gérald Darmanin, accusé lui aussi d’avoir troqué relations sexuelles contre un logemetn social et un emploi public.



Francis Szpiner nie tout échange entre relations sexuelles et attribution du logement. L’instruction devra distinguer la coïncidence, le favoritisme et l’éventuel pacte de corruption. En attendant, les demandeurs ordinaires peuvent continuer à remplir leurs dossiers, fournir leurs justificatifs et patienter plusieurs années. Ils n’ont manifestement pas tous accès au même guichet.

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