Hommage à la très talentueuse Teri Moïse

21 février 2021 | Culture, Musique

Qui se souvient de la gracieuse Teri Moïse? Chanteuse, auteur, compositeur, interprète des années 90, d’origine haïtienne (rappelons que Haïti fut une colonie française au XVIIe siècle), née à Los Angeles en 1970 et qui aura marqué la musique pop française avec son tube « Les poèmes de Michelle », sorti en 1996. Artiste douée d’un immense talent, pour ses compositions, mais aussi pour ses textes toujours profonds et bien écrits, elle fera par ailleurs des études de lettres à la Sorbonne et, dans une interview succinte donnée sur le plateau de Taratata, elle dira que sa langue maternelle est l’anglais, mais qu’elle pense ses textes en français. Elle aura une fin tragique. En effet, on la retrouvera morte dans un hôtel à Madrid le 7 mai 2013, elle avait 43 ans.

Du point de vue musical, ce qui est très étonnant et émouvant quand on réécoute son album éponyme « Teri Moïse » qui fut son premier album et son chef-d’œuvre, c’est d’y retrouver des influences amenées très subtilement mais aussi de découvrir un son propre et très original. Quand j’écoute son album, je sens l’influence, évidemment du génie musical afro-américain : de Sly & the family Stone, dont je recommande le grand album « There’s a riot going on », avec la très mélancolique et touchante chanson « It’s a family affair », mais j’entends aussi du Gil Scott Heron, et ses excellents titres où les notes suaves du synthé sont utilisées avec brio, de : « We almost lost Detroit », à « Angel dust ».

Il m’arrive même de sentir sur ses accords de guitare sèche, le génie de la musique WASP et folk américaine, de Gregg Allman, en passant par les plus belles ballades de Fleetwood Mac, jusqu’aux excellents Cowboy junkies. Elle fait vraiment partie de cette génération de chanteuses des années 90 qui auront, selon moi, apporté quelque chose à la musique populaire (à l’époque où les radios et les chaînes de télévisions de pop culture comme « MCM » essayaient de faire preuve de diversité dans les styles musicaux) de Tracy Chapman et ses titres comme « Talkin’ about a revolution », « Fast car » à Des’Ree : « You gotta be », « Silent hero ». Mais plus encore, Teri Moïse réussit des prouesses d’originalité et de prises de risques mélodiques avec « Il était mon avenir » et développe un spleen aérien très nostalgique avec « Toi…je » et « C’est Ainsi ».

Concernant « Les poèmes de Michelle », au-delà du fait que la musique en elle-même est magnifique et profondément émouvante, c’est la répercussion spirituelle et idéologique de cette chanson aujourd’hui qu’il est intéressant d’étudier.

J’ai rarement écouté un titre qui sacralise à ce point la pureté et donc l’enfance. Il est assez facile à l’écoute des paroles, de découvrir que le symbolisme de la colombe y trône. Penchons-nous quelques instants là-dessus. Dans la mythologie grecque, la colombe est associée à la déesse Aphrodite. Les grands récits religieux y font aussi explicitement référence à plusieurs reprises.

Teri Moïse par Pierre-Arthur

Dans le Tanakh, lors du déluge (Genèse) et l’épopée de Noé, c’est une colombe qui revient des terres avec un rameau d’olivier, pour signifier que les arbres sont à nouveau émergés et que les couples d’animaux sauvés par le patriarche vont pouvoir quitter l’Arche. Pour les chrétiens, elle est le symbole du mystère de l’Esprit-Saint révélé à saint Jean, et cette représentation perdure dans les arts chrétiens du Moyen-Âge et de la Renaissance, où la colombe apparaît comme une représentation du divin. Le nom de la protagoniste est Michelle, elle aurait pu s’appeler Joséphine, Garance, que sais-je… Michel c’est le nom de l’Archange défenseur de la Foi, prince de tous les anges du Bien, chef des forces du Ciel, de la milice céleste, champion du Bien. C’est aussi celui qui terrasse Satan. Cette chanson, c’est aussi un vrai appel chrétien de défense du plus petit, du plus faible.

Mais comprenons bien que cette chanson est aussi antimondialiste, ou plutôt, anti-cadres du Nouvel Ordre Mondial.
A l’heure où les scandales systémiques de pédophilie et de pédocriminalité de réseaux explosent à l’international (affaire Epstein) avec aussi un puissant volet français dans l’intellocratie et la technocratie, de Jack Lang, Cohn-Bendit, à — hasard des calendriers — l’affaire Duhamel-Kouchner (merci d’ailleurs à Xavier Poussard, de l’excellente rédaction des indispensables numéros de Faits & Documents, ainsi qu’au livre « La familia Grande » de Camille Kouchner concernant ces sujets) où l’on comprend que la structuration idéologique mais surtout spirituelle, de cette hyper-classe française et donc mondialiste, c’est le libéralisme-libertaire (pour reprendre le concept de Michel Clouscard) poussé jusqu’à l’hubris, soit : la souillure de l’innocence, de la pureté, de l’enfance.

On est finalement pas si loin du terrible film « Salò ou les 120 journées de Sodom » de Pier Paolo Pasolini.

Pour finir, il est important aussi de revenir à ce type de génie français, métisse, « exotique » dans le meilleur sens du terme, qui peut donner des Alexandre Dumas, des Dieudonné, encore une fois, à l’heure où des Aya Nakamura (sans doute autrice* et compositrice mais où l’interprétation du sens des textes semble être la mission des auditeurs), des Wejden (qui ne sait chanter que sous auto-tune), Camélia Jordana (qui ferait bien de la fermer en dehors des studios d’enregistrement), et autre Yseult (sans commentaire), qu’on nous vend comme le renouvellement de la chanson française. A ce propos, je conseille de visionner les excellentes vidéoscopies pédagogiques sur Youtube, de Stéphane Edouard, qui a fait un sort définitif aux quatre individus en question.

Pierre-Arthur pour « Le Média en 4-4-2 »