Santé

Deux scientifiques du NIH arrêtés pour avoir transporté clandestinement 113 fioles de mpox aux États-Unis

Les deux hommes, Vincent Munster, 53 ans, citoyen néerlandais et chef de la section d’écologie des virus au Rocky Mountain Laboratory de Hamilton (Montana), et Claude Kwe, 38 ans, chercheur camerounais, travaillaient dans un laboratoire de biosécurité de niveau 4 (BSL-4). Ces installations, parmi les plus sécurisées au monde, sont conçues pour étudier des pathogènes mortels. Pourtant, c’est en dehors de ces murs ultra protégés que les deux hommes ont choisi d’agir.

mise à jour le 04/06/26

Crédit photo : NIH / Bryan Kercher — domaine public

Deux chercheurs travaillant pour les National Institutes of Health sont désormais poursuivis par la justice fédérale américaine. Vincent Munster, 53 ans, et Claude Kwe, 38 ans, tous deux rattachés au Rocky Mountain Laboratory, dans le Montana, sont accusés d’avoir introduit clandestinement aux États-Unis des échantillons biologiques liés au mpox, anciennement appelé variole du singe.

Les faits remontent au 25 janvier 2026. Les deux scientifiques arrivent au terminal McNamara de l’aéroport métropolitain de Détroit après un voyage commencé à Brazzaville, en République du Congo, avec une correspondance par Paris. D’après le ministère américain de la Justice, une épidémie de mpox était alors en cours dans la région. Les agents des douanes américaines les contrôlent à l’arrivée. Dans leurs bagages, ils repèrent une grande valise noire. Les deux chercheurs auraient affirmé qu’elle contenait du matériel de diagnostic et de test. L’enquête dira autre chose.



Selon les autorités fédérales, cette valise contenait en réalité 113 fioles placées dans des glacières en polystyrène. Sur les 20 fioles déjà analysées par le FBI au moment de la plainte, 17 contenaient du virus mpox désactivé, une contenait le virus de la varicelle, et deux uniquement de l’ADN humain.

Le point le plus inquiétant : les profils des deux chercheurs

Vincent Munster n’est pas un chercheur de second plan. Le communiqué officiel le présente comme chef de la section d’écologie virale du laboratoire de virologie au Rocky Mountain Laboratory. Claude Kwe est, lui, chercheur associé dans cette même section. Leur travail porte sur les agents viraux émergents et sur la manière dont certains virus franchissent la barrière entre espèces. Ils travaillent dans un laboratoire de biosécurité de niveau 4, le niveau le plus élevé pour ce type de recherche.

Source : NIH Intramural Research Program / NIAID — profil officiel de Vincent Munster, capture d’écran.

C’est précisément ce qui rend ce dossier aussi grave. Des spécialistes habitués aux règles de manipulation, de transport et de déclaration de matériels biologiques sont accusés d’avoir voyagé avec des agents pathogènes dans leurs bagages, à bord d’un avion commercial. Le procureur fédéral Jerome F. Gorgon Jr. a résumé l’affaire avec une phrase lourde : « Ces experts du NIH ont apparemment enfreint nos lois en transportant clandestinement des agents pathogènes viraux à bord d’un avion commercial bondé depuis une zone d’épidémie en République du Congo. Réfléchissez-y. »

Le programme d’importation du CDC encadre justement l’entrée de matériels biologiques infectieux aux États-Unis. Son rôle est d’éviter l’introduction ou la diffusion d’agents pouvant provoquer des maladies humaines. Les demandes doivent passer par un système de permis, avec vérification des conditions de biosécurité des structures destinataires.

Alexandra Henrion-Caude insiste sur le caractère hors norme de l’affaire

Alexandra Henrion-Caude réagit à cette affaire en soulignant d’abord l’image très concrète de la scène : « Arrivés à Détroit, on ouvre leurs valises, pas moins de 113 fioles » y sont découvertes. Elle rappelle ensuite ce que ces fioles contenaient, selon les informations disponibles : « des virus inactivés », notamment « variole du singe » et « ADN ».

Elle insiste aussi sur le profil de Vincent Munster, qu’elle décrit comme un virologue connu pour ses travaux sur plusieurs virus à fort enjeu sanitaire. Dans sa vidéo, elle évoque Ebola, Lassa, SARS-CoV-2, MERS, H5N1, ainsi que des virus transmis par les moustiques, proches de problématiques comme le chikungunya ou la dengue.

Sa conclusion est volontairement brutale : « Je vous laisse seul juge de savoir si tout ça ressemble quand même à des mauvais films ou si c’est juste tout à fait normal. »



Ce passage parle à beaucoup de lecteurs parce qu’il ne s’agit pas ici d’un simple oubli administratif supposé. Le dossier concerne des chercheurs de très haut niveau, un laboratoire de sécurité maximale, un trajet international, un passage par un grand aéroport, et des fioles biologiques non déclarées selon l’accusation.

Le mpox, une maladie à ne pas traiter à la légère

Le mpox est une maladie virale pouvant provoquer une éruption cutanée douloureuse, de la fièvre, des ganglions gonflés, des maux de tête, des douleurs musculaires, des douleurs dorsales et une forte fatigue. L’Organisation mondiale de la santé précise que la plupart des personnes guérissent, mais que certaines peuvent développer des formes graves.

La maladie se transmet surtout par contact étroit avec une personne infectée, par contact avec des objets contaminés ou avec des animaux infectés. L’OMS rappelle aussi que les enfants, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées sont plus exposés aux complications sévères.

Jusqu’à cinq ans de prison en cas de condamnation

Vincent Munster et Claude Kwe sont poursuivis pour complot visant à faire entrer illégalement le virus du mpox aux États-Unis et pour fausses déclarations aux forces de l’ordre fédérales. Ils encourent jusqu’à cinq ans de prison chacun s’ils sont reconnus coupables.

Le ministère américain de la Justice rappelle toutefois un point essentiel : une plainte pénale n’est pas une preuve de culpabilité. Les deux hommes restent présumés innocents tant qu’un tribunal ne les a pas condamnés.

Reste un fait difficile à minimiser : les autorités américaines affirment que 113 fioles ont été découvertes dans les bagages de deux chercheurs du NIH revenant d’une zone où circulait le mpox. Dans un domaine où la moindre erreur de procédure peut avoir des conséquences sanitaires majeures, ce dossier ne peut pas être traité comme une simple maladresse de voyage.

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