Science et technologie

Le CRIF réclamait la levée de l’anonymat en 2019 : le Parlement interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans

Sept ans après la demande formulée par Francis Kalifat devant Emmanuel Macron, le Parlement a adopté l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Pour faire respecter cette limite, les plateformes devront vérifier l’âge des utilisateurs. Le gouvernement promet un système respectueux de la vie privée, mais le dispositif rapproche un peu plus l’accès aux réseaux sociaux de l’identité numérique.

mise à jour le 25/07/26

Sous couvert de protéger les mineurs la loi pourrait obliger chaque internaute à justifier son accès.

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Le 20 février 2019, au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France, Francis Kalifat s’adresse directement à Emmanuel Macron. Le président du CRIF demande d’aller plus loin dans la lutte contre les contenus haineux et déclare qu’il faut « lever l’anonymat sur les réseaux sociaux pour tous les comptes qui sont des vecteurs de haine ».

Emmanuel Macron ne se prononce pas pour la disparition générale des pseudonymes, qui pourrait selon lui conduire « vers le pire ». Il assure néanmoins que « la question de l’anonymat sera évidemment posée », avant d’ajouter : « Derrière chaque pseudonyme, il y a un nom, un visage, une identité. »

Sept ans plus tard, Yaël Braun-Pivet se félicite de cette évolution en déclarant : « La loi nous permet de reprendre le contrôle. » Mais de quel contrôle parle-t-elle exactement ? Et surtout, qui désigne ce « nous » appelé à reprendre la main ?


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Une demande publique formulée devant Emmanuel Macron

La demande du CRIF concernait alors les comptes diffusant des messages antisémites, racistes ou homophobes. Francis Kalifat soutenait les recommandations du rapport Avia, Amellal et Taieb sur les contenus illicites, mais les jugeait insuffisantes. Son discours appelait à pouvoir retrouver rapidement les personnes cachées derrière certains comptes.

Emmanuel Macron avait repris une partie de ce raisonnement. Sans réclamer la suppression de tous les comptes anonymes, il souhaitait obliger les plateformes à transmettre plus rapidement les informations permettant aux enquêteurs d’identifier les auteurs de contenus interdits.

Il annonçait également la future loi Avia contre la haine en ligne, dont plusieurs dispositions centrales ont ensuite été censurées par le Conseil constitutionnel en 2020. L’objectif politique n’a pourtant pas disparu : renforcer l’identification, la modération et la responsabilité des utilisateurs comme des plateformes.

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Le Parlement vote l’interdiction pour les moins de 15 ans

Le 21 juillet 2026, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté définitivement la proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques liés aux réseaux sociaux. Son article principal interdit l’accès à ces services aux enfants de moins de 15 ans.

Le texte concerne notamment les plateformes comme TikTok, Instagram, Facebook ou Snapchat. Des exceptions sont prévues pour les encyclopédies collaboratives, les répertoires éducatifs ou scientifiques et les plateformes consacrées aux logiciels libres ou aux projets éducatifs ouverts.

Si la loi franchit l’examen du Conseil constitutionnel, l’interdiction doit entrer en vigueur le 1er septembre 2026. Pour les comptes déjà ouverts avant cette date, les plateformes disposeront de quatre mois supplémentaires pour appliquer la nouvelle règle.

Le texte a bien été adopté par le Parlement, mais il n’est pas encore entré en vigueur. Plus de soixante députés ont saisi le Conseil constitutionnel le 23 juillet. Celui-ci devra notamment vérifier que l’interdiction générale respecte les libertés des mineurs, l’autorité parentale et le droit européen.

Vérifier les enfants signifie contrôler l’âge de tout le monde

Pour empêcher un enfant de 13 ou 14 ans d’ouvrir un compte, une plateforme ne peut plus se contenter d’une date de naissance saisie librement. Elle doit être capable de distinguer le mineur interdit d’accès de l’adulte ou de l’adolescent autorisé.

Emmanuel Macron l’a reconnu sans détour lors d’une réunion européenne organisée en avril 2026 : « Nous avons clairement besoin d’une vérification de l’âge. » Il a cité l’application France Identité, le portefeuille européen d’identité numérique et le projet européen de preuve d’âge.

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Le contrôle ne concernera donc pas uniquement les moins de 15 ans. Pour savoir qui doit être bloqué, le système devra demander aux autres utilisateurs de démontrer qu’ils ont dépassé l’âge fixé. C’est précisément ce passage d’un Internet déclaratif à un Internet soumis à la preuve qui nourrit les craintes concernant l’anonymat.



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